• 26 mars 2009
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Catherine de Hueck-Doherty - Pédagogue de l’absolu

Catherine de Hueck-Doherty - Pédagogue de l’absolu

Catherine de Hueck-Doherty"Transmettez !" nous disait sou­vent Catherine de Hueck Doherty. En tant que fon­da­trice d’une com­mu­nauté, et comme tout fon­da­teur d’ailleurs, elle brû­lait du désir de nous trans­met­tre ce qu’elle avait reçu de Dieu, et vou­lait que nous fas­sions de même ! Mais com­ment fai­sait-elle pour faire passer le feu qui brû­lait dans son cœur ? Catherine agis­sait à la façon des Pères du désert ou des « sta­retz » de Russie (c’est-à-dire des sages). Leur vie exem­plaire atti­raient des dis­ci­ples, qui essayaient d’appren­dre d’eux la vie spi­ri­tuelle en les imi­tant. Au début l’idée de fonder une com­mu­nauté était loin des pen­sées de Catherine. "Il y a très long­temps, quand j’étais enfant, je vou­lais être pauvre. Peut-être cette idée m’est-elle venue au cou­vent de Notre-Dame-de-Sion de Ramleh-Alexandrie, en égypte, où une petite sœur nous emme­nait pen­dant la récréa­tion près d’une statue de saint François et nous racontait sur lui his­toire après his­toire. J’étais fas­ci­née ! Il était riche et il est devenu pauvre ! Aussi, je me disais : « Un jour je ferai comme lui et j’irai vivre avec les pau­vres. » Et ce rêve a fait son chemin dans mon cœur... « ’L’apos­to­lat soli­taire’ que j’avais ima­giné, en iden­ti­fi­ca­tion pro­fonde avec les pau­vres (d’une manière cachée, comme la Sainte Famille à Nazareth) a rapi­de­ment volé en éclats. Trois femmes et deux hommes sont venus se join­dre à moi » (Ma vie avec Dieu, éditions du Cerf, pp. 99-113) Catherine est allée voir son évêque pour deman­der quoi faire. Il répon­dit : « Ne savez-vous pas que vous avez une voca­tion de fon­da­trice ! » Elle les a donc accueillis. Ce fut le com­men­ce­ment de Friendship House (Maison de l’Amitié) à Toronto, suivi par celle de Harlem aux USA. Plus tard elle fon­dera Madonna House (Maison Notre-Dame) à Combermere, Canada. Sa vie apos­to­li­que durera plus de cin­quante ans ! Les intui­tions spi­ri­tuel­les de Catherine étaient enra­ci­nées dans l’évangile. Dans Le Petit Commandement de Madonna House (cf. enca­dré p. 14), qui résume sa spi­ri­tua­lité, on lit : « Prêche l’évangile par ta vie, sans tran­si­ger... Fais extrê­me­ment bien les peti­tes choses, par amour pour Moi. » L’amour pas­sionné de Catherine pour Dieu la pous­sait à tout faire pour Lui et avec Lui, même les tâches les plus ordi­nai­res. Ainsi elle savait bou­le­ver­ser notre tié­deur ! Son auto­rité spi­ri­tuelle repo­sait sur le fait qu’elle exi­geait d’elle-même ce qu’elle exi­geait de nous tous. Elle avait une énorme capa­cité de tra­vail et ne s’épargnait pas, dépas­sant sans cesse ses pro­pres limi­tes pour l’amour de Dieu et de la mis­sion qu’Il lui avait confiée. Sa vision de l’apos­to­lat laïc était très com­plète : elle essayait de nous faire com­pren­dre qu’il n’y a pas de divi­sion entre les choses maté­riel­les et la vie spi­ri­tuelle. Un jour, elle nous a donné une confé­rence sur « l’esprit du ménage à Madonna House » dont voici un extrait : « Alors, quand vous balayez vous pouvez le faire comme ceci (elle nous le démon­trait en balayant avec une las­si­tude exa­gé­rée et avec inat­ten­tion) ou comme cela (elle balayait énergiquement et atten­ti­ve­ment) ! Je sug­gère que vous com­men­ciez avec le Signe de la Croix. Et puis, exa­mi­nez-vous. Balayez la pièce, et ensuite recom­men­cez et vous verrez quelle quan­tité de pous­sière vous