• 19 août 2008
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Père René Voillaume

Père René Voillaume

"Le 7 mai 1947, je fon­dais avec mes trois frères la pre­mière fra­ter­nité ouvrière des petits frères de Jésus à Aix-en-Provence. Pour nous qui venions du silence du désert, c’était une aven­ture hasar­deuse. Il y a de cela 50 ans. En Janvier 1951, quatre ans plus tard, parais­sait aux éditions du Cerf Au cœur des masses. Ce livre dépassa les 100 000 exem­plai­res. Ainsi se répan­dait, fécondé par une grâce mani­feste de Dieu, le mes­sage spi­ri­tuel de l’ermite du Hoggar, mort sans dis­ci­ple." (René Voillaume , Charles de Foucauld et ses pre­miers dis­ci­ples, Bayard éditions, 1998, Paris, p.7.) Ce sont les pre­miè­res lignes de l’ultime livre qu’a écrit René Voillaume à 93 ans. En peu de mots, elles met­tent en lumière ce qu’il fut : un fon­da­teur, un auteur mais plus que tout un dis­ci­ple pas­sionné de Charles de Foucauld. Elles nous intro­dui­sent par la même, à ce qui lui a été donné de vivre en tant que pro­ta­go­niste prin­ci­pal de ce que nous ne crai­gnons pas - avec lui - « de consi­dé­rer comme une aven­ture spi­ri­tuelle de notre temps ». (Ibid) Né le 19 juillet 1905 à Versailles au sein d’une famille nom­breuse et pro­fon­dé­ment chré­tienne, René Voillaume pour­suit ses études au col­lège Saint Jean de Bethune. Durant l’année de son bac en 1921, alors qu’il envi­sa­geait des études supé­rieurs d’ingé­nieur, il reçoit d’une manière très par­ti­cu­lière « aussi subite qu’inat­ten­due », durant une ado­ra­tion, son appel au sacer­doce : "J’avais la tête dans mes mains en prière d’action de grâces, lors­que tout à coup je fus saisi et comme élevé au-dessus de moi-même par une vision très forte dans laquelle j’étais trans­porté vers l’osten­soir et je péné­trais dans l’hostie d’une manière qu’on ne peut ni dire ni expli­quer. C’est comme si je fusion­nais avec le Saint-Sacrement. [...] Ce n’est pas tant cette vision qui me frappa que la trans­for­ma­tion inté­rieure ins­tan­ta­née qui se fit en moi. [...] Je ne pou­vais douter un seul ins­tant que ce ne fût une inter­ven­tion directe du Christ, qui vou­lait que je me consa­cre à lui et à Son Eucharistie.". (Ibid, p 105-106. )

