• 26 mars 2009
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« Je suis avec toi ! »

« Je suis avec toi ! »

D’un Point-Cœur à l’autre n° 13, décem­bre 1995 Aux auteurs bibli­ques, on repro­che sou­vent de n’être pas clairs, d’uti­li­ser des tour­nu­res de phra­ses alam­bi­quées. Il n’en reste pas moins de nom­breux ver­sets sans équivoque. Je pense entre autre à la phrase du psaume XIII, que l’on retrouve de façon iden­ti­que dans le psaume 53 : "L’insensé a dit en son cœur : « Dieu n’existe pas »." Faut-il dire les choses plus clai­re­ment encore : « Il faut être bien bête pour croire que Dieu n’existe pas ! »

Un Dieu aux entrailles de mère

C’est que tout au long de l’his­toire, Dieu lui-même ne cesse de répé­ter qu’Il est, et qu’Il est avec nous. Il le répète comme une mer­veilleuse parole d’amour, comme s’Il n’avait rien d’autre à dire qui exprime autant son atti­tude vis-à-vis de nous, son être même. Je suis là. Il confie une mis­sion à un homme : « Ne crains rien, je suis avec toi. » Il voit son peuple assailli : « De quoi as-tu peur ? Je suis avec toi. » Il sur­prend le regard de ses amis qui ont péché et s’en retour­nent vers lui. Il les console, en leur disant : « Ne soyez pas dans l’angoisse, je suis avec vous ! » Il faut même avouer que ces mots-là sont aussi ceux que nous pro­non­çons quand nous ne savons plus com­ment expri­mer notre amour : « Voilà que tu viens de perdre ton époux. Je suis avec toi. - J’apprends que tu es bien malade. Je suis avec toi. » Nous n’avons pas perdu notre époux, nous n’avons peut-être pas le cancer. Mais notre situa­tion est plus dou­lou­reuse, elle est au moins plus grave : nous sommes pécheurs. Et Dieu y répond en nous disant : « Je suis avec toi. » En nous le disant jour après jour, car notre fai­blesse est d’oublier, notre misère de ne pas avoir foi. Quels qu’ils soient, les gens du peuple se tour­nent vers Dieu, comme autant d’égarés, en lui disant : « Tu nous dis que tu es là, mais nous ne te voyons pas, nous ne pou­vons pas te tou­cher. Ah ! si tu déchi­rais les cieux et si tu des­cen­dais... Si tu pou­vais être un Dieu parmi nous, un Dieu au visage d’homme, un Dieu de chez nous ! » Et Dieu - c’est folie ! - obéit. Il des­cend. Il prend chair dans les entrailles d’une femme. Il a un visage d’homme... Et son nom, c’est Emmanuel, Dieu-avec-nous. On peut dire du Christ qu’Il est vrai Dieu et vrai homme, qu’Il est le Verbe fait chair, qu’Il est la vie, la vérité, la voie. Mais ce que mani­feste par-dessus tout son nom, c’est qu’Il est l’expres­sion de la pré­sence du Père. Cela nous dépasse. On ne peut ima­gi­ner à quel point Dieu est proche de nous, qu’Il est avec nous, qu’Il est de nous. Dire qu’Il connaît le nombre de nos che­veux, c’est encore rien. Aucune inti­mité sur terre ne pourra dépas­ser celle que Dieu peut avoir avec chaque homme. Il nous l’a mani­fes­tée en son Fils que nous pou­vons enten­dre, que nous pou­vons voir, que nous pou­vons tou­cher, mais qui sur­tout nous accorde sa pré­sence au plus intime de nous.

