• 26 mars 2009
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2003 - Remise de la Légion d’honneur au Père Thierry de Roucy

Le 25 septembre, le Général Douin, Grand Chancelier, a remis au P. Thierry de Roucy les insignes de Chevalier de l’ordre de la légion d’honneur

Discours du Général Douin

Monsieur le Sénateur-Maire, Mesdames, Messieurs, Mon Père, Sous cette pres­ti­gieuse cou­pole, nous nous trou­vons réunis, ce soir, sous le regard notam­ment de deux sain­tes de la Patrie  : j’ai nommé sainte Geneviève, patronne de Paris et sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France. Mais si nous sommes ici ras­sem­blés en cette belle soirée, ce n’est pas seu­le­ment pour véné­rer nos sain­tes, mais aussi en l’hon­neur du Révérend Père Thierry de Roucy, à qui je vais avoir le grand et sin­cère plai­sir de remet­tre, dans un ins­tant, les insi­gnes de che­va­lier du pre­mier de nos Ordres natio­naux. Auparavant et sui­vant les usages les plus établis de cette maison qui, ce soir, accueille, mon Père, autour de vous, une illus­tre assem­blée, ne serait-ce que parce qu’ils sont vos amis, je vais et c’est là un agréa­ble devoir, dévoi­ler au moins les prin­ci­paux méri­tes éminents qui sont à l’ori­gine de la plus haute des dis­tinc­tions fran­çai­ses que je vous confé­re­rai tout à l’heure. Vous allez, mon Père, deve­nir un jeune che­va­lier de la Légion d’hon­neur puis­que vous avez à peine 46 ans Vous en aviez 18 quand vous êtes entré à l’abbaye d’Ourscamp qui est la maison-mère des Serviteurs de Jésus et de Marie, congré­ga­tion vouée à la for­ma­tion spi­ri­tuelle des jeunes, laquelle fut fondée ad hoc par le Père Jean-édouard Lamy dont je suis heu­reux d’évoquer ici publi­que­ment la res­pec­tée mémoire. Ces Serviteurs de Jésus et de Marie, nous les trou­vons, outre à Ourscamp, en Alsace et jusqu’en Argentine. Est-il besoin d’ailleurs d’en dire davan­tage à leur sujet tant le nom qu’ils por­tent et le double patro­nage iné­galé du Christ et de la Mère de Dieu qui est le leur, suf­fi­sent déjà, en eux-mêmes, à sus­ci­ter le res­pect et l’admi­ra­tion. à ce propos tou­te­fois et en ce len­de­main du 24 sep­tem­bre où l’on célé­bra long­temps Notre-Dame de la Merci (de l’espa­gnol merced qui veut dire grâce), me revient cette belle antienne des vêpres «  Sainte Marie, secou­rez les mal­heu­reux, aidez les décou­ra­gés, conso­lez les affli­gés, réconfor­tez ceux qui pleu­rent, priez pour le peuple, inter­ve­nez en faveur du clergé, inter­cé­dez pour les femmes consa­crées  ; que tous éprouvent votre assis­tance  ! » Vous serez, mon Père, ordonné prêtre en 1983 et je ne puis que rap­pe­ler ce que l’on chante à la fin des céré­mo­nies d’ordi­na­tion qui n’est autre que les der­niè­res paro­les de Jésus à ses apô­tres après la Cène : « Je ne vous appel­le­rai plus mes ser­vi­teurs mais mes amis car vous savez tout ce que j’ai fait pour vous. Recevez dans vos cœurs l’Esprit Saint Paraclet qui doit vous assis­ter. C’est lui que le Père vous enverra. Vous serez mes amis si vous faites ce que je vous com­mande ». De 1985 à 1988, mon Père, vous prê­che­rez donc l’évangile et don­ne­rez des confé­ren­ces, puis serez élu à la tête de la congré­ga­tion des Serviteurs de Jésus et de Marie où vous res­te­rez jusqu’en 2001. Mais, dès 1990, vous aurez fondé les Points-Cœur, qui sont ces peti­tes mai­sons situées dans les quar­tiers les plus déshé­ri­tés du monde, et il y en a encore tant en Argentine, au Brésil, en