• 21 janvier 2014
fr

Señora Aliria, grand’mère du Point-Cœur de Guayaquil

Philippine, le Point-Cœur et des amis...

Voici un extrait de la lettre de Philippine d’Equateur, qui nous pré­sente Señora Aliria, la grand’mère si fidèle du Point-Cœur :

Tout début décem­bre, je pre­nais le vélo pour me rendre rapi­de­ment à la maison de señora Aliria Après un long slalom entre voi­tu­res et camions, et une bonne bouf­fée de pol­lu­tion, me voilà arri­vée à des­ti­na­tion. Tout est chan­tier dans son jardin : les affai­res traî­nent, les scies, les per­ceu­ses et les vélos —sont en pièces déta­chées et contras­tent avec, le haut de son toit de taule où des fleurs blan­ches et roses pous­sent et adou­cis­sent le pay­sage. Et puis, son sou­rire m’accueille et embel­lit le tout. Me voici dans un petit havre de paix. Avant de repar­tir, elle me demande si je peux l’accom­pa­gner pour faire une petite course. J’étais un peu pres­sée mais je ne pou­vais pas refu­ser. Nous ren­trons de cette “petite course” avec six pains qu’elle nous offre… Sa géné­ro­sité est incroya­ble ! Sur