• 20 novembre 2013
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Lettre d’Edouard après 2 ans au Point-Cœur de Simões Filho, Brésil

Maria do Terço et Edouard le jour de son anniversaire

Chers parents, amis, par­rains et mar­rai­nes,

Voici main­te­nant pres­que trois semai­nes que je suis rentré de Simões Filho, après deux ans de mis­sion qui m’auront marqué pour tou­jours. Au tout début du mois d’octo­bre a com­mencé ma période dite de des­pe­dida, c’est-à-dire que pen­dant un mois, en plus de la vie de prière et de la vie com­mu­nau­taire, je visi­tais tous les amis aux­quels je sou­hai­tais dire au revoir, ou plutôt annon­cer que ma sortie était proche, et je les invi­tais à ma messe d’envoi en dis­tri­buant une petite invi­ta­tion impri­mée avec une photo.
Je n’ai bien sûr pas pu faire une visite à tout le monde comme je l’aurais voulu, il aurait fallu plus de temps ou empié­ter sur la vie de prière. Mais j’ai pu au moins dis­tri­buer les peti­tes cartes pra­ti­que­ment à tous ceux que j’avais en tête, à l’occa­sion de ren­contres sim­ples et sou­vent au bon gré de l’Esprit Saint, au marché, dans la rue, ou encore à la messe. Certaines visi­tes ont été très tou­chan­tes, chez Don Ernesto, qui ces temps-ci n’a plus goût à la vie, lui de cou­tume si plein de foi et tou­jours plai­san­tin, chez Dona Nininha, la « sainte » de notre quar­tier :"n’oublie pas que tu es mon fils blanc, et que ta maman noire prie pour toi. Que Dieu vous bénisse, toi et ta famille" ; chez Joelson, qui n’est pas allé tra­vailler pour nous pré­pa­rer un déjeu­ner en l’hon­neur de ma des­pe­dida, avec toute sa famille, et sa mère, Dona Isoltina, dont je suis très proche ; chez Juciara, une vieille amie du Point-Cœur, qui a passé toute une jour­née à nous pré­pa­rer un dîner, et pour le bénir, a dit une prière si belle et si pro­fonde…

Tant de gestes d’amour, en un mois, j’avais pres­que honte et l’impres­sion de n’abso­lu­ment pas méri­ter tout cela. Je ne m’étais pas rendu compte que ma simple pré­sence, les sim­ples gestes d’entraide, les sim­ples dis­cus­sions ou les sim­ples sou­ri­res, plai­san­te­ries, poi­gnées de main, ou le simple fait de me rap­pe­ler un nom, des choses si sim­ples et insi­gni­fian­tes, pou­vaient signi­fier tant pour nos amis. J’avais perçu, certes, que les peti­tes choses sont par­fois les plus impor­tan­tes, mais je n’en avais pas mesuré l’ampleur. Dona Maria do Terço, avec qui j’ai une amitié tel­le­ment belle, tou­jours avec beau­coup d’humour, a pré­paré plus d’une dizaine de paquets pour ma mère, tout fait main, des tor­chons, des che­mins de tables, un cha­peau, et j’en passe… Elle me dit : « y’a rien pour toi. C’est tout pour ta mère. Toi, tu ne vaux rien, mais j’aime ta mère parce qu’elle t’as envoyé à moi ». Dona Inès, le jour même de mon départ, a fait griller de la viande et acheté de la bière pour un der­nier apéro, et plus tard, elle a fait sem­blant de s’endor­mir pour ne pas me dire au revoir.
La messe d’envoi, le samedi soir, pré­cé­dant le jour de mon vol, m’a fran­che­ment remué. Certes, cer­tai­nes per­son­nes ne sont pas venues, mais tant d’autres que je n’atten­dais pas sont venues me témoi­gner leur amitié, que j’étais tout rouge, ému et pres­que hon­teux, et la soirée qui s’en est suivie a été très belle aussi avec un petit apé­ri­tif au Point Cœur. Et après le départ des enfants, des plus anciens, ou des pères et mères de famille, j’ai eu la joie de pou­voir par­ta­ger un der­nier moment avec les plus jeunes, Laecio, mon ami de la CEASA, Emerson, Nininho, Junior, Laü, Gel, Ricardo, Jo, Daniela, et tant de noms que j’aime­rais vous citer… Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand, après avoir fermé la porte, car il n’y avait plus que deux ou trois jeunes, on frappe à la porte. Je vais ouvrir, et à ma grande sur­prise je décou­vre Ronaldo, une des plus gran­des grâces de ma mis­sion, bien que men­ta­le­ment atteint et si absent, il s’est sou­venu de la date que j’avais donnée à sa mère, et il est venu, lui aussi, me dire au revoir. J’étais si ému qu’il me consi­dère comme un ami, si ému… Comme quand j’ai annoncé mon départ à sa mère, une femme si dure, j’ai été stu­pé­fait de la voir se mettre à pleu­rer. Et je me suis dit que Dieu agit vrai­ment en chacun, et qu’il peut ouvrir tous les cœurs.

Dernier épisode de la vie de mon ami André, après sa sortie de prison (oui, il était res­sorti). Durant des mois, il a fait beau­coup d’efforts pour trou­ver du tra­vail, et de fait, il a pas mal tra­vaillé comme maçon, pein­tre, livreur de bière, et il habi­tait chez une amie, sans loyer donc. Chaque jour où il ne tra­vaillait pas, il venait au Point-Cœur, car fina­le­ment, nous sommes un peu sa famille.
Quelque temps avant mon départ, il a com­mencé à moins venir, et quand il appa­rais­sait, il était mieux habillé… Lors de sa der­nière appa­ri­tion, il nous a dit qu’il avait ren­contré une jeune fille, mère d’un bébé d’un an et qu’ils vivaient ensem­ble, payant un loyer. Quand je lui ai demandé en aparté com­ment il payait le loyer (elle ne tra­vaille pas), il m’a regardé, un peu gêné, et m’a lâché : « en ven­dant de la poudre ». Et voilà, retour à la case départ. J’ai été étonné de ne pas le voir à ma messe d’envoi, j’ai appris quel­ques jours après être rentré en France que ce soir-là, il était impli­qué dans une grande vente qui avait mal tourné, qu’il avait de nou­veau été passé à tabac, et qu’après un pas­sage à l’hôpi­tal, puis à la Fazenda, il était dans un nou­veau centre de récu­pé­ra­tion. Je sais que les Amis des enfants veillent sur lui, et que son ange gar­dien fait un sacré boulot : quatre impli­ca­tions dans le monde de la drogue, ça a tou­jours mal fini, mais il n’a jamais été abattu. Il défie toutes les sta­tis­ti­ques…

Voilà, l’épisode Brésil s’achève pour moi, mais tous res­tent dans mes priè­res, j’espère pou­voir désor­mais vivre du cha­risme de Points-Cœur dans ma vie de tous les jours. J’étais un cher­cheur de Dieu, je le suis tou­jours, même si ma foi a grandi au fil de ces jours de mis­sion, je cher­che­rai Dieu toute ma vie, dans chaque chose, dans chaque per­sonne, car je sais qu’il y est, bien pré­sent et bien vivant. Je remer­cie du fond du cœur chacun d’entre vous, vous tous, de tous les uni­vers et de tous les modes de pen­sées, de m’avoir sou­tenu par vos dons et vos priè­res.

Edouard


Don Ernesto Sr Josette et André Agnieska et Juciara
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