• 30 novembre 2013
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Lettre de Marie-Pia, du Point-Cœur Naples à celui Athènes !

Marie-Pia avec les enfants du Point-Cœur de Naples

Chers par­rains,

L’Acropole a rem­placé le Vésuve de même que les bruyants et extra­va­gants Napolitains ont cédé la place aux Grecs plus dis­crets et méfiants. Mon cher toit, duquel je me plai­sais à rédi­ger des let­tres et à contem­pler le ciel a dis­paru et c’est de notre timide et nais­sante cha­pelle que je prends le temps de vous écrire ces quel­ques lignes.

Voilà vingt-quatre heures que, pour la pre­mière fois, j’ai posé le pied sur le sol grec et c’est à Athènes même que je vais passer le reste de ma mis­sion. À vos airs inter­lo­qués, je devine faci­le­ment la ques­tion que vous vous posez : “Mais que fait-elle à Athènes ? “Il est vrai que j’ai quel­que peu omis de vous expli­quer le pour­quoi du com­ment de cet événement ! Dans ma der­nière lettre, je parle de “6 novem­bre”, de “fon­da­tion”, de “Grèce”…. Et ensuite ? Non je ne me suis pas impro­vi­sée des vacan­ces, fati­guée par le mois de mis­sion passé à Afragola ; non je n’ai pas renoncé à la mis­sion sur­prise par son exi­gence que je décou­vre tous les jours un peu plus. Voilà la réponse que vous atten­dez : dix jours avant de m’envo­ler pour l’Italie, il m’a été pro­posé de partir en Grèce pour fonder un Point-Coeur début novem­bre. J’ai accepté, cons­ciente de la chance que j’avais de vivre un pre­mier mois de mis­sion à Afragola : elle serait un trem­plin pour celle de Grèce.

Il serait bien osé de ma part de vous faire un état des lieux de notre Point-Cœur à Athènes, ouvert seu­le­ment depuis quel­ques jours ; replon­gez-vous donc dans l’ambiance napo­li­taine que je vous avais décrite dans ma pre­mière lettre, voici quel­ques visa­ges d’amies qui m’ont mar­quée et tou­chée comme Chiara, Luisa ou Maruzella. Pourquoi celles-ci en par­ti­cu­lier ? J’ai vu, en ces femmes, l’illus­tra­tion de la grande décou­verte que j’ai faite ce pre­mier mois de mis­sion : la souf­france ne se voit pas ! Je le sais, vous le savez, nous le savons tous. Seulement, en faire l’expé­rience à tra­vers des per­son­nes permet de tel­le­ment mieux assi­mi­ler l’idée ! Pour mieux com­pren­dre mon propos, vous devez savoir que mes pre­miè­res semai­nes de mis­sion n’ont pas été très faci­les à vivre. Peut-être m’étais-je incons­ciem­ment ima­giné deve­nir une autre Mère Teresa accueillant à bras ouverts les enfants des rues délais­sés ? Imaginez-vous le dur retour à la réa­lité auquel j’ai été confron­tée en décou­vrant Afragola, ville euro­péenne si pauvre soit-elle. Des enfants dégue­nillés il n’y en avait pas, au contraire ils étaient en Nike ! Où était la pau­vreté ? Que fai­sais-je à Afragola ? Il a fallu de la patience et sur­tout beau­coup de temps pour que mes yeux voient la pau­vreté du peuple napo­li­tain, non pas la pau­vreté telle que je la pro­je­tais mais telle qu’elle était. Je l’ai un peu mieux com­prise grâce à Chiara, Luisa et Maruzella.

Un soir après la messe, une reli­gieuse nous pré­senta Chiara, une jeune femme de trente-cinq ans sans tra­vail et vivant dans sa voi­ture. Celle-ci avait quitté son mari qui vivait avec une autre fille et ses deux enfants. D’un commun accord, la com­mu­nauté décida de l’héber­ger et de l’accom­pa­gner dans ses dif­fé­ren­tes démar­ches pour trou­ver un tra­vail. En la ren­contrant pour la pre­mière fois, quelle ne fut pas ma sur­prise de la voir arri­ver par­fai­te­ment habillée, coif­fée et maquillée ! Première inter­ro­ga­tion : com­ment cette femme pour­rait-elle être dans le besoin ? Les appa­ren­ces sont bien trom­peu­ses… Chiara, c’est l’his­toire d’une grande amitié avec Points-Cœur et d’un beau chemin de conver­sion. Impossible de ne pas voir dis­tinc­te­ment la main de Dieu agir à tra­vers elle. Trois semai­nes après son arri­vée au Point-Cœur, elle avait trouvé deux lieux où tra­vailler et un loge­ment grâce à la paroisse ! Mais le plus incroya­ble, c’est que Chiara fai­sait partie inté­grante de notre com­mu­nauté : des laudes jusqu’à la messe du soir en pas­sant par la nuit d’ado­ra­tion et le ménage qu’elle fai­sait à la per­fec­tion en bonne napo­li­taine, elle était avec nous. “Je n’ai jamais vu ça, vous êtes tous fous dans cette com­mu­nauté mais vous m’avez redonné le sou­rire, la joie de vivre et j’ai retrouvé la foi grâce à vous.” Le Seigneur est bon ! Si Chiara a pu redé­cou­vrir la foi grâce à Points-Cœur, j’étais impres­sion­née par cette ren­contre qui bous­cu­lait l’idée que je me fai­sais de la pau­vreté et qui me don­nait un bel exem­ple de cou­rage et de déter­mi­na­tion. En effet, pres­que tous les matins, Chiara par­tait du Point-Cœur avant 6h00, ren­trait chez elle où elle fai­sait le ménage pen­dant deux heures, levait ses enfants et les accom­pa­gnait à l’école.

Une autre belle ren­contre fut celle de Luisa. Dans ma der­nière lettre, je vous racontais la fête du Rosaire ; c’est à cette occa­sion que nous l’avons ren­contrée. En atten­dant la fan­fare (les Napolitains sont très à cheval sur les horai­res…), elle avait beau­coup dis­cuté avec Marie et moi et nous avait demandé de passer chez elle ce que nous avons fait avant notre départ. Nous avons dis­cuté deux heures avec elle, je devrais dire ELLE nous a parlé tout ce temps-là. Deux heures durant les­quel­les elle nous raconta sa vie et son lot de dif­fi­cultés. “Je ne sais pas pour­quoi je vous raconte tout cela mais j’ai confiance en vous” nous a-t-elle dit très rapi­de­ment. Elle par­lait sans inter­rup­tion comme si elle avait peur que nous la stop­pions pour partir. “J’ai failli lâcher mon mari l’année der­nière, c’est la prière qui m’a fait tenir.” Quelle foi ! Encore une fois, j’étais prise à mon propre piège. De l’exté­rieur, Luisa don­nait l’impres­sion d’être une femme heu­reuse avec un mari, des enfants et un niveau de vie plus élevé que celui de la plu­part de nos amis ; et pour­tant comme elle souf­frait ! De quoi me direz-vous ? De la soli­tude ; et voici une preuve à l’appui : au cours des deux heures de dis­cus­sion, son por­ta­ble sonna plu­sieurs fois ; elle pré­fé­rait ne pas décro­cher et ne pas avoir ses amies au bout du fil plutôt qu’inter­rom­pre notre visite. Or nous la connais­sions à peine ! Lorsque nous lui avons dit que nous par­tions pour la Grèce, elle était déso­lée et sa pre­mière ques­tion fut : “qui reste ?” C’était d’ailleurs l’inter­ro­ga­tion de tous nos amis ici. Sous-entendu : qui sera la pour nous visi­ter et passer du temps avec nous gra­tui­te­ment ?

Enfin lais­sez-moi vous raconter com­ment les Napolitains vivent la fête des défunts le 2 novem­bre. Ma pre­mière expé­rience du cime­tière se passa la veille de cette fête lors­que Maruzella, une amie que j’aimais par­ti­cu­liè­re­ment et que j’allais voir très régu­liè­re­ment me demanda de l’accom­pa­gner. En y arri­vant, j’étais scot­chée par la pro­preté du lieu, toutes les tombes étaient net­toyées et fleu­ries. J’ai appris que les Napolitaines y vont en moyenne une fois par semaine pour remet­tre en état les tombes. Balai et seau d’eau en main j’aidai Maruzella à net­toyer la tombe de sa mère puis nous nous sommes assi­ses pour réci­ter le cha­pe­let. C’était la pre­mière fois que Maruzella le disait réel­le­ment et le diri­geait même ! Habituellement, elle se met­tait à pré­pa­rer le café ou à ranger la cui­sine quand nous sor­tions notre cha­pe­let… En deux mois, c’est impres­sion­nant comme son com­por­te­ment à l’égard de Points-Cœur a changé : sa méfiance s’est trans­for­mée en une confiance totale au fil des visi­tes. “Sai che, tu sei mia figlia” (tu sais tu es ma fille) m’a-t-elle dit la der­nière fois que je l’ai vue. Le 1er novem­bre, j’avais été étonnée du monde qui était au cime­tière mais ce n’était rien en com­pa­rai­son de la foule qui s’est amas­sée le len­de­main. Tels les Versaillais qui se dépla­cent en masse à Paris pour la Marche pour la Vie, de même TOUS les Afragolais vont au cime­tière, bien habillés à l’occa­sion de cette fête des défunts. Pendant que des messes se suc­cé­dè­rent toute la mati­née, nous (la com­mu­nauté) déam­bu­lions dans le cime­tière réci­tant le cha­pe­let de la misé­ri­corde et nous arrê­tant sur la tombe des parents de nos amis pour prier avec eux. Je retiens des Napolitains notam­ment un grand res­pect pour les défunts de leur famille et une cons­cience de la néces­sité de prier pour les âmes du Purgatoire.

Il est temps de conclure ma lettre, une page écrite en plus et vous ne me lisez plus n’est-ce pas ? !
Une chose impor­tante encore ; priez pour ces trois femmes dont je viens de vous parler et priez pour notre fon­da­tion ! Que l’Esprit-Saint nous donne l’audace qu’il faut pour annon­cer le Christ (en grec…) et aller à la ren­contre de ceux qui en ont le plus besoin.

Merci pour toutes les let­tres et mails que vous m’avez écrits et qui m’ont beau­coup tou­chée.
N’hési­tez pas à conti­nuer sur votre lancée, vous avez ma nou­velle adresse !
Je vous assure de ma prière pour chacun d’entre vous,

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Le Point-Cœur de Grèce à la fondation
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