• 2 avril 2014
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Amelita au Point-Cœur de Lima, par Clotilde

Amelita, au Point-coeur du Pérou

Amelita (de son vrai nom Amelia) aime la mode (du temps de sa jeu­nesse, elle cou­sait et elle nous affirme tou­jours d’une voix bien assu­rée que ses vête­ments sont à la der­nière mode de Paris), parler ita­lien (à la ques­tion “Comment vas-tu ?”, elle répond tou­jours “Molto bene !”), chan­ter (du Édith Piaf entre autres), manger (elle a tou­jours une “hambre de lobo” - “faim de loup”- comme elle le dit quand elle arrive au Point-Cœur) et pour finir, son “gatito” (son chat). Amelita parle, parle, parle,… de la mode, de ses chan­sons pré­fé­rées, de ses plats et recet­tes pré­fé­rés, et de son gatito. Qu’il est dur par­fois d’écouter Amelita avec atten­tion ! Combien de fois je me suis dit en moi-même, alors qu’elle me par­lait : “Si elle savait à quel point son gatito m’épuise !” Amelita vient très sou­vent au Point-Cœur, elle a tel­le­ment soif d’une oreille qui sache l’écouter, d’un cœur patient et atten­tif ! Et moi, je trouve qu’Amelita vient trop sou­vent au Point-Cœur. Comme cette mati­née oú Amelita a sonné trois fois à la porte : la pre­mière fois pen­dant le petit-déjeu­ner, elle par­tage un thé avec nous, puis repart. Une deuxième fois, Amelita sonne ; je suis en train de faire ma les­sive. Debout près du lavabo, Amelita parle, parle, parle,… de la mode, de… (vous connais­sez la suite). Comme je suis en plein soleil, elle m’arrose la tête pour éviter que j’attrape une inso­la­tion. Contrariée de ne pas pou­voir écouter ma musi­que tran­quille­ment, je ne vois dans ce geste que le résul­tat (je suis trem­pée) et pas tout l’amour et la ten­dresse avec laquelle elle m’a ren­versé le verre sur la tête. Ma les­sive finie, Amelita s’en va. Une troi­sième fois, la porte sonne. Déjà énervée avant même d’avoir ouvert, je reconnais la sil­houette d’Amelita der­rière la porte. J’ouvre et je vois Amelita avec une bou­teille de gaseosa (soda) dans les bras. Avec un grand sou­rire, elle me la tend : “Tiens, Coticita (c’est ainsi qu’elle m’appelle), c’est pour vous, pour par­ta­ger pen­dant le déjeu­ner. Vous êtes mes amis et vous m’accueillez si gen­ti­ment à chaque fois !” J’ai honte de moi, dans mon cœur, la phrase d’Amelita sonne faux. Trois fois, Amelita a sonné, trois fois, je lui ai ouvert. Les deux pre­miè­res fois, mon cœur a fait la sourde oreille, la troi­sième fois j’ai com­pris. Ce qu’Amelita vient men­dier, ce n’est pas avant tout un thé ou du pain, c’est une pré­sence et un cœur aimant. J’ai eu besoin de ces trois “pro­vo­ca­tions” pour le com­pren­dre !

Avec Points-Cœur, j’apprends à ne pas penser comme une fonc­tion­naire ; ici, il n’y a pas de 35 heures, ni de RTT, ni de grèves, ni de jours fériés. On aime 7 jour 7 et 24h/24. Et une Amelita qui vient trois fois dans la mati­née ou un enfant qui sonne à 14 h 00 pour deman­der de l’eau, alors que nous fai­sons la sieste, nous aide à nous en sou­ve­nir !

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