• 19 août 2008
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Bienheureuse Teresa de Calcutta

Bienheureuse Teresa de Calcutta

LA BIEN-AIMéE DE CALCUTTA Dimanche 19 octo­bre 2003, trois cent mille pèle­rins se pres­sent autour de Jean-Paul II pour béa­ti­fier celle qui est déjà sainte dans le cœur des slums de l’Inde et d’ailleurs. Mère Teresa, apôtre de l’espé­rance et mère des pau­vres, a conclu depuis plu­sieurs années déjà son chemin sur terre, mais la sil­houette fra­gile de celle qui se donna inlas­sa­ble­ment au nom de Jésus habite toutes les mémoi­res. Il fau­drait médi­ter lon­gue­ment sur le destin de cette Albanaise née en 1910 en Macédoine. Agnès Gonxha Bojaxhiu est élevée dans la foi chré­tienne et alors qu’elle n’est encore qu’une toute jeune fille, elle dévore les ouvra­ges des mis­sion­nai­res croa­tes et slo­vè­nes. à seize ans, sa voca­tion est claire : servir Dieu dans les contrées loin­tai­nes. En 1918, elle part pour la maison mère des sœurs de Notre-Dame-de-Lorette puis, deve­nue quel­ques années plus tard sœur Teresa, elle s’embar­que pour l’Inde. Professeur dans une école de Calcutta où les enfants l’aiment au point de l’appe­ler Ma, elle reçoit en 1946 un appel à servir les plus pau­vres. Donnée plei­ne­ment à son époux, mue par la prière et un pro­fond désir de sain­teté, Mother bou­le­verse le monde entier par sa sim­pli­cité, sa bonté et son abné­ga­tion. C’est que Dieu avait choisi Mère Teresa pour révé­ler au monde son Amour.

Jésus au cœur de la spiritualité de Mère Teresa

Un appel dans l’appel

Dans les années qua­rante, Mère Teresa dirige une école de jeunes filles à Calcutta : elle est frap­pée par la misère dans laquelle vivent ses élèves et avec elles, des mil­liers d’hommes et de femmes jetés à la rue. Le Seigneur fait croî­tre dans son âme le désir d’aimer et de servir les pau­vres. Elle se pré­pare en fait à vivre son « Chemin de Damas ». Le 10 sep­tem­bre 1946, elle entend dans le train entre Calcutta et Darjeeling « un appel à renon­cer à tout et à Le suivre, Lui, le Christ, dans les taudis, pour Le servir parmi les plus pau­vres des pau­vres. Je savais que c’était Sa volonté et que je devais Le suivre. » Il lui est impos­si­ble de résis­ter à cet appel, initié dans une grande pau­vreté et un total aban­don. Elle n’obtient d’abord aucune réponse favo­ra­ble de son évêque. Il lui faudra atten­dre 1 948 pour reve­nir à Calcutta vêtue du fameux sari bordé de bleu, une for­ma­tion d’infir­mière, un mor­ceau de savon et cinq rou­pies en poche. Elle s’immerge aus­si­tôt dans le peuple des bidon­vil­les, ne comp­tant ni son temps, ni sa peine. C’est dans les yeux de son Bien-Aimé que s’éclaircit peu à peu le chemin.

Une seule vocation : étancher la soif de Jésus

« Pourquoi même dans les plus grands sacri­fi­ces on dirait que vous ne faites pas d’effort ? » demanda un jour un jour­na­liste. Mère Teresa répon­dit : « C’est pour Jésus que nous fai­sons tout. Nous aimons Jésus. » Au puits de la Samaritaine (Jn 4,7) et au pied de la Croix (Jn 19, 28), les Missionnaires de la Charité se lais­sent bles­ser par le cri de Jésus : « J’ai soif » et à tra­vers lui, par celui des souf­frants de la terre. Unir en deux vases com­mu­ni­cants la soif d’amour de Dieu pour l’homme et celle, sou­vent ense­ve­lie, de l’homme pour Dieu, voilà leur voca­tion. Que l’amour réponde à l’Amour...

