• 14 novembre 2013
fr

Philippine nous présente le Point-Cœur de Guayaquil, Equateur

Philippine fête son anniversaire !

Chers par­rains, chère famille, chers amis,

Pour com­men­cer cette pre­mière lettre, j’aime­rais dire à tous un très grand MERCI ! Merci de me per­met­tre d’être ici en Équateur, merci de me donner cette chance de vivre cette mis­sion.
Merci à vous qui m’aidez finan­ciè­re­ment, merci à vous qui priez pour ma mis­sion, merci vous qui pensez à moi, merci à tous ceux qui ont fait le dépla­ce­ment pour venir à ma messe d’envoi. Merci, vrai­ment, pour tous vos témoi­gna­ges d’amitié ! Mon avion a quitté la France le 4 octo­bre der­nier, il y a un mois, jour de la fête de saint François d’Assise. Je ne pou­vais pas être mieux accom­pa­gnée le jour de mon départ en mis­sion auprès des plus pau­vres. Après quel­ques heures de voyage, j’ai pu ren­contrer ma com­mu­nauté venue me cher­cher au com­plet.
Carolina, colom­bienne, est une laïque consa­crée qui vit au Point-Cœur de Guayaquil depuis plu­sieurs années. Ludivine est fran­çaise. Elle m’est d’une grande aide, tant dans la com­pré­hen­sion de la langue, que dans les ren­contres avec les amis ou encore dans la vie du quar­tier. Sa mis­sion, ainsi que celle d’Emmanuel, fran­çais aussi, prend fin début décem­bre. Julia, autri­chienne, et Jean Baptiste, fran­çais, sont arri­vés deux semai­nes avant moi. Je devrais passer la plus grande partie de ma mis­sion avec eux. Le pus gros défaut de Jean Baptiste : il est sup­por­ter du PSG… Enfin, Martin est argen­tin. La com­mu­ni­ca­tion s’amé­liore petit à petit entre nous. La com­mu­ni­ca­tion était assez com­pli­quée car mes talents lin­guis­ti­ques ne se sont pas encore déve­lop­pés et son fort accent n’aide pas tou­jours. Il prend tou­jours le temps de bien répé­ter lorsqu’il voit à ma tête que je n’ai rien com­pris. La non-com­pré­hen­sion de la langue est assez frus­trante, ça me fait tra­vailler ma patience. Lorsque j’ai la grâce de com­pren­dre ce qu’il se dit, j’ai encore du mal à m’expri­mer. Ces der­niers jours, j’arrive à faire quel­ques phra­ses et à par­ti­ci­per un peu plus aux dis­cus­sions. Jean Baptiste a ten­dance à se moquer (gen­ti­ment, je vous ras­sure), car je peux mettre plus d’une minute pour for­mu­ler une phrase qui ne me pren­drait pas plus de quinze secondes en fran­çais… Bref, il y en a qui appren­nent le grec ou le tamoul !…)

Nous sommes donc sept dans la com­mu­nauté jusqu’au départ de Ludivine et Emmanuel. Notre com­mu­nauté est très joyeuse, nous rions beau­coup, je m’y sens très bien. Notre maison se trouve au cœur de l’Isla Trinitaria, une belle île au milieu du Pacifique. Bon, j’avoue, pas tout à fait au milieu du Pacifique, mais pas loin. Les famil­les les plus pau­vres de Guayaquil ont, au fil------ des années, cons­truit des mai­sons sur pilo­tis aux portes de la ville. Petit à petit, les mai­sons ont été rem­pla­cées par des mai­sons en dur. Les habi­ta­tions de l’île sont très pau­vres, tous n’ont pas encore l’eau et l’électricité, et ils par­ta­gent leurs quel­ques m² sur plu­sieurs géné­ra­tions. Très peu met­tent leurs prio­ri­tés dans l’amé­na­ge­ment de leur maison mais tous sont tou­jours heu­reux de nous accueillir chez eux.
Notre Point-Cœur est bien dif­fé­rent. Notre maison, toute nou­velle (merci aux nom­breux dona­teurs qui ont permis sa cons­truc­tion) a une belle cui­sine, une grande salle pour accueillir les enfants, un petit patio où nous pou­vons nous repo­ser dans le hamac et jouer de la gui­tare sous le ciel étoilé (enfin… sous le ciel pollué). Les gar­çons ont une cham­bre pour eux trois et je par­tage la mienne avec Ludivine et Julia. Nous avons la chance d’avoir une belle et grande cha­pelle dans laquelle nous nous retrou­vons pour prier. Il est rare de se retrou­ver seul, mais après tout, c’est quand même sympa la vie de com­mu­nauté !

Tous les matins, nous nous retrou­vons à 7h00 pour les Laudes. La mati­née est plutôt consa­crée à la vie de prière et à la vie de com­mu­nauté, au ménage, à laver son linge à la main (wou­hoouuu !!). L’après-midi, après une bonne petite sieste dans la cha­leur (il ne manque que les ciga­les et on se croi­rait pres­que en Provence en plein milieu du mois d’août), nous prions le cha­pe­let à 15h00 avec les enfants, puis nous par­tons en visite deux par deux pen­dant que celui de per­ma­nence reste au Point-Cœur et joue avec les enfants. Puis nous avons la messe à 19h00, le curé a en moyenne trente minu­tes de retard (cinq minu­tes, ce n’était en fait pas beau­coup…). Nous ren­trons à la maison pour l’office des Vêpres, nous dînons et finis­sons la jour­née par le rendez-vous à Marie, une prière com­mu­nau­taire.