Inde, au Kazakhstan, au Pérou, en Roumanie, au Salvador ou en Thaïlande… où, désor­mais et grâce à vous, mon Père, des enfants tota­le­ment dému­nis, mora­le­ment aban­don­nés, livrés à la rue peu­vent être accueillis et aidés par des jeunes qui leur pro­di­guent toute l’affec­tion et le réconfort dont ces mal­heu­reux enfants ont été si cruel­le­ment privés. Comme le saint abbé de Clairvaux, j’ai nommé saint Bernard, vous, mon Père et tous ces jeunes qui ont rejoint Points-Cœur, aurez su faire expri­mer par les pau­vres ce mes­sage  : «  Il est à nous ce bien que vous pro­di­guez. Nous aussi nous sommes l’ouvrage de Dieu ; nous aussi, nous avons été rache­tés par le sang du Christ ; nous sommes donc vos frères ». Ainsi, mon Père, vous avez choisi le rôle essen­tiel d’ins­pi­ra­teur, d’ani­ma­teur, de for­ma­teur et de coor­di­na­teur du mou­ve­ment Points-Cœur qui est votre enfant. De la sorte, vous et ceux qui vous ont rejoint, consa­crez votre vie aux plus hum­bles. à cette vaste et géné­reuse opé­ra­tion des Points-Cœur, vous avez su et savez appor­ter le souf­fle et la force néces­sai­res. J’ai dit « souf­fle » et « force ». J’avais déjà évoqué le Paraclet auquel « souf­fle » et « force » sont tra­di­tion­nel­le­ment liés. J’ajou­te­rai que, tel les dis­ci­ples au jour de la Pentecôte, vous avez visi­ble­ment reçu de l’Esprit Saint le don des lan­gues puisqu’outre la nôtre, vous en parlez par­fai­te­ment trois autres sans que celles-ci soient tou­te­fois le parthe, le mède ou l’élamite recen­sés par les Actes des Apôtres ! Ajouterai-je que vous avez fondé et diri­gez la maison des « éditions du Serviteur » et avez écrit plu­sieurs ouvra­ges dont un consa­cré à Jésus, les chré­tiens et la confes­sion, et un autre au Sacrement de la misé­ri­corde. Voici donc résu­més, mon Père, quel­ques-uns de vos méri­tes. Il est patent qu’ils sont éminents et appe­laient néces­sai­re­ment, de mon point de vue en tout cas, une haute récom­pense, d’abord ter­res­tre. C’est pour­quoi j’ai tenu à pré­sen­ter moi-même au Chef de l’état, grand maître de la Légion d’hon­neur, un dos­sier ten­dant à attri­buer au géné­reux et grand Français que vous êtes, la dis­tinc­tion natio­nale la plus haute au titre même de la grande chan­cel­le­rie. Le Président de la République a réservé le meilleur accueil à cette démar­che et c’est pour­quoi au 14 juillet der­nier, vous avez été nommé che­va­lier de la Légion d’hon­neur. Même si depuis 1905, la République ne reconnaît plus aucun culte, il est juste et bon qu’elle conti­nue de reconnaî­tre et d’hono­rer ceux de ses fils, prê­tres notam­ment, qui, à l’exté­rieur de nos fron­tiè­res par­fois, conti­nuent l’œuvre des grands saints de la Patrie – dont au moins un, le saint curé d’Ars reçut en 1859 la Légion d’hon­neur – et se situent ainsi dans la droite ligne de la voca­tion et de la place par­ti­cu­liè­res que son bap­tême a don­nées pour tou­jours à la France, qui ne s’en sou­vient plus assez aujourd’hui. « Au milieu de son église, nous ensei­gne l’Ecclésiaste, le Seigneur lui a donné la parole. Il l’a rempli de l’esprit de sagesse et d’intel­li­gence et il l’a revêtu de la robe de gloire ». Ego indi­gnus, ce n’est point tou­te­fois de cette robe, mon Père, dont je vais vous parer ce soir. Le Seigneur y pour­voira. Ce que je vais en revan­che vous remet­tre, hic et nunc, ce sont ces beaux insi­gnes de la Légion d’hon­neur que vous êtes si digne en tant que prêtre et Français de rece­voir.