Un seul exemple : celui du Christ

Mère Teresa se nomme elle-même « l’épouse du Crucifié ». Les peti­tes sœurs tour­nent leur regard vers Celui auquel elles se sont don­nées afin de l’imiter en toute chose jusqu’à ce que « le Christ prenne forme en elles » : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga, 2, 19-20). Comme Jésus, elles por­tent au monde la Bonne Nouvelle. Comme Jésus, elles par­ta­gent la vie des aveu­gles, des men­diants, des para­ly­ti­ques, des mou­rants, des lais­sés-pour-compte. Comme Jésus, elles doi­vent répan­dre autour d’elles la joie, la lumière, l’espoir. Leur Maître est l’exem­ple accom­pli de l’amour : « Aimez-vous les unes les autres, sup­plie la Mère. Il nous a donné sa vie, rien de moins. Ainsi, vous devez donner ce qui vous est le plus cher » L’ado­ra­tion fidèle d’un Dieu offert en croix ne peut que mener au don de soi, jusqu’au bout.

Jésus-Eucharistie, le plus pauvre d’entre les pauvres

Le cœur de la congré­ga­tion, c’est l’Eucharistie. Dans ce mys­tère immense est dévoi­lée l’humi­lité d’un Dieu silen­cieux. Pour la Mère, c’est parce que l’on croit en Jésus tota­le­ment donné dans le Saint Sacrifice que l’on a la cer­ti­tude de Le tou­cher aussi dans les corps rava­gés de nos frères. Mère Teresa évoquait sou­vent le prêtre s’appro­chant de l’Eucharistie  : « C’est ainsi que vous devez tou­cher le corps du Christ dans le corps souf­frant des hommes. » La Présence réelle dévoile la Présence divine en toute chose.

Bienheureuse Mère Teresa de CalcuttaSouffrance et service des plus pauvres des pauvres

Un jour, dans la rue, Mère Teresa ramasse une femme ago­ni­sant, jetée par son fils dans une pou­belle et dont les mem­bres étaient déjà rongés par les rats et les four­mis. Aucun hôpi­tal ne veut les accueillir. C’est ainsi que naît la maison des mou­rants de Calcutta où 40 000 per­son­nes ont été depuis trans­por­tées pour y finir leur vie dans la paix. Suivent beau­coup d’autres œuvres  : orphe­li­nats, cités de la paix pour les lépreux, cui­si­nes de la cha­rité, mai­sons spé­cia­li­sées pour les mala­des du sida. Rien ne semble arrê­ter ce frêle petit bout de femme, mue par une force inté­rieure hors du commun. Les Missionnaires de la Charité, outre les trois vœux de pau­vreté, de chas­teté et d’obéis­sance font un pas de plus dans le renon­ce­ment en pro­non­çant un qua­trième vœu : celui de se vouer au ser­vice des plus pau­vres d’entre les pau­vres, de ceux qui ne peu­vent les dédom­ma­ger de leur peine, dont on n’attend rien en retour. Mère Teresa limite volon­tai­re­ment le tra­vail des sœurs à une caté­go­rie de per­son­nes, les plus mépri­sés, les plus défi­gu­rés. En choi­sis­sant l’abais­se­ment et le dépouille­ment, en consen­tant au plus dif­fi­cile, les sœurs s’iden­ti­fient à Jésus aban­donné par les siens, celui qui « s’est anéanti lui-même, en pre­nant la condi­tion d’esclave » (Ph 2, 7). L’amour anime ce qua­trième vœu, un amour donné libre­ment et gra­tui­te­ment. Il répond au cri du Christ en croix : « J’ai soif ! ». Mère Teresa est hantée par cette vision de Dieu men­diant l’amour de l’homme : « Affamé d’amour, Il te regarde ; assoiffé de bonté, Il te sup­plie  ; mis à nu par amour de la vérité, Il espère en toi ; infirme et empri­sonné par amitié, Il attend cette amitié de toi ; sans abri, Il demande refuge en ton cœur ; veux-tu être tout cela pour Lui ? » Le ser­vice des pau­vres n’est donc pas une fin en soi mais la voie concrète pour aimer le Christ. Mère Teresa donne un témoi­gnage bou­le­ver­sant de l’amour de Dieu trans­formé en amour du pro­chain : « Il existe une faim tel­le­ment pro­fonde : celle de l’amour. Quoi de plus ter­ri­ble que la soli­tude, le fait de ne pas être désiré et l’aban­don de tous ? ». Parcourir inlas­sa­ble­ment les routes de Calcutta et les bidon­vil­les du monde est à ses yeux un pri­vi­lège puis­que c’est Jésus que l’on sou­lage. Mais qui aime en vérité souf­fre. Laver les pieds des plus pau­vres conduit à par­ta­ger aussi leur pas­sion  : « Voici la signi­fi­ca­tion de l’amour véri­ta­ble  : donner jusqu’à la dou­leur. » Pourtant, cette souf­france peut être trans­fi­gu­rée si elle est unie à celle de Jésus. C’est ce que Mère Teresa appe­lait le « baiser du Crucifié »...

