• 30 avril 2014
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Lettre d’Hortense sur l’incendie de Valparaiso

Incendie à Valparaiso, Chili

Hortense, qui est en mis­sion depuis plu­sieurs mois à Valparaiso, nous écrit cette dra­ma­ti­que expé­rience de l’incen­die qui a rava­gée la ville, mais aussi des ren­contres inou­blia­bles :

Ce fut en effet l’incen­die le plus grand que l’his­toire du Chili ait connu avec de tris­tes chif­fres… quinze morts, 2 900 mai­sons détrui­tes et huit col­li­nes attein­tes… Un enfer sans nom qui à débuté à cause d’un feu fores­tier. Ce jour-là, nous étions à Viña, et nous avons pu voir de loin l’Incendie démar­rer, et ampli­fier au fil des heures. Quand nous avons dû ren­trer à la maison, nous sommes passés par Valpo et le désas­tre était déjà bien mons­trueux. La ville était recou­verte d’une épaisse fumée noire, qui lais­sait juste appa­raî­tre en trans­pa­rence un soleil rouge. De notre col­line, nous avons pu voir ce feu gigan­tes­que qui avan­çait à une allure folle ampli­fiée par le vent, qui dévo­rait toutes les mai­sons et qui détrui­sait tout sur son chemin. Nous avons été tel­le­ment cho­qués et angois­sés par ce spec­ta­cle ter­ri­fiant que nous n’en avons pas dormi de la nuit. De plus étant sans télé et Internet et écoutant durant toute la nuit le bruit des sirè­nes, il nous était dif­fi­cile de savoir exac­te­ment où se pro­lon­geait l’incen­die, et s’il allait venir jusqu’à nous… Durant les pre­miers jours, ils ont même dû évacuer la prison des femmes et les trans­fé­rer dans une prison de Santiago à cause de la fumée.
Tout le Chili s’est mobi­lisé pen­dant ces quel­ques semai­nes pour venir en aide aux per­son­nes attein­tes par l’incen­die. Les pom­piers ont débar­qué de par­tout, toutes les Universités et écoles ont été mobi­li­sées et tous les jeunes sont venus aider à net­toyer les dégâts. Sur toutes les voi­tu­res ou Micros (bus) de la ville, on pou­vait y lire “FuerzaValpo” (“Courage Valpo”).

Padre Denis est arrivé dans notre Point-Cœur le Jeudi Saint (17 avril) res­tant jusqu’à lundi, soit une dizaine de jours. Chaque jour depuis cette semaine, chacun d’entre nous va avec Padre Denis pour aller sou­te­nir mora­le­ment les famil­les attein­tes par l’incen­die (C’est désor­mais un apos­to­lat que nous allons conti­nuer pour au mini­mum quel­ques mois.) Pour ma part, j’y suis allée pour la pre­mière fois jeudi. Je ne sais com­ment vous décrire mes émotions… Je vous deman­de­rai une fois de plus d’essayer de faire mar­cher votre ima­gi­na­tion pour pou­voir me suivre à tra­vers ce Cerro La Cruz, ou du moins ce qu’il en reste. Le décor pano­ra­mi­que qui s’offre à nous en arri­vant là-bas fai­sait plus croire à un quar­tier ayant subi un atten­tat ou une bombe qu’un incen­die. Il n’y a pres­que plus de mai­sons, les gens vivent dans des tentes, sur leur pro­prié­tés détruite, afin que per­sonne ne vienne leur voler leur ter­rain. Ils res­tent là, essayent de remon­ter les man­ches et de se recons­truire comme ils peu­vent des peti­tes mai­son­net­tes en bois malgré le froid et la légère pluie humide qui mal­heu­reu­se­ment s’ins­talle depuis peu chez nous. Je ne sais vous expri­mer la tris­tesse que j’ai res­sen­tie du fond de mon cœur en voyant toutes ces pau­vres famil­les qui ne deman­daient qu’une chose : être écoutées. Nous avons ren­contré beau­coup de monde, et en par­ti­cu­lier une famille et deux per­son­nes qui font désor­mais partie de mon humble cœur. Laissez-moi, si vous me le per­met­tez, avoir le plai­sir de vous les pré­sen­ter !

En se bala­dant dans les ruel­les détrui­tes nous avons atterri devant le ter­rain d’une famille, où tra­vaillait un homme. Nous avons parlé avec lui, mais sur­tout avec sa femme Patricia, qui nous a accueillis comme des rois (sans nous connaî­tre) et sa petite fille Pasquale qui fut pour moi un rayon de soleil et de joie. Le jour même de l’incen­die, ils venaient de ter­mi­ner tous les tra­vaux de leur maison et le même jour… ils ont tout perdu d’un coup. Grâce à Dieu, per­sonne n’est mort, mais se retrou­ver sans rien et avoir à tout refaire, cela coûte beau­coup pour le moral. Patricia, autour d’un café et quel­ques gâteaux qui lui ont été offerts et quelle nous par­tage avec tout son cœur, nous confie que sa vie n’a pas été facile et que le plus dur dans tout le maté­riel perdu est de ne plus avoir les sou­ve­nirs de son petit-fils (qui est mort il y a peu de temps) qu’elle avait gardés pré­cieu­se­ment. Mais cette femme, d’une foi incroya­ble, nous dit avec un sou­rire cha­leu­reux : “Certes, Dieu nous a tout retiré, mais ce sera pour nous com­bler deux fois plus ! Je n’en doute pas une seconde, je lui fais confiance, c’est sa manière de faire les choses à Dieu”. Elle nous conte également que les deux per­son­nes qui l’aident le plus à sur­mon­ter cette période dif­fi­cile sont son mari, qui est dia­bé­ti­que et qui a perdu pres­que toute sa vue, mais qui tra­vaille comme quatre, qui garde la tête haute et le moral, et sa petite fille (si mignonne) qui a tou­jours le sou­rire et qui lui dit sou­vent “regarde c’est génial il nous reste un bout de sol de la maison et beau­coup d’eau, on a de la chance”. Comment ne pas rester bouche bée devant une réac­tion si tou­chante quand vous voyez l’état actuel des choses d’un œil adulte ? Enfin Patricia nous a raconté, que pour pro­té­ger son autre petite fille du choc, elle lui a fait croire qu’ils ont eu tel­le­ment envie avec les voi­sins de jouer aux scouts et de dormir sous la tente que chacun a brûlé sa maison (ce qui a fait sécher les larmes de sa petite fille qui n’avait du coup qu’une envie : dormir elle aussi sous la tente). Quel acte d’amour puis­sant qui vous désar­çonne tota­le­ment… Puis en conti­nuant notre bon­homme de chemin, nous avons ren­contré Jessica et son sou­rire qui nous a trou­blés de loin, tel­le­ment il était pré­cieux et puis­sant, dans cet enfer ter­res­tre. Et pour finir nous avons ren­contré Daniel, un “abue­lito” (grand-père), qui a perdu sa maison qui avait qua­rante-sept ans. Il a également perdu sa femme et sa fille, il y a quel­ques années. Il ne lui reste qu’une petite fille. Il nous a avoué, en se met­tant à pleu­rer subi­te­ment, qu’il a eu la visite de sa fille dans un rêve, il y a quel­ques jours, pour le conso­ler et qu’elle lui manque ter­ri­ble­ment… Comment ne pas avoir la gorge serrée et les larmes aux yeux devant des témoi­gna­ges si poi­gnants ?

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