• 19 septembre 2013
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Première lettre d’Hortense au Chili

Hortense au Point-Cœur de Valpo, Chili.

Arrivée à Valparaiso au Chili début sep­tem­bre, Hortense nous écrit cette pre­mière lettre qui nous décrit et nous plonge dans sa mis­sion :

"Tout d’abord un IMMENSE MERCI à chacun pour votre sou­tien et pour vos par­rai­na­ges spi­ri­tuels et/ou finan­ciers qui m’ont tou­chée du fond du cœur ! Je ne sais com­ment vous expri­mer ma pro­fonde reconnais­sance, ma joie d’être ici, et de pou­voir enfin réa­li­ser mon rêve le plus cher, celui de pou­voir vivre auprès de ceux qui ont besoin de mon sou­tien et de mettre enfin mon énergie débor­dante à profit ! Me voici main­te­nant arri­vée et bien ins­tal­lée depuis le ven­dredi 6 sep­tem­bre au matin ! J’ai été accueillie comme une petite prin­cesse par mes frères et sœurs actuels de la com­mu­nauté qui sont très gen­tils, Zofia : une Polonaise qui est là jusqu’au mois de février, Armando : un Américain qui est là jusqu’au 6 octo­bre ; et Sœur Haifa : une Sœur liba­naise qui est là jusqu’au 30 sep­tem­bre. Rassurez-vous, nous avons du ren­fort qui arrive bien­tôt : Benoît (Français) et François-Xavier (belge) qui arri­vent fin sep­tem­bre, Rekha (Hongroise) qui arrive début octo­bre et Inès (Polonaise) qui arrive en novem­bre.

Bien, main­te­nant que vous en savez un peu plus sur notre petite équipe, fermez vos yeux (oui cela risque d’être dif­fi­cile en lisant) mais du moins aigui­sez votre ima­gi­na­tion et lais­sez-vous guider que je vous pré­sente un peu la ville où je suis, et sur­tout le quar­tier où j’habite.

Valparaiso est une jolie ville, plutôt grande située au bord de la mer. Elle a pour par­ti­cu­la­rité d’être divi­sée en plu­sieurs col­li­nes toutes colo­rées de par leurs mai­sons de cou­leurs vives et par leurs graf­fi­tis tous plus beaux les uns que les autres arpen­tant les ruel­les. Quand il fait beau, toutes ces cou­leurs brillent, le soleil fait luire la mer et réchauffe la terre. Et quand la brume épaisse monte sur cha­cune de ces peti­tes col­li­nes, Valparaiso (appelé ici Valpo) se trans­forme alors en un épais nuage blanc qui cache toutes ses belles facet­tes et laisse le froid gla­cial s’impré­gner dou­ce­ment dans cha­cune de ses ruel­les. Enfin, quand le soleil se couche, lais­sant der­rière lui de jolies cou­leurs dans le ciel, la nuit s’ins­talle, les lumiè­res s’allu­ment et Valparaiso se trans­forme alors en une mul­ti­tude de petits points jaunes qui brillent comme des étoiles.

Nous vivons sur la col­line nommée Playa Ancha. Les cou­leurs vives des mai­sons sont tou­jours là mais les bidon­vil­les sont abon­dants et la misère et la pau­vreté sont très pré­sen­tes et visi­bles ! Il y a des chiens et chats errants pres­que autant qu’il n’y a d’arbres, et pour tout vous dire, l’autre jour nous avons même vu un cochon se bala­der entre les bidon­vil­les ! Il y a cer­tai­nes ruel­les où les bidon­vil­les sont vrai­ment entas­sés les uns contre les autres, bai­gnant dans une odeur qui fait frémir les nari­nes et dans un tas d’ordure per­ma­nent ! Le plus frap­pant est de voir les enfants jouer dans ce triste endroit, le sou­rire jusqu’aux oreilles (quelle belle école de vie) !

Notre maison se situe devant un arrêt de bus (appelé ici “la Micro”), et devant un jardin d’enfants qui est une école pour les petits (d’envi­ron deux à cinq ans). Il y a aussi au bout de la rue un square où les enfants du quar­tier vien­nent jouer. Elle est com­po­sée de deux par­ties : la pre­mière mai­son­nette où l’on trouve la salle à manger-salon-salle de jeux (même pièce), la cui­sine, la cha­pelle, la salle de bains des gar­çons et les cham­bres des gar­çons. Entre les deux mai­sons, il y a un mini-jardin et dans l’autre maison, un petit salon-biblio­thè­que, les cham­bres des filles et la salle de bains des filles. Enfin der­rière, il y a une petite ter­rasse (où l’on fait sécher le linge) avec vue au loin sur la mer (le luxe !).