La prière

Dans ses innom­bra­bles inter­views, la Mère ne réclame à ses inter­lo­cu­teurs ni biens ni argent mais il est frap­pant de cons­ta­ter avec quelle fré­quence elle invite le monde à prier. L’esprit de prière sou­tient toute l’œuvre des mis­sion­nai­res de la cha­rité : elles débu­tent leur jour­née par la prière com­mu­nau­taire et la messe. En voyage ou en mar­chant, les sœurs égrènent sans relâ­che leur cha­pe­let et concluent leur apos­to­lat par une heure d’ado­ra­tion du Saint-Sacrement, non pour y trou­ver le repos mais pour être inten­sé­ment pré­sen­tes à Celui qui a pris sur Lui toute pau­vreté. Union aux hommes en Dieu – Selon Mère Teresa, la prière pro­fonde et conti­nue unifie notre vie, nous ramène sans cesse à Dieu et fait de nous des ins­tru­ments de Sa Volonté. Elle élargit le cœur, lève le voile qui obs­cur­cit nos yeux pour que nous contem­plions le Christ en tous les visa­ges qui nous sont offerts et por­tions sur le monde un regard aimant. C’est en connais­sant Jésus dans la prière qu’on Le re-connaît dans les corps meur­tris des men­diants. Les Constitutions des Missionnaires de la Charité sou­li­gnent aussi que la prière est un acte d’amour uni­ver­sel qui relie les hommes entre eux et dans le cœur de Dieu. Pas de prière sans silence afin que Dieu puisse s’entre­te­nir avec les âmes. Extérieur, le silence vient puri­fier nos yeux, notre bouche, nos oreilles, tous nos sens. Intérieur, il est l’apai­se­ment du cœur et de l’esprit qui mène à l’oubli de soi, à l’appren­tis­sage de la vérité et à l’union intime avec Dieu. Celui qui se recueille sait accueillir la pré­sence divine en toute chose et en tout lieu. Force pour la mis­sion – Combien d’obser­va­teurs se deman­dent com­ment les sœurs peu­vent veiller les mou­rants de lon­gues heures et tenir bon au milieu de misè­res si épouvantables  ! « Sans la force que nous rece­vons de la prière, notre vie serait impos­si­ble. » expli­que Mère Teresa. Mieux, c’est la prière qui nour­rit l’apos­to­lat et le féconde : « Plus vous rece­vrez dans la prière silen­cieuse, plus vous pour­rez donner dans votre vie active » Le tête-à-tête amou­reux avec Dieu se dilate ainsi au cœur du monde. L’action devient contem­pla­tion. La prière for­ti­fie la foi – Elle est en elle-même acte de foi. On raconte sou­vent l’his­toire d’un jeune étranger confes­sant tris­te­ment à Mère Teresa son incroyance. Elle lui dit sim­ple­ment : « Priez » et lui remit quel­ques médi­ta­tions sur l’évangile de Jean en lui recom­man­dant de les par­cou­rir chaque jour. Il revint quel­que temps plus tard et lui annonça : « Maintenant, je crois ».