Texte du Père René Voillaume

Depuis quel­ques temps le Seigneur tra­vaille dans les Fraternités, et c’est dans le sens de l’amour vrai, celui qui vous arra­che à vos plans, à vos habi­tu­des, à vos pré­vi­sions humai­nes, celui qui vous livre, vaincu, broyé, tou­jours ina­chevé, à la volonté de Jésus, pré­sente dans les sol­li­ci­ta­tions impor­tu­nes des évènements, du tra­vail, de la fati­gue et sur­tout des souf­fran­ces des hommes en face des­quel­les vous devez renon­cer à votre désir de faire quel­que chose d’effi­cace, parce que vous n’avez pas le pou­voir de guérir toute souf­france. Tout cela met en déroute vos concep­tions sur la manière dont vous pen­siez que vous pour­riez tra­duire votre amour. Savoir aimer comme Jésus, c’est notre voca­tion et c’est le pré­cepte du Seigneur. Vous n’avez, au fond pas autre chose à appren­dre : c’est la per­fec­tion. Quel sens peut bien avoir une vie régu­lière, un horaire bien suivi, votre tran­quillité, si tout cela ne doit pas contri­buer à vous arra­cher à votre égoïsme et à vous livrer pieds et poings liés à un amour qui doit tout pren­dre en vous, sans vous lais­ser un petit coin où vous repo­ser. L’amour auquel Jésus veut vous mener l’a conduit, Lui, à l’agonie, à l’épuisement total de ses forces humai­nes et à la mort sur le bois. Votre vie sera dure, dif­fi­cile, bous­cu­lée, mais Dieu - j’en suis de plus en plus convaincu, d’une cer­ti­tude totale - ne veut pas nous mettre à l’abri. Notre voca­tion est d’aller à l’amour par ce chemin. ( René Voillaume , Au coeur des masses, éd. Cerf, 7 e éd., Paris, 1957, p.381-382) Père René VoillaumeCette grâce inté­rieure orien­tera toute sa vie : sa voca­tion sacer­do­tale, mais aussi son appel à une vie contem­pla­tive cen­trée sur l’Eucharistie. Durant cette même année, nais­sait également en lui un désir d’être mis­sion­naire. Ce qui l’atti­rait c’était : "1) l’évangélisation des âmes sim­ples, 2) la souf­france et la res­sem­blance de la vie mis­sion­naire avec celle de Jésus-Christ et des apô­tres, et un secret désir du mar­tyre." (Ibid, p 107.). C’est ce même appel, bien qu’exprimé de façon dif­fé­rente, que l’on retrou­vera dans sa voca­tion de « Petit frère de Jésus » à tra­vers d’une part une pré­sence aux pau­vres et d’autre part une vie pro­fon­dé­ment contem­pla­tive. Attiré dans un pre­mier temps par les Pères Blancs, il se sen­tira rapi­de­ment appelé à un autre chemin après la lec­ture de la bio­gra­phie de Charles de Foucauld d’Hervé Bazin. Ce fut pour lui un autre événement déter­mi­nant de sa voca­tion. "J’éprouvais un choc inté­rieur [...] Cette vie rejoi­gnait mes aspi­ra­tions mis­sion­nai­res, mon attrait pour la vie monas­ti­que et pour l’ado­ra­tion du saint sacre­ment." (Ibid, p. 109.) . Il se sen­tira alors défi­ni­ti­ve­ment appelé à suivre les traces de l’ermite du Hoggar. Depuis cette « ren­contre », René Voillaume res­tera incondi­tion­nel­le­ment fidèle à ce maître, à ce " saint qui a nourri mon âme", qui fut pour lui non pas "un sujet d’étude, mais quelqu’un que j’aime, que je dois imiter et qui demeure vivant et pré­sent dans ma vie." ( Ibid, p. 48.) être dis­ci­ple de Charles de Foucauld : c’était l’appel qu’il avait reçu, mais com­ment faire ? Le frère Charles était mort, seul, sans dis­ci­ple... Et pour­tant, ces dans cette vie du soli­taire du Hoggar qu’il trouve l’écho les plus inté­rieurs de sa voca­tion. Père René VoillaumeCommencera alors pour René Voillaume un long chemin plein d’incer­ti­tu­des et de dif­fi­cultés pour être fidèle à ses aspi­ra­tions les plus pro­fon­des. Ces années de for­ma­tion en Tunisie, au sémi­naire d’Issy les Moulineaux, à Rome, furent également accom­pa­gnées de grâce toutes par­ti­cu­liè­res qui lui don­nè­rent « la lumière et la force [pour] pour­sui­vre le chemin du frère Charles » ( Ibid, p. 138.) et fonder fina­le­ment avec quel­ques autres dis­ci­ples, en 1933, la pre­mière com­mu­nauté des « Petits frères de Jésus » à El-Abiodh-Sidi-Cheikh, au Sahara. Ils débu­tè­rent à cette époque quel­que chose de nou­veau dans l’église : celle d’une vie mis­sion­naire contem­pla­tive en plein désert. "Nous arri­vions pour mener une vie reli­gieuse de silence, de soli­tude et de prière. Cependant nous conce­vions cette vie com­mune et cloî­trée comme insé­rée dans le monde de l’islam. [...] à la suite du père de Foucauld, ce n’est pas d’abord au désert que nous allions, mais à la ren­contre d’une popu­la­tion que nous assu­me­rions dans notre vie, par notre témoi­gnage et en notre inter­ces­sion ." ( Ibid, p. 207.) Cette vie sui­vant une règle monas­ti­que sera bien dif­fé­rente de ce que vivra plus tard les peti­tes fra­ter­ni­tés ouvriè­res. Il n’empê­che que pour René Voillaume, ces années ne seront pour lui aucu­ne­ment une paren­thèse dans la fon­da­tion mais bien au contraire elles demeu­re­ront un moment fon­da­teur pour les Petits frères de Jésus. "Solidement fondée sur cet appel à contem­pler sans cesse le Visage de Dieu, la fra­ter­nité va être appe­lée, à la suite du frère Charles et comme lui, à rejoin­dre pro­gres­si­ve­ment les hommes à Nazareth, mais à les rejoin­dre en témoin de la vérité de la contem­pla­tion." ( Ibid, p. 138.) Cette