La plus grande preuve d’amour qui se puisse donner

Noël, c’est la fête de la nais­sance. C’est la décou­verte de l’Enfant-Dieu dans la man­geoire. Mais c’est sur­tout la mani­fes­ta­tion de la proxi­mité que Dieu, dans son amour, a avec sa créa­ture. C’est la fête de la renais­sance de chacun en la nais­sance unique du Christ Jésus. Le Christ naît en notre huma­nité, nous renais­sons en sa divi­nité. Noël, c’est un échange, dans le sens le plus pro­di­gieux. Noël, c’est une réa­lité nup­tiale, dans le sens le plus inté­rieur. Cet événement fait que notre chair est habi­tée : « Notre corps est le temple de l’Esprit » ; que nos mots sont plus que des mots d’ordi­na­teur, ils sont emplis d’un souf­fle, d’un amour ou d’une haine ; nos gestes ne sont pas des gestes de robots : ils tra­dui­sent une réa­lité que l’on accepte ou que l’on nie. Noël n’est pas un événement exté­rieur à nous-mêmes. Noël est une mani­fes­ta­tion à l’intime de notre être de l’amour infini du Père. Dieu est amour. Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que Noël et son ultime consé­quence, la croix. C’est le don le plus pro­fond. En Jésus, on ne peut plus dire où est l’homme et où est Dieu, où est l’Esprit et où est la chair, où est la misère et où est la grâce, où est la souf­france et où est la gloire. Tout se fond dans un amour qui emporte tout. Noël, c’est la gran­deur de Dieu. La gran­deur de l’homme, c’est d’accep­ter Noël. C’est faire place à Dieu dans sa chair. C’est donner à Dieu son cœur comme ber­ceau pour qu’Il trans­fi­gure tout en par­tant de ce qui est le plus intime. La gran­deur de l’homme, c’est d’être Marie.

Se donner soi-même sans mesure

C’est Noël. Nous allons nous pros­ter­ner devant la crèche. C’est bien. Mais Noël, c’est plus. Noël, c’est la pos­si­bi­lité que nous avons de nous pros­ter­ner devant chaque homme. Et d’abord le plus pauvre, le plus petit, je dirais même le plus vic­time, qu’il soit assas­sin ou inno­cent. Car Dieu s’est pros­terné avant nous devant lui, car Dieu avant nous a frappé à sa porte, Il a mendié d’habi­ter la chair qu’Il lui a donnée. Noël, c’est dis­cer­ner la nais­sance de Dieu en chaque homme, c’est reconnaî­tre la gran­deur de l’homme appelé à com­mu­nier à un tel mys­tère. Si j’ai des yeux qui voient, si j’ai les yeux qu’au bap­tême Jésus m’a donnés, tout hôpi­tal devient une crèche, tout bidon­ville, tout orphe­li­nat. Plus même, la terre dans son inté­gra­lité devient la crèche où le Christ demeure. On répond à Noël en ado­rant l’enfant de la crèche, en ouvrant à Dieu la porte de sa demeure, en se pros­ter­nant devant l’enfant de l’homme. Mais on peut encore y répon­dre en ayant le désir d’être aussi fou que Dieu, je veux dire en dési­rant nous incar­ner à sa suite. En dési­rant pren­dre chair dans son propre corps, en sa propre chair désor­mais trans­fi­gu­rée par la résur­rec­tion, mais aussi en vou­lant assu­mer en notre propre vie la vie du plus pauvre, du plus petit, du plus souf­frant, du plus blessé. En des­cen­dant jusque dans les bas-fonds. En don­nant à toute notre vie un carac­tère nup­tial. En disant à tout homme une parole si sub­stan­tielle qu’elle devient le don plé­nier de sa propre per­sonne : « Je suis avec toi ! » Parole qui trans­fi­gure l’exis­tence de tout être, qui lui permet de rece­voir une exis­tence toute nou­velle. Comme on ne peut répon­dre à l’amour que par l’amour, on ne peut donc répon­dre à Noël que par Noël, on ne peut répon­dre à l’Incarnation du Verbe en notre chair que par notre iden­ti­fi­ca­tion amou­reuse à la vie de tous les hommes.

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