• 2 avril 2014
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Dernière lettre d’Adeline du Point-Cœur de Buenos Aires

Adeline et Alan au Point-Cœur au Buenos Aires

C’est depuis la France, où j’ai atterri il y a pres­que une semaine, que je vous envoie cette der­nière lettre aux par­rains. Ma mis­sion argen­tine s’est ter­mi­née… Alors, MERCI !!! Merci à chacun de vous de m’avoir permis de vivre ces quinze mois, merci pour votre sou­tien finan­cier, merci pour vos priè­res qui m’ont portée dans les moments plus dif­fi­ci­les, merci pour votre confiance. J’ai essayé d’en être digne…

Même et sur­tout dans les moments de fai­blesse. J’ai essayé d’être tou­jours dis­po­ni­ble à l’autre, j’ai essayé de voir en lui le Christ m’appe­lant à Le servir, j’ai essayé d’aimer ces frères de com­mu­nauté, ces voi­sins, ces amis, toutes ces per­son­nes que le Bon Dieu m’a don­nées. Ces quinze mois furent vrai­ment riches, et aujourd’hui, c’est vrai­ment la gra­ti­tude qui habite mon cœur. Gratitude envers ma famille qui m’a aimée et éduquée dans la foi catho­li­que et dans les valeurs évangéliques, gra­ti­tude envers l’œuvre Points-Cœur qui nous guide et nous aide à appro­fon­dir chaque jour le vrai sens de la com­pas­sion, et sur­tout gra­ti­tude envers le Christ qui m’a conduite et accom­pa­gnée depuis ma nais­sance et qui m’a adressé cet appel par­ti­cu­lier à donner ce temps de mis­sion au ser­vice de Alan, un de mes petits pré­fé­rés. J’aime­rais reve­nir dans cette lettre sur ce temps de “des­pe­dida”, temps d’adieux. En effet, le der­nier mois est un temps où nous essayons de passer chez chaque famille, chez chaque ami, une der­nière fois, pour échanger quel­ques mots, quel­ques regards, éventuellement quel­ques larmes chez nos amis les plus émotifs, une der­nière prière et sur­tout… un der­nier maté ! (le maté étant la bois­son tra­di­tion­nelle argen­tine). C’est un temps béni où l’on mesure le chemin par­couru chez l’autre et chez nous-même, et l’épaisseur de ces ami­tiés uni­ques.

Avec Alexiana, l’Argentine qui a ter­miné sa mis­sion le 8 mars comme moi, nous avons été très mar­quées par la courte visite que nous avons réa­li­sée chez Yoana, notre voi­sine d’en face. Yoana est une jeune femme, qui a exac­te­ment mon âge, mais quatre enfants, et l’aînée a déjà pres­que dix ans. Elle vit avec son mari et ses enfants dans une seule pièce, et elle a fait un AVC, il y a quel­ques mois. Son his­toire per­son­nelle et fami­liale est dif­fi­cile et lourde de peines et de rejets. Lorsque je suis arri­vée, Joana avait une atti­tude très agres­sive, elle criait, nous insul­tait, venait dix fois par jour au Point-Cœur pour nous emprun­ter des objets… Que dix fois par jour, tous les jours, pen­dant au moins deux semai­nes nous étions obli­gés de récla­mer car elle “oubliait” de nous les rendre… Stoïquement, nous sup­por­tions ses cris, ses insul­tes, ses intru­sions, ses enfants ter­ri­bles, et nous l’accueil­lions avec ten­dresse, patience et sur­tout avec le sou­rire. Nous sommes allés Yoana et Rodrigo plu­sieurs fois la voir à l’hôpi­tal lorsqu’elle a fait son AVC. Petit à petit, au cours des mois, nous avons pu cons­ta­ter une vraie évolution dans son com­por­te­ment. Les objets emprun­tés nous étaient plus faci­le­ment rendus, elle était plus agréa­ble dans les rela­tions, et un peu plus tendre avec ses enfants, sa façon de s’expri­mer s’est légè­re­ment modi­fiée. Ces chan­ge­ments sont pres­que imper­cep­ti­bles pour un œil exté­rieur, mais pour nous, ils sont incroya­bles, mira­cu­leux. Certes, il y a encore beau­coup de chemin à faire, mais quelle joie ! Et, lors de notre der­nière visite chez elle, lorsqu’elle a appris notre pro­chain départ, Yoana a pres­que montré des signes d’émotion, elle vou­lait sortir avec nous avant notre départ et nous emme­ner voir les car­na­val à Buenos Aires Capitale.

Pourquoi vous racontez cela, pour­quoi vous racontez ce “rien”, ce chan­ge­ment insi­gni­fiant ? Peut-être parce que c’est l’une des plus belles choses que cette mis­sion m’a apprise… Vivre atten­tif, avoir l’œil ouvert, être éveillé aux “pépi­tes”, à ces “mini-mira­cles” du quo­ti­dien, et les trans­met­tre, les dif­fu­ser, les mettre en lumière, et rendre grâce d’en être les témoins… Il s’agit de notre mis­sion de catho­li­ques, il s’agit de lutter avec cou­rage pour conver­tir notre regard, il s’agit de cher­cher et de trou­ver la perle d’espé­rance au milieu de l’océan de souf­fran­ces qui nous entoure.

Ma mis­sion argen­tine est certes ter­mi­née, mais une nou­velle mis­sion com­mence, et pas la plus simple : vivre de ce que j’ai appris, trans­met­tre ce que j’ai reçu, dans un quo­ti­dien ‘normal’, voilà mon nou­veau défi, en men­diant tou­jours plus la pré­sence de Celui qui est tout et qui m’a tout donné.

Adeline


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