nou­velle orien­ta­tion des fra­ter­ni­tés a mûri peu à peu à tra­vers une réflexion inté­rieure à la vie de la fra­ter­nité sur la fidé­lité à l’Esprit du père de Foucauld. Elle naît aussi de l’élan mis­sion­naire auprès des ouvriers qui anime l’église de France de cette époque et de nom­breu­ses ren­contres faites en son sein : le père Jacques Loew et l’abbé Guérin notam­ment. Parmi ces ren­contres, il y en a une qui sera déci­sive : celle de Petite Sœur Magdeleine , la fon­da­trice des Petites sœurs de Jésus. C’est en mars 1938, au cours d’un pèle­ri­nage au tom­beau de Charles de Foucauld, en Algérie, qu’ils se ren­contre­ront pour la pre­mière fois. Ils ne ces­se­ront ensuite de tra­vailler en étroite rela­tion jusqu’à la mort de celle-ci, en 1989. « La col­la­bo­ra­tion pres­que cons­tante que Dieu permit entre nous deux, sur­tout dans les deux pre­miè­res années de nos fon­da­tions, fut cer­tai­ne­ment un élément essen­tiel de leur nais­sance et de leur évolution. J’ai dit que j’avais sou­vent été réconforté par elle, et c’est vrai. Cependant je crois sin­cè­re­ment que son apport prin­ci­pal fut de m’obli­ger à voir plus large que les fra­ter­ni­tés de frères. Elle m’assura à plu­sieurs repri­ses, [...] alors que les fra­ter­ni­tés ouvriè­res n’exis­taient pas encore, que ma mis­sion s’étendrait aux peti­tes sœurs, aux prê­tres et laïcs à tra­vers le monde. » (Ibid, p. 369.) La pre­mière fra­ter­nité ouvrière débuta en 1947 et les fon­da­tions se mul­ti­pliè­rent ensuite les années sui­van­tes. Dans cette nou­velle vie des Petits frères, l’amitié joue un rôle cen­tral : tout d’abord avec le Christ dans chaque ado­ra­tion, mais aussi dans la pré­sence aux plus pau­vres et fina­le­ment cette vie fra­ter­nelle au sein d’une petite com­mu­nauté. Cette nou­velle orien­ta­tion des Petits frères de Jésus est pré­sen­tée par René Voillaume dans son livre Au cœur des masses, recueil de let­tres à ses frères, publié en 1950. En voici un extrait : « ’Je ne puis conce­voir l’amour sans un besoin impé­rieux de confor­mité, de res­sem­blance, et sur­tout de par­tage de toutes les peines, des dif­fi­cultés, de toute les dure­tés de la vie... Je ne juge per­sonne, Mon Dieu, les autres sont vos ser­vi­teurs et mes frères et je ne dois que les aimer... Mais pour moi, il m’est impos­si­ble de com­pren­dre l’amour sans la recher­che de la res­sem­blance et le besoin de par­ta­ger toutes les Croix.’ C’est ce besoin d’amour qui est à l’ori­gine de toute la vie du Père. Il expli­que toutes ses atti­tu­des, toute sa spi­ri­tua­lité. Ce même appel nous l’avons entendu, et c’est lui qui nous a pous­sés à choi­sir le Frère Charles comme guide. Partager la vie par amour et sur­tout les souf­fran­ces et les dure­tés de celle-ci : c’est tout ce que nous vou­lons faire. Nous aimons Jésus : nous vou­drons par­ta­ger tout son labeur de sau­veur et toutes ses souf­fran­ces. Nous aimons les hommes, nos frères : nous vou­drons par­ta­ger la vie des pau­vres, de ceux qui souf­frent, sim­ple­ment par amour, pas pour autre chose, sans but, comme l’amour est lui-même sans but. Et c’est pour­quoi nous trou­vons dans la réa­li­sa­tion concrète de cet idéal, un égal besoin de prière, de déta­che­ment, et un égal besoin de tra­vailler avec les hommes dans la pau­vreté et la fati­gue.  » ( René Voillaume, Au coeur des masses, éd. Cerf, 7 e éd., Paris, 1957, p. 216-217.). Ce livre va le faire connaî­tre dans le monde entier car il connut très vite un succès consi­dé­ra­ble et fut tra­duit et édité au fur et à mesure que les fra­ter­ni­tés gagnaient en uni­ver­sa­lité. En 1956, René Voillaume fonde les Petits frères de l’évangile et, en 1963, les Petites sœurs de l’évangile, dans la même spi­ri­tua­lité ins­pi­rée de Charles de Foucauld, avec pour mis­sion l’évangélisation des popu­la­tions plus pau­vres et plus éloignées de l’église et l’accom­pa­gne­ment de com­mu­nau­tés chré­tien­nes dans ces milieux. Comme fon­da­teur il sera amener à voya­ger beau­coup. Il conti­nuera d’écrire, de former et de se dédier à la pré­di­ca­tion. de nom­breu­ses retrai­tes. Le pape Paul VI l’invi­tera en 1968 à prê­cher au Vatican. Père René VoillaumeDepuis octo­bre 2001, le père Voillaume s’était retiré dans la fra­ter­nité des Petites Sœurs de Jésus d’Aix-en-Provence. Il nous a quitté le 13 mai 2003. Les der­niè­res années de sa vie il conti­nuait d’y rece­voir ceux qui venaient à lui. rap­pe­lant la place de l’Eucharistie dans sa vie de prière cer­tai­ne­ment à l’image de ce qu’il l’écrivait dans un style un peu pro­phé­ti­que à la fin de son der­nier livre et qui sera notre conclu­sion : "Peut-être allons-nous entrer dans une époque de l’his­toire du genre humain qui sera le temps de la com­pas­sion dans l’impuis­sance de trou­ver les solu­tions aux pro­blè­mes posés. Il nous faudra plus que jamais nous offrir en inter­ces­sion, en com­mu­nion au sacri­fice du Seigneur, nous plon­geant dans son Eucharistie pour sup­plier la misé­ri­corde de notre Sauveur de se répan­dre sur tous les hommes ". (René Voillaume , Charles de Foucauld et ses pre­miers dis­ci­ples, Bayard éditions, 1998, Paris, p 478.).

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