Cela fait main­te­nant une semaine que je suis arri­vée. Comme le temps passe vite ! Pendant tout ce temps, j’ai déjà eu l’occa­sion de ren­contrer beau­coup d’amis. D’abord durant les visi­tes, dans les mai­sons de nos amis, dans un asile et dans la prison des femmes. Nous sommes allés, par exem­ple, tenir com­pa­gnie à notre voisin Don Carlos, qui va très mal, à tel point qu’il hurle régu­liè­re­ment de dou­leur, le pauvre, quelle tris­tesse de le voir ainsi ! Notre pré­sence le réconforte un peu, c’est pour­quoi nous essayons d’y aller régu­liè­re­ment. Ou nos autres voi­sins, Señor Luis y Señora Ana, qui eux aussi ne sont pas en forme. Señora Ana a beau­coup pleuré la der­nière fois que nous y sommes allés, elle ne peut pas sortir de son lit et souf­fre également beau­coup. Ce qui me frappe, c’est la confiance et l’amour qu’ils ont pour Points-Cœur. Même s’ils ne me connais­sent pas, ils savent que je suis la nou­velle, et c’est pour­quoi ils me trans­met­tent leur amitié aus­si­tôt. Ils sont si gen­tils. Ils nous accueillent si bien, nous offrent le peu qu’ils ont, nous racontent leurs mésa­ven­tu­res. C’est très tou­chant de voir ces belles ami­tiés, et de voir à quel point leurs cœurs sont grands et géné­reux malgré leur pau­vreté. Mais nos amis eux aussi vien­nent nous rendre visite. Cette semaine, nous avons eu plu­sieurs amis qui sont venus déjeu­ner, dîner, prier ou les enfants pour jouer avec nous. Nous avons également été invi­tés à un anni­ver­saire et à un bap­tême. Ces deux moments ont été supers et très fes­tifs !

Le moment qui m’a le plus marqué cette semaine a été la visite dans l’asile jeudi der­nier. Nous sommes ren­trés dans un appar­te­ment sinis­tre, peu éclairé et qui sen­tait mau­vais, le ren­fermé. Dans cet appar­te­ment, il y a plu­sieurs per­son­nes qui sont prises en charge et qui dor­ment dans de peti­tes cham­bres de quatre per­son­nes. Il y avait d’abord Don Pedro. Quel per­son­nage ! Un homme très intel­li­gent qui était un archi­tecte et qui mal­heu­reu­se­ment à vingt-sept ans est devenu schi­zo­phrène. Il est très grand, si gentil, plutôt âgé et a un visage triste. Il y a aussi Christian qui est tri­so­mi­que, Sylvia et Raphaël. Il y en avait d’autres mais ce sont eux qui ont passé l’après-midi avec nous. Raphaël, homme de soixante ans, très grand et très maigre qui ne parle pas beau­coup, m’a demandé de chan­ter la Marseillaise. Cela nous a fait bien rire, alors j’ai dit que je n’étais d’accord que si tout le monde chan­tait une chan­son qu’il connais­sait dans sa propre langue. Et là, une onde de joie s’est répan­due pen­dant un petit moment ! J’ai chanté comme promis (les pau­vres, ils ont dû avoir mal aux oreilles), puis Armando en anglais, Sœur Haifa en arabe, Christian dans son propre dia­lecte, et Raphaël, Don Pedro et Sylvia chacun en espa­gnol. C’était un beau cadeau et un moment très tou­chant, sur­tout de voir Raphaël qui ne vou­lait pas chan­ter et qui fina­le­ment s’est ouvert, avec joie ! Puis le temps de partir est venu, et Don Pedro nous a souf­flé une petite phrase poi­gnante : “Il y a deux moments que j’aime, celui quand vous venez et celui quand vous partez car je sais que vous allez reve­nir bien­tôt”.

En ce moment, nous vivons une période très fes­tive, qui est celle des fêtes patrio­ti­ques. Les déco­ra­tions et les dra­peaux du Chili sont pré­sents et hissés de par­tout. La musi­que, les cos­tu­mes chi­liens, et la Cueca (danse typi­que du Chili) règnent dans la ville et la joie est par­tout ! C’est un très beau moment. J’ai beau­coup de chance de pou­voir connaî­tre cette période impor­tante !

Voilà, j’espère que je vous ai exprimé au mieux l’ambiance d’ici, la valeur et l’impor­tance de nos amis, et que vous avez eu l’impres­sion de voya­ger un petit peu dans notre bel endroit à tra­vers cette lettre ! Un grand merci tout par­ti­cu­liè­re­ment à Ana Paula, Marie, Éric et Benoît (des amis de Points-Cœur) qui m’ont appe­lée mer­credi der­nier ! Vous avez éclairé ma jour­née et cela m’a réconfor­tée après mon pre­mier pas en cui­sine ici, qui ne fut pas gran­diose (en effet, quand on veut faire des sablés, ce qui pour­tant est simple, et que l’on confond le beurre et la graisse végé­tal, cela n’a plus vrai­ment le même goût) !

Je pense bien à vous tous (une pensée toute par­ti­cu­lière, en ce moment, pour mes cou­sins que je sou­tiens du fond du cœur) et je vous garde dans mes priè­res. N’hési­tez pas si vous avez des inten­tions à me confier (D’ailleurs si l’envie vous prend, vos let­tres sont les bien­ve­nues) ! Pour ma part, je remets dans vos pen­sées ou priè­res Don Carlos, Don Luis et Señora Ana, ainsi que Bianca, Jessica (deux pri­son­niè­res que j’ai ren­contrées ven­dredi et qui n’allaient pas bien), Don Pedro, Theresita (qui est une grande amie de Points-Cœur. Une femme para­ly­sée que nous venons voir régu­liè­re­ment et à qui nous fai­sons, une fois par semaine, sa toi­lette afin qu’elle se sente un peu mieux) et bien sûr tous nos autres amis ! À bien­tôt dans ma pro­chaine lettre !

Je vous embrasse tous bien fort,"

Hortense,

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