Discours du Père Thierry

"Monsieur le Grand Chancelier, Monsieur le Sénateur, Monsieur le Maire de Vieux-Moulin, Chers Pères, Chers parents et amis, Permettez-moi de com­men­cer ces quel­ques mots par l’évocation d’un sou­ve­nir. à la fin des années 80, j’allais régu­liè­re­ment en Israël. Un jour, je rendis visite à l’épouse du Consul Général de France à Jérusalem que j’avais connue bien des années plus tôt. Celle-ci m’entre­tint notam­ment de l’un de ses fils qui la sou­ciait un peu

  • il commençait son adolescence et passait son temps à faire du roller dans les souks ! - et souhaita que je le rencontre. Elle appela donc son fils pour qu’il me saluât et se retira à la cuisine - bonne excuse ! - pour chercher le goûter. Aussitôt le jeune garçon me demanda : "Si vous n’aviez pas été prêtre, qu’est-ce que vous auriez aimé faire ? « J’aurais aimé travailler pour la France, peut-être, comme ton papa, la représenter à l’étranger. Mais finalement Dieu m’a appelé à devenir prêtre et c’est surtout Lui qu’à présent je m’efforce de représenter  ! » Et le garçon de répliquer sans attendre  : « C’est quand même mieux ! » - réflexion qui rassura beaucoup sa maman, quand elle l’apprit, sur l’état spirituel de sa progéniture. Depuis vingt ans, comme prêtre, je suis investi de la terrible mission - terrible et fascinante à la fois ! - de représenter Dieu, de donner Dieu, de témoigner devant l’humanité de la Miséricorde du Père ! Mais je rends grâce au Seigneur de n’avoir pas oublié, dans la vocation à laquelle il m’a appelé, mon désir de servir la France, mon désir de contribuer à ce que la France devienne plus belle, plus rayonnante, plus glorieuse – au sens théologique du terme. L’amour de son pays est, me semble-t-il, un des sentiments les plus nobles qu’un homme puisse éprouver. Humblement, je l’avoue, j’aime la France et ce, peut-être, grâce à mon grand-père paternel qui ne manquait pas de terminer ses discours politiques par un retentissant « Vive la France  ! » ou encore à mon grand-père maternel qui, plein d’idéal, s’était engagé tout jeune dans la première guerre mondiale, au détriment de ses études, et avait participé aux combats de 39-45. Et j’aime quand la France partage humblement à l’étranger tous les dons dont elle est bénéficiaire. Et je souffre quand la France soutient des positions qui la déshonorent, qui la blessent, qui la détruisent, quand les Français que souvent je rencontre à l’étranger, ont des tenues, des propos, des gestes qui font oublier qu’ils sont membres d’un pays qui est « la fille aînée de l’église ». Depuis 1990, date de la fondation de Points-Cœur, quantité de jeunes Français ont été envoyés par nous dans une vingtaine de pays du monde pour mener une vie de compassion auprès de personnes incroyablement meurtries par la misère, la solitude, la violence. Même si, depuis le début de l’Œuvre, se sont ajoutés aux Français des Amis des enfants originaires de bien d’autres pays, nos voisins, nos amis continuent, en bien des endroits, à désigner notre groupe comme « les Français ». Ces derniers, bien sûr, n’ont reçu aucune mission particulière du Quai d’Orsay, ils n’ont pas même de passeport diplomatique, mais ils me semblent investis d’une immense responsabilité auprès de gens souvent atteints dans leurs droits les plus élémentaires. Ils se doivent de représenter l’église, parfois bien peu présente par ailleurs, ils se doivent d’incarner l’esprit de l’Œuvre dans laquelle ils se sont engagés, mais – et ce n’est pas le moindre – ils se doivent d’être les ambassadeurs du cœur de la France, de l’intelligence de la France, de la compassion que, tout au long de son histoire, elle a su, en bien des occasions, manifester à de nombreux peuples – et notamment les plus pauvres d’entre eux –, de son travail en faveur de la reconnaissance et de la promotion de la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Chacun de ceux qui s’engagent à Points-Cœur se sent appelé à le faire. C’est sa façon à lui de répondre à la question du Christ : « M’aimes-tu  ? ». Et la réponse donnée à cette question « M’aimes-tu  ? » – je poursuis en citant partie de l’homélie prononcée par le Pape Jean-Paul II en la cathédrale de Paris le 30 mai 1980 –, « a une signification universelle, une valeur qui ne passe pas. Elle construit dans l’histoire de l’humanité le monde du bien. L’amour seul construit un tel monde. Il le construit avec peine. Il doit lutter pour lui donner forme […] ». C’est dire qu’à chaque fois qu’un Français répond positivement à cette question, à chaque fois qu’un Français donne ce qu’il a et ce qu’il est pour le bonheur des autres ou tâche d’être instrument de paix où que ce soit, il contribue à rendre la France plus belle, il fait aimer notre pays, il est, me semble-t-il, son véritable ambassadeur, un ambassadeur qui lui fait honneur. Pour ma part, même si depuis des années je me suis efforcé d’accomplir, sans trop compter, la mission que j’ai reçue, je me sens bien indigne de l’honneur qui m’est fait et dont je suis infiniment gré à Monsieur le Président de la République et au Général Douin. J’aurais aimé faire tellement davantage, tellement mieux… Mais l’événement d’aujourd’hui me relance, il m’appelle à repartir vers le large, il m’appelle à m’engager enfin sérieusement… Si l’on ne correspond pas à l’honneur qui vous est fait au moment où il vous est fait, on peut au moins travailler, pour réduire sa honte, à y correspondre de mieux en mieux dans le futur… Par ailleurs, ce qui m’habite particulièrement ce soir, c’est que cette médaille dont je suis décoré, est loin d’être pour moi tout seul. Je la partage avec une foule de personnes : avec un millier d’Amis des enfants, mais aussi avec tous ceux qui contribuent jour après jour à la vie et à la croissance de l’Œuvre ; je la partage également avec ce peuple d’amis de nos quartiers qui, depuis des années, m’apprennent à être prêtre, m’apprennent le charisme de l’Œuvre, m’apprennent à aimer et à pardonner, et qui, dès ici-bas, méritent tellement d’être reconnus dans leur fécondité parfois aussi ignorée que celle du Christ sur la Croix, dans leur beauté parfois aussi voilée que celle du Christ dans l’Eucharistie. Ce qui m’habite encore c’est un grand sentiment de reconnaissance vis-à-vis du Général Douin qui, avec une très grande gentillesse, a accepté de me remettre les insignes de l’Ordre et qui, ce soir, nous accorde l’hospitalité au palais de la Légion d’Honneur et nous reçoit avec une extrême cordialité. Un grand merci aussi à Monsieur le sénateur Marini, maire de Compiègne, qui nous fait l’honneur de sa présence et à vous tous, chers amis, qui êtes venus vous réjouir avec moi et dont l’affection contribue à ma joie."

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