• 17 décembre 2013
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Première lettre de Flore à Barrios Altos, Pérou

Sixtine, Flore, Thomas, Peter, une amie et Mathilde

Flore est arri­vée fin octo­bre 2013 dans son Point-Cœur péru­vien et voici un extrait de sa pre­mière lettre, pre­mier visa­ges, pre­miè­res décou­ver­tes...

Chers par­rains, ici j’apprends le pre­mier sens du mot “ami”. Pour moi, j’accor­dais l’appel­la­tion “ami” qu’aux per­son­nes qu’il me sem­blait connaî­tre assez pour ça, celles avec qui je sen­tais une véri­ta­ble conni­vence car on se res­sem­ble ou on se com­plète, ceux-ci sont des amis très pré­cieux. Mais ici je décou­vre qu’un ami, c’est avant tout quelqu’un que tu choi­sis d’aimer tout sim­ple­ment. Et j’apprends à Points-Cœur comme les ami­tiés peu­vent être belles avec tout type de per­son­nes, même si je ne suis arri­vée que depuis quel­ques jours, je suis tou­chée de voir avec quelle amitié spon­ta­née les Péruviens m’accueillent. Point-Cœur est mon école pour appren­dre à voir chaque per­sonne que je ren­contre comme “un ami”, appren­dre à aimer sans faire de tri, cela change beau­coup ma vision des choses, des gens plutôt, sur­pri­ses assu­rées chaque jour, il y a du chemin, mais c’est vrai­ment beau !

Je vou­lais vous pré­sen­ter des amis très pré­sents au Point-Cœur, ce sont nos voi­sins d’en face. De la grand-mère au der­nier petit enfant, ils vivent dans la même petite casa où les mate­las par terre sont fina­le­ment le prin­ci­pal mobi­lier. Il y a Sonya la fille de señora Nelly, que je ne connais pas encore per­son­nel­le­ment, elle a une ving­taine d’années et Cecilia (treize ans), Mathias (cinq ans) et Gérald (un an) sont ses enfants, de pères dif­fé­rents évaporés dans la jungle de Lima. Les enfants sont un peu nos chou­chous au Point-Cœur, il y a Mathias, qui à peine le cha­pe­let ter­miné, s’exclame inlas­sa­ble­ment “Hermanita quiero pintar !” (= “ petite sœur” je veux des­si­ner !), il a un carac­tère pro­vo­ca­teur comme 97 % des enfants ici, mais c’est notre cher petit Mathias ! Il y a aussi Luciano et Fatima, les neveux de Sonya, plus ou moins aban­don­nés par leur mère, ils ont été recueillis par le foyer fami­lial, la situa­tion n’est pas facile. Luciano ne parle pas, il a quatre ans et pousse des cris surex­ci­tés pour s’expri­mer, il a un sou­rire et des yeux à faire cha­vi­rer le cœur, il veut tout le temps être dans nos bras, (il me fait com­plè­te­ment cra­quer !). C’est super car il a com­mencé une thé­ra­pie pour le lan­gage et com­mence à dire des syl­la­bes com­pré­hen­si­bles, il nous appelle “coco” (?). Nous voyons moins Fatima qui mal­heu­reu­se­ment a moins le droit de sortir de la maison je crois, on lui donne beau­coup de res­pon­sa­bi­li­tés pour son jeune âge. Je suis trop heu­reuse quand elle vient jouer, même si elle se com­plaît à me trai­ter de tri­cheuse quand je gagne.

Edward, le frère de Sonya, avait un tra­vail de cui­si­nier mais il s’est coupé le doigt l’autre jour, résul­tat : points de sutu­res et plus de boulot. Il passe au Point-Cœur pour que Mathilde lui refasse son pan­se­ment et n’a pas perdu sa langue pour autant. L’autre jour, il m’a coaché alors que j’essayais de cui­si­ner péru­vien. Il n’a pas manqué de se moquer, avec ses petits airs manié­rés, de ces pau­vres “grin­gos” (les blancs = nous) qui ne savent pas faire cuire le riz, sont effrayés de mettre plus de deux gout­tes d’huile dans la poêle et achète huit fois trop de cibou­lette parce qu’ils ne savent pas lire une recette. On a bien ri et il était très sou­cieux que je note tous ses “trucs”.

Voilà un peu quel­ques images et visa­ges de ce début de mis­sion… Merci infi­ni­ment de m’offrir cette chance de vivre cela, ici, c’est un cadeau ines­ti­ma­ble ! Certains amis nous sur­nom­ment “los pun­ti­tos”, j’aime bien ! Je décou­vre ma vie, en tant que “petit point”.

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