avez lais­sée la pre­mière fois... Le temps appar­tient à Dieu. Le balai est à Dieu. La pous­sière est à Dieu. Le sol est à Dieu. à vous de déci­der ! Vous pouvez deve­nir un saint en balayant le sol ou vous pouvez aller en enfer en le fai­sant ! Dieu connaît vos inten­tions. Nous avons très peu de temps à Lui donner. Alors, donnez-Lui tout, plein d’amour, plein du don de soi. Que votre ménage soit un chant, une prière d’amour et de répa­ra­tion ! » (Conférence du 26 octo­bre 1961) Comme Jésus qui par­lait en para­bo­les, Catherine aimait aussi raconter des his­toi­res cour­tes pour illus­trer ce qu’elle nous expli­quait. Elle rela­tait des événements de ses jours en Russie, de l’époque où elle était immi­grée en Amérique du Nord ou de ses aven­tu­res apos­to­li­ques. Ou bien, elle racontait des his­toi­res qu’elle avait lues ou enten­dues quel­que part. En géné­ral, nous avons plus ten­dance à nous sou­ve­nir des contes que des longs dis­cours. L’ensei­gne­ment de Catherine s’enra­ci­nait dans la vie ordi­naire... elle pen­sait que tout peut servir pour trans­met­tre les véri­tés de la foi. Voici un exem­ple d’une his­toire de son passé : "Je me sou­viens d’une autre fois, alors que j’avais dix ans, et que nous étions en Pologne pour les vacan­ces. Je mar­chais sur la route quand sou­dain je vis, dans la boue, le curé du vil­lage. Or, depuis que j’étais bébé on m’appre­nait à aimer et à véné­rer les prê­tres et cette vision fendit mon petit cœur ! Je m’éloignai en cou­rant comme si j’avais le diable aux trous­ses. Arrivée à la maison, je dis à ma mère : « Il y a Monsignor, il est ivre, ivre, ivre ! Le prêtre est ivre ! » "Ma mère me regarda et répon­dit : « Vraiment ? Eh bien, allons voir ! » Ma main dans la sienne, nous fîmes notre demi-tour en silence. Le prêtre était tou­jours étendu dans la boue quand nous arri­vâ­mes auprès de lui et ma mère me dit : « Catherine, tu es une grande fille, aide-moi à le rele­ver. » Mais aupa­ra­vant elle baisa sa main sale. Nous le trans­por­tâ­mes au pres­by­tère où, tou­jours en silence, nous le confiâ­mes à sa domes­ti­que. "Nous revîn­mes à la maison en silence et, en arri­vant, ma mère me demanda d’aller cher­cher le petit pot de cham­bre de la nur­sery, de le rem­plir d’eau et de le lui appor­ter, ce que je fis. Pendant ce temps, elle cueillit dans le jardin un bou­quet de magni­fi­ques lis blancs qu’elle mit dans le pot de cham­bre en disant : "Regarde bien. Les fleurs n’ont pas changé, bien qu’elles soient dans un pot de cham­bre au lieu d’un beau vase. N’oublie jamais cela, Catherine. Le pot pour­rait être le prêtre. Les lis blancs sont le Christ, le Christ qui ne change jamais, le Christ qui est pré­sent dans le prêtre d’une manière spé­ciale. Oui, le prêtre peut être le pot de cham­bre, mais le « Christ en lui » res­tera tou­jours comme ces lis blancs. Toute ta vie, veille à ne jamais faire l’erreur de confon­dre l’un et l’autre « . » (Mes bien-aimés, le 27 avril 1974) Nombreuses sont les expres­sions ou maxi­mes que Catherine employait pour nous ensei­gner des véri­tés pro­fon­des. Par exem­ple, sur des peti­tes cartes au-dessus de nos portes elle a fait impri­mer les mots « I am third. Je viens en troi­sième ». Cela signi­fie que, par rap­port à l’ordre d’impor­tance dans ma vie, Dieu passe en pre­mier, mon pro­chain en deuxième, et moi en troi­sième ! Sur une porte d’entrée, il y a les mots : « Un étranger est un ami que je ne connais pas encore. » Une gra­vure sur un mor­ceau de bois dans sa cabane dit : « Attendez l’inat­tendu. » Elle aimait dire : « Chaque moment est le moment de recom­men­cer », ou bien : « Avec Dieu, l’impos­si­ble ne prend que cinq minu­tes de plus ! » Ce ne sont que quel­ques exem­ples. Avec le début de Madonna House en 1947 à Combermere, Ontario (Canada), et la nais­sance de ses pre­miè­res mai­sons de mis­sion dans les années cin­quante, Catherine com­mence à dicter des let­tres pour former ceux et celles qui se trou­vent loin de la maison-mère, aussi bien que pour ceux qui res­tent à Combermere. Ces let­tres, écrites au long d’une tren­taine d’années, sont des répon­ses aux ques­tions, aux soucis, aux besoins, aux pro­blè­mes et aux joies de ses « enfants spi­ri­tuels ». Elle réagit aux situa­tions concrè­tes et aux per­son­nes réel­les. Bien sûr, elle répond indi­vi­duel­le­ment à chaque per­sonne qui lui écrit ; sa cor­res­pon­dance per­son­nelle est immense ! Mais elle pense aussi aux futu­res géné­ra­tions qui auront peut-être le même besoin de conseils et de for­ma­tion. (Elle pen­sait à nous !) Surtout, elle s’élève farou­che­ment contre toute atteinte à la cha­rité. Elle insiste sur le fait que notre pre­mière « œuvre » est de former des com­mu­nau­tés d’amour. Ce n’est pas tou­jours évident ! Souvent elle passe des nuits de « veille » où elle prie et réflé­chit avec son cœur de mère : Catherine de Hueck-Doherty"Mes bien-aimés, « Je passe en ce moment des nuits blan­ches, mais pas trop désa­gréa­bles. Le silence de la nuit, quand tout repose, et que la veilleuse brûle aux pieds de la statue de Notre-Dame dans ma petite isbah me permet de voir avec plus de luci­dité les soucis que me donne l’Apostolat. Ce sont le plus sou­vent des peti­tes choses que le monde juge­rait négli­gea­bles, mais l’Apostolat de Madonna House est fait de peti­tes choses. Dès que je vois vol­ti­ger de minus­cu­les brins de paille, ici ou dans les mis­sions, je suis aler­tée par mon intui­tion, cette claire vision (appe­lez cela comme vous vou­drez) que le Saint-Esprit donne aux fon­da­tri­ces. Ces intui­tions me vien­nent géné­ra­le­ment la nuit. C’est ainsi que pen­dant une récente insom­nie, c’est tout un char de paille qui m’a inquié­tée... celui de la cha­rité, bien sûr !... Théologiquement et selon l’ensei­gne­ment de la Sainte église catho­li­que, cela signi­fie que Dieu m’a donné l’esprit de Madonna House pour que je l’inculque, l’entre­tienne et le déve­loppe, mais sur­tout pour que je veille et que j’élève la voix chaque fois que cet esprit est menacé... Ne soyez donc pas étonnés, mes bien-aimés en Christ, que lettre après lettre, je vous parle de l’esprit de Madonna House. Je ne dois cesser d’émonder, redres­ser les bran­ches qui ploient, pro­té­ger avec amour et fidé­lité la mis­sion que Dieu m’a confiée, mais aussi me pré­pa­rer à trai­ter comme il convient le figuier sté­rile. » (Ibid., le 19 mai 1962) Catherine dési­rait avec ardeur que nous soyons des saints ! Beau pro­gramme, mais exi­geant ! Pourtant, elle croyait que c’est à la portée de tous. C’est notre voca­tion à tous ! Catherine nous encou­ra­geait à uti­li­ser l’ingé­nio­sité de l’amour. Pour incar­ner l’évangile dans notre vie, pour servir Dieu et mon pro­chain, tous les moyens sont bons... sauf le péché ! Sa vie nous sert d’exem­ple. L’évangile est pour toute géné­ra­tion, tous les peu­ples, et toutes condi­tions de vie. à nous de trou­ver la clef de la cha­rité qui nous per­met­tra de trans­met­tre la Bonne Nouvelle à tous ceux que nous ren­controns. Cette clef est aussi à notre portée. Jeanne Guillemette

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