Voici un peu le pro­gramme de la “jour­née-type” même si toutes sont bien dif­fé­ren­tes. Pendant la semaine, nous avons deux apos­to­lats exté­rieurs au quar­tier. Le lundi matin, nous nous ren­dons à Hogar de La Paz, maison de retraite tenue par les Missionnaires de la Charité. Nous pas­sons du temps avec les per­son­nes âgées qui n’ont pas de famille ou vien­nent de la rue, et nous les aidons à déjeu­ner. Notre deuxième apos­to­lat est le jeudi après-midi à Lorenzo Ponce.
Après une bonne heure de trajet dans un bus où il fait une cha­leur incroya­ble, nous arri­vons dans cet hôpi­tal psy­chia­tri­que où se trou­vent beau­coup de per­son­nes por­teu­ses de han­di­caps assez lourds. Je ne vous cache pas que ma pre­mière visite a été plutôt dure, sur­tout au début car je ne pen­sais pas voir des per­son­nes aussi mala­des. Quand je suis arri­vée dans une des salles d’une tren­taine de lits, je ne savais pas par où com­men­cer, quoi faire, ni com­ment faire. Alors j’ai regardé Ludivine et j’ai com­pris qu’il s’agit seu­le­ment d’aimer, sim­ple­ment de tenir la main de ces femmes, être pré­sente car cer­tai­ne­ment beau­coup n’ont pas de visi­tes régu­liè­res. J’ai dit que j’avais com­pris, ce qui ne veut pas dire que c’est facile à mettre en oeuvre… J’ai eu la ten­ta­tion de ne pas m’arrê­ter à cer­tains lits, un peu effrayée par cer­tains visa­ges, cer­tains han­di­caps, d’autant plus que cer­tai­nes n’avaient pas l’air de com­pren­dre que j’étais là, à leur côté. Comment puis-je savoir si ma pré­sence les touche ou pas ? Même si elles ne bou­gent pas, ne par­lent pas, ne se sou­vien­nent pas, le fait que je m’arrête quel­ques minu­tes pour rester avec elles les tou­chera peut-être. Elles ont, elles aussi, le droit d’avoir de l’atten­tion. Elles ont, elles aussi, le droit d’être aimées ! Après tout, aux yeux de Dieu, je ne suis ni rien de plus, ni rien de moins ; Dieu nous aime d’un Amour infini ! (Tout autant que vous qui lisez cette lettre, soit dit en pas­sant). Cela peut me paraî­tre moins amu­sant par­fois de rester auprès de ces femmes-là, mais je dois bien me rap­pe­ler que ce n’est pas pour moi que je suis là, mais bien pour être une pré­sence auprès de ceux qui souf­frent. Et ces femmes que nous visi­tons tous les jeudis, ces femmes-là souf­frent.


- Voilà com­ment se dérou­lent nos semai­nes. Une fois par mois, nous allons chacun notre tour en retraite de 24 heures en silence. Le silence… Je ne crois pas que le quar­tier connaisse ce que c’est. Il y a tout le temps de bruit, j’habite dans un quar­tier très animé. Entre la com­pé­ti­tion entre nos voi­sins de celui qui mettra sa musi­que la plus forte, les pleurs et les rires des enfants, les cris des femmes (ici, on ne parle pas, on crie !), les avions, les chiens, les poules, les alar­mes de voi­ture (plutôt amu­san­tes), la musi­que du camion pou­belle… Nous savou­rons ces quel­ques heures de silence.

La vie du quar­tier est donc très animée. Je le décou­vre aussi dans les visi­tes. Je me sens un peu comme une toute petite fille. Découvrant la vie du quar­tier, ce qu’il s’y vit, ses habi­tu­des, j’apprends à faire confiance et à ne pas tout pré­pa­rer à l’avance. J’observe beau­coup, je ne dis pas grand-chose, et lors­que je parle, il s’agit de mots dans un ordre pas très ordonné, avec un accent pas ter­ri­ble. Lorsque je demande du jambon (jamón) dans les maga­sins, on me donne du savon (jabón)… pour faire la cui­sine, ce n’est pas ter­ri­ble… ! Le fait de ne pas com­pren­dre tout ce qu’il se dit n’est pas tou­jours amu­sant mais cela permet à tous mes autres sens d’être en éveil. Alors je décou­vre la gen­tillesse, l’accueil « inco­pia­ble » et géné­reux des amis du Point-Cœur. Ils nous font asseoir sur la meilleure chaise qu’ils ont, nous offrent du Coca et des bis­cuits qu’ils par­tent ache­ter s’ils n’en ont pas, ils sont tou­jours très atten­tifs et nous don­nent sou­vent ce qu’ils n’ont même pas pour eux. Je me réjouis comme les tout-petits enfants, de ce qui est simple, dis­si­mulé dans la vie de tous les jours.
Voilà, chers amis, un peu de ma vie en Équateur. Déjà un mois… le temps passe vite !

Je me confie à vos priè­res pour que chaque jour, j’aime davan­tage et sois pré­sente auprès de ceux qui en ont besoin. Je vous confie aussi tous nos amis.
Soyez assu­rés de ma prière.

P.-S. : Je joue au foot tous les ven­dre­dis soirs. Ici, on m’appelle “Messi” !

Parrainez Philippines et sou­te­nez sa mis­sion


Revenir au début