Appel à la sainteté

Mother Teresa répé­tait à ses sœurs que la sain­teté était un devoir. Elle inci­tait tous ses pro­ches à la per­fec­tion, grâce à la prière, la per­sé­vé­rance, le renon­ce­ment à soi-même, la qua­lité de l’amour donné. Celui qui aspire à être saint désire aussi amener beau­coup d’âmes à Dieu. Le salut et la sanc­ti­fi­ca­tion des plus pau­vres, voilà l’un des buts des Missionnaires de la Charité. Combien d’heures Mère Teresa a-t-elle passé au chevet des ago­ni­sants pour cueillir sur leurs lèvres un signe de paix et de réconci­lia­tion inté­rieure... La sain­teté marque le front des élus : le jour de notre bap­tême, Dieu nous choi­sit pour être des témoins vivants de sa bonté et de sa gloire. Devenir saint est donc à la fois pure grâce et effort cons­tant de la volonté : « Avec la béné­dic­tion de Dieu, je désire, je veux être sainte » mar­te­lait la Mère. Pour elle, la sain­teté c’est connaî­tre Jésus, l’aimer et le servir. C’est Lui appar­te­nir tota­le­ment en nous dépouillant de ce que nous sommes. Le plus pro­fond désir de Dieu n’est-il pas que nous nous don­nions sans réserve comme Lui s’est livré à nous sur la croix ? « Quand on regarde sa croix, on com­prend son amour. Sa tête est incli­née pour nous embras­ser  ; ses bras sont étendus pour nous étreindre ; son cœur est grand ouvert pour nous accueillir. Voilà ce que nous devons être dans le monde d’aujour-d’hui. »

Marie, modèle parfait

La dévo­tion à la Vierge est au cœur de l’œuvre de Mère Teresa : l’insi­gne de la congré­ga­tion est un rosaire entou­rant le globe ter­res­tre avec la croix posée sur l’Inde. La fon­da­trice aimait à dire que ces grains unis­saient Dieu et les hommes en une grande chaîne d’amour. Marie nous apprend à nous aban­don­ner tota­le­ment à Dieu  : « Je suis la ser­vante du Seigneur » (Luc 1, 38). Mère Teresa a fait sienne cette parole, tâchant d’être un ins­tru­ment docile entre les mains du Père. Marie est par excel­lence une âme contem­pla­tive, « médi­tant en son cœur » (Luc 2, 19) ce que Dieu réa­li­sait dans sa vie. Elle est aussi le modèle de la cha­rité. Alors qu’elle porte déjà Jésus et malgré le long chemin à tra­vers les col­li­nes de Judée, elle se pré­ci­pite joyeu­se­ment pour aider sa cou­sine élisabeth. Le mis­sion­naire sait lui aussi que l’amour n’attend pas. Il court servir les pau­vres sans crainte des obs­ta­cles. Pleine de sol­li­ci­tude aux Noces de Cana, la Vierge est aussi la meilleure avo­cate des humi­liés et Mère Teresa le savait qui l’implo­rait tou­jours en fai­sant monter vers elle le cri des pau­vres. Comme unique tes­ta­ment, la « Bien-Aimée » de Calcutta nous laisse une invi­ta­tion simple et bou­le­ver­sante, dictée quel­ques heures seu­le­ment avant sa mort : « Vivez seu­le­ment pour Jésus par Marie, c’est tout ce que je veux de vous, tout ce que je veux pour vous. » Jacinthe Blancart

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