• 21 janvier 2014
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Fondation à Procida : Amalia et Anna, les voisines du Point-Cœur

Sophie du Point-Cœur de Procida, aide au devoir

Sophie fait partie des pre­miè­res volon­tai­res de l’équipe du Point-Cœur de Procida, dans la baie de Naples. Voici un por­trait de leurs deux amies, voi­si­nes du dessus...

Cela fait main­te­nant trois mois que je suis à Procida pour fonder un nou­veau Point-Coeur. Il s’agit d’une île de 11 000 habi­tants située au large de Naples et dont le cadre est plutôt sym­pa­thi­que. Ici peu de pau­vreté maté­rielle. On trouve par contre une soli­tude immense et un regard des autres, un juge­ment très pré­sent. Tout le monde sait tout sur tout le monde et les gens par­lent cons­tam­ment les uns dans le dos des autres. Une maison Point-Cœur, qui veut offrir une pré­sence et un regard aimant, sans juge­ment sur chacun, y a donc par­fai­te­ment sa place.

Impossible de vous parler de ces der­niers mois sans évoquer nos nou­vel­les voi­si­nes du dessus. Anna et Amalia sont deux sœurs de soixante ans et soixante-trois ans, sor­ties de l’hôpi­tal psy­chia­tri­que, il y a deux mois, pour s’ins­tal­ler dans une cham­bre de notre immeu­ble. Amalia a la mala­die de Parkinson, d’où une dépres­sion, elle doit en plus vivre avec sa sœur Anna qui, elle, est sévè­re­ment dépres­sive. Elle reste dans son lit toute la jour­née en refu­sant d’aider Amalia à cui­si­ner, ranger, se laver alors qu’Amalia ne peut pres­que plus se dépla­cer. Une de nos amies les connaît bien et nous a demandé de l’aider à s’occu­per d’elles. Chaque matin vers 8 h 00, l’un de nous monte leur pré­pa­rer le petit-déjeu­ner, dis­cu­ter un peu avec Amalia et forcer Anna à se lever, au moins pour manger (hier, cela a pris 25 minu­tes, l’argu­ment qui a fonc­tionné a été “dépê­che-toi ou je vais être en retard à la messe”, la fois d’avant, Agnese, ma sœur de com­mu­nauté, m’a dit avoir réussi avec un simple “lève toi ou ton lait va être froid” ; mais une méthode ne marche jamais deux jours d’affi­lée, il faut sans cesse réin­ven­ter). Il y a un mois envi­ron, Agnese est redes­cen­due à la maison en catas­tro­phe : Anna avait essayé de se sui­ci­der en s’entaillant pro­fon­dé­ment le poi­gnet. Elle s’en est sortie avec six points de suture, mais l’hôpi­tal psy­chia­tri­que ne la repren­dra pas sans son accord et, bien sûr, elle refuse d’y retour­ner. Nous avons tous été assez secoués par cet épisode, et de savoir Amalia seule avec elle est très dif­fi­cile.

Pourtant depuis un mois, c’est plutôt calme, une belle amitié s’est créée main­te­nant qu’elles nous font confiance et je monte les voir avec plai­sir le matin, en échafaudant des stra­té­gies pour faire se lever Anna. Ce qui me plaît beau­coup, c’est que nous finis­sons par rire de tout ça avec elles. Les seules fois où j’ai vu Anna sou­rire, c’est quand on se moque gen­ti­ment d’elle ou quand Eric (frère de com­mu­nauté) lui fait des com­pli­ments. Pour le déjeu­ner du 24 décem­bre, nous avons réussi à les faire sortir de chez elles pour déjeu­ner avec nous à la maison. Nous avons pu nous pro­cu­rer un fau­teuil rou­lant et sommes allés tous ensem­ble sur la place en bas de la maison pour regar­der la mer. Un très beau moment. Nous pas­sons chez elles dis­cu­ter un peu, sur­tout avec Amalia le plus sou­vent pos­si­ble. Avec Anna, ça change tout le temps : par­fois, elle peut se lever et venir nous ouvrir en fai­sant pres­que un sou­rire ou rester dans son lit et lais­ser Amalia mettre dix minu­tes à le faire. Malheureusement, c’est très sou­vent la deuxième pos­si­bi­lité. S’il y a bien une per­sonne que je vou­drais confier à vos priè­res, c’est elle.

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Vue de la baie de Procida Agnese et Amalia devant la vue de la baie Noël avec Amalia et Anna au Point-Cœur
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