• 7 mai 2014
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Marie-Pia en visite au Centre des Sœurs de Mère Teresa à Athènes

La communauté du Point-Cœur d’Athènes

Dans ce nouvel extrait de lettre aux par­rains, Marie-Pia nous entraine dans une visite au centre des Sœurs de Mère Teresa à Athènes, Grèce :

Dans cette deuxième maison des Sœurs de Mère Teresa à Athènes, une quin­zaine de femmes émigrées sont héber­gées seules avec leurs enfants. Moi qui aime beau­coup les enfants, j’étais étonnée de l’effort que je devais four­nir pour aller avec enthou­siasme à cet apos­to­lat. Je crois que j’avais du mal à accep­ter qu’on m’enferme dans une petite salle de jeux avec les enfants dont les mères se débar­ras­saient (je le voyais comme cela), lors­que les jeunes venus-de-je-ne-sais-trop-où-pour-faire-je-ne-sais-trop-quoi (j’ima­gine ce qu’elle devait penser de nous) débar­quaient. Ne pas arri­ver à ren­trer en inte­rac­tion avec ces femmes me pei­nait également. Enfin, je n’étais pas partie à Points- Cœur pour cela ! Voilà comme l’orgueil humain peut vous détour­ner de la bonne inten­tion que vous avez au départ : j’avais choisi de me donner, d’être une pré­sence, c’est tout ; alors pour­quoi jouer avec des enfants ne me suf­fi­sait-il pas ? Mais le Seigneur fait bien les choses et m’a donné une com­mu­nauté pour laquelle il sem­blait indis­pen­sa­ble d’aller à cet apos­to­lat toutes les semai­nes. C’est à force de côtoyer une per­sonne, de par­ta­ger le quo­ti­dien avec elle, qu’un jour elle trouve la force de vous ouvrir son cœur. Mais cela demande du temps et de la patience. C’est aussi ce temps qui est indis­pen­sa­ble pour connaî­tre l’autre et l’aimer. On ne peut aimer ce que l’on ne connaît pas. C’est exac­te­ment la même chose avec ces femmes. Je parle des femmes parce que c’est avec elles que j’avais le plus de mal. Je les jugeais en les trou­vant peu aiman­tes et même ‘mal­trai­tan­tes’ avec leurs enfants. Quand je les enten­dais leur dire « eat or I’ll beat you ! », mon sang ne fai­sait qu’un tour et j’étais prête à bondir. Comment pou­vait-on en arri­ver à trai­ter son propre enfant de cette sorte ? J’en ai eu l’expli­ca­tion un après-midi. Je mar­chais dans la rue avec Marie, lors­que nous ren­controns Dito accom­pa­gnant son fils Tani à l’école. Il mar­chait à recu­lons s’accro­chant à tout ce qu’il trou­vait pour éviter d’aller à l’école. Nous pro­po­sons à Dito de l’accom­pa­gner, ce qui donna des ailes à Tani. Sur le chemin du retour, Dito est invi­tée chez une amie à passer le reste de l’après-midi ; nous la sui­vons donc, heu­reu­ses de faire une nou­velle ren­contre. Puis, nous res­tons là à dis­cu­ter avec Dito, nous lui tenons sim­ple­ment com­pa­gnie. Plusieurs fois, elle nous demanda si nous n’avions pas quel­que chose de plus impor­tant à faire. À chaque fois nous la ras­su­rions ; ce que nous avions à faire, c’était d’être avec elle ! Comme si elle s’était assu­rée que nous n’allions pas la lais­ser tomber, elle éclata en san­glots et nous raconta toute son his­toire. Nous n’avions plus devant nous la femme forte qui fai­sait bonne figure devant son fils mais la jeune fille de vingt-sept ans aban­don­née par son mari et les siens, qui san­glo­taient sur mon épaule comme pour y cher­cher l’amour dont elle man­quait. « J’ai l’impres­sion de deve­nir folle ; mes nerfs sont tel­le­ment à bout que je n’arrête pas de crier sur mon enfant. » nous dit-elle. Voilà com­ment on en arrive à parler à son enfant comme à un chien et à le frap­per, tout ça sans le vou­loir.

Ces femmes sont seules, déses­pé­ré­ment seules et ne voient pas le bout du tunnel parce qu’elles ne trou­vent pas de tra­vail. À partir de ce jour, je n’ai plus vu sim­ple­ment la vio­lence dont ces femmes pou­vaient faire preuve avec leurs enfants mais aussi l’immense cou­rage qu’elles avaient. Sans papiers, ce sont des étrangères exi­lées loin de leur patrie ; sans tra­vail, elles doi­vent men­dier l’aide des Sœurs et renon­cer au minus­cule studio dont elles rêvent pour élever leur enfant ; sans mari, elles sont seules à envi­sa­ger leur avenir. Et pour­tant, tous les jours elles trou­vent la force de se lever pour s’occu­per de leurs enfants qui sont loin de com­pren­dre tous les tiraille­ments de leur mère, même si je suis per­sua­dée qu’ils les sen­tent. Chaque jour, elles s’adon­nent au même train-train, et pour qui le font-elles ? Pour Zanita, Dimitra, Miracle, Prince, Beckie, Kiki, David, Sami, Sahel, Tani… autant de peti­tes bouilles pour les­quel­les elles se bat­tent contre le déses­poir et qui nous sau­tent dans les bras quand elles nous voient arri­ver. Quand j’ai pris cons­cience de cela, quand j’ai com­mencé à les com­pren­dre et à les aimer, j’étais révol­tée face à cette injus­tice : Seigneur, dors-tu ? N’as-tu pas pitié de ces femmes qui ont à peine trente ans et qui ne croient plus dans la vie ? Mais que fais-tu Seigneur ? Et le Seigneur m’a ren­voyé la ques­tion : et toi, que fais-tu ? Tu m’as dit que tu vou­lais me servir et tu traî­nes les pieds pour aller chez les sœurs ! Alors ? Alors j’ai com­pris l’impor­tance de cet apos­to­lat. Avec Points-Cœur, le Seigneur nous demande d’être les ser­vi­teurs de son cœur très aimant et très com­pa­tis­sant. Comme Il s’est laissé tou­cher par la mort de son ami Lazare et a cher­ché à sou­la­ger la peine de ses amis, Il nous fait les inter­mé­diai­res de son cœur débor­dant de com­pas­sion pour réconfor­ter ces femmes. La réponse que j’atten­dais, je l’ai eue et je n’ai plus qu’à l’appli­quer. C’est là que je réa­lise com­bien mon cœur est étriqué et com­bien il a besoin d’être rempli cent fois plus par le Christ. Je ne peux donner ce que je n’ai pas.

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