• 22 mai 2013
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Lettre de Rachel à La Ensenada au Pérou

Rachel et Yaneli

Notre ami le plus fidèle, Santiago

Santiago… Santi ! Souvent dans son monde, rejeté par beau­coup, avec des regards bles­sants,… Il nous fait peur avec son appa­rence délais­sée ; on aurait ten­dance à fuir sa pré­sence. Santi a trente-sept ans et passe son temps à mar­cher dans les rues. Il a cette mala­die, décla­rée à treize ans, qui fait qu’il ne sait pres­que plus parler. Ce qui m’impres­sionne, c’est qu’il connaît pas mal de priè­res de mémoire. Pour moi, ce fut dur de m’appro­cher de lui. Tout en moi le repous­sait ! Je ne savais jamais com­ment le saluer, et encore moins l’aimer. Comment aimer quelqu’un qui en appa­rence n’a rien d’accueillant ? Pourtant il fal­lait l’aimer ! Je vou­lais l’aimer ! Certaine que c’était ma mis­sion, je le deman­dais ardem­ment dans mes priè­res. La majo­rité des fois où il pas­sait au Point-Coeur, je n’étais pas seule, il y avait tou­jours d’autres per­son­nes, ce qui fai­sait que je pou­vais “ l’éviter ”, enfin l’éviter signi­fiait ne pas faire un pas vers lui. Bien sûr, plu­sieurs fois il est passé et j’étais seule au Point-Coeur, c’est là que je me suis vrai­ment ouverte. La confron­ta­tion a fait que je vou­lais le voir avec ce regard unique. Je vou­lais trou­ver ce qui était beau en lui. Que mon coeur pou­vait être dur par­fois ! Petit à petit, j’ai admiré ses gestes tout sim­ples et rem­plis d’amour. Devant le Saint-Sacrement, l’expo­si­tion de Jésus, Santi entrait et se diri­geait direc­te­ment vers l’hostie, lui don­nait un bisou et puis se retour­nait pour aller s’asseoir. Geste tout simple que je n’avais jamais vu ! Pendant la messe, Santi a du mal à rester assis à sa place, alors il marche dans l’église et tout le monde le laisse faire. Il connaît toutes les paro­les de la messe, qu’il n’oublie jamais. Au Point-Coeur, Santi vient deman­der de l’eau pres­que chaque jour. De temps à autre, il rentre et il dîne avec nous, d’un petit pain et de thé. Alors il nous montre son petit évangile de Saint Luc. Parfois, il nous demande des cartes à jouer ou une feuille et un stylo pour faire un dessin. Je me sou­viens d’un moment où on était tous dans la cha­pelle priant les vêpres. Senti était assis à l’arrière près de Sarah et moi. Comme Santi ne nous quit­tait pas du regard, Sarah a com­mencé à lui faire une gri­mace, alors il a ri, en nous regar­dant à nou­veau. J’ai haussé rapi­de­ment les sour­cils, ce qui l’a fait rire encore, qui fait qu’on s’est tous mis à rire. Un moment unique ! Une autre fois, un mer­credi, jour de repos, Sarah et moi en allant à la messe à Pro (le quar­tier voisin), nous ren­contrions Santi. Il était venu en mar­chant de la Ensenada, qui est à une demi-heure de marche. Toute la messe, il est resté assis à nos côtés, ce qui est excep­tion­nel. Il réci­tait par­fai­te­ment les paro­les litur­gi­ques en réponse au prêtre. À la fin de la messe, en mar­chant vers l’arrêt de bus, Santi nous avait accom­pa­gnées en sor­tant de l’église, sans rien dire. Sarah et moi nous deman­dions com­ment on allait payer le bus car nous avions juste de quoi payer pour deux, pas plus. Une fois dans le bus, Sarah payait pour nous deux, et rece­vait nos deux tickets. Plus tard, le contrô­leur pas­sait et à ce moment-là, Sarah décou­vrit qu’elle avait trois tickets, extrê­me­ment curieux, mais quelle joie ! Directement, nous avons fait un signe au contrô­leur pour Santi ! Je n’en reve­nais pas, c’était un signe ! Je ne sais pas com­ment, ni pour­quoi, mais je me disais “ Merci Seigneur ”.

La petite Yaneli

Cette petite Yaneli au regard effa­rou­ché a huit ans ! Elle a un petit frère de quatre ans et vit avec ses parents dans une “ maison ”, qui res­sem­ble à une cabane en bois d’une pièce. Quand nous pas­sons les visi­ter, main­tes fois, nous ne pou­vons pas ren­trer dans leur maison. Souvent la maman, Lydia, ne veut pas qu’on entre dans leur maison parce que son mari a trop bu. Alors on parle avec elle sur le pas de la porte, mais pas long­temps car Lydia a honte et elle est gênée de ne pas pou­voir nous invi­ter.

La petite Yaneli me pré­sente alors, avec son regard pétillant d’intel­li­gence, ses ani­maux : ses oies, ses chats, … Elle m’expli­que tout ce qui les concerne. Elle est pas­sion­née par eux, et que j’aime l’écouter parler ! Petit à petit, elle s’ouvre et se confie, me posant de tant à autre une ques­tion. L’autre jour, à la per­ma­nence des enfants, elle avait comme sou­vent des habits sales et abîmés. Elle était très ren­fer­mée et j’essayais de gagner sa confiance. Chaque fois que je la vois, elle est à nou­veau fermée, comme un petit animal apeuré. Après un temps, sa spon­ta­néité la gagne et alors elle veut jouer avec moi. Je sens bien qu’elle a besoin de ce contact, et c’est avec plai­sir que je joue avec elle ! Ce qui par contre me préoc­cu­pait, c’est qu’elle avait l’air si triste, caché der­rière sa mèche de che­veux ! Voyant qu’elle n’allait vrai­ment pas bien, je me suis age­nouillée et je lui ai demandé ce qu’elle avait… Vu son silence, et ses larmes qui cou­laient le long de ses joues, je l’appro­chais plus près de moi, en la regar­dant sim­ple­ment. Elle ne disait rien, mais son atti­tude par­lait pour elle de sa souf­france. Alors je n’ai pas insisté, je lui ai souf­flé dans l’oreille que je l’aime, et que je suis là si elle a besoin de moi ! Et elle m’a sim­ple­ment regar­dée !

En ces quel­ques mois, mon regard sur la souf­france a beau­coup changé ! Le fait de la vivre de près, j’ai pu voir com­ment elle a changé chacun de nous dans la com­mu­nauté ! Il y a tant d’amis qui souf­frent ici et pour­tant ils ont une espé­rance qui déplace les mon­ta­gnes. Ils sont heu­reux malgré leur souf­france ! J’apprends tel­le­ment d’eux !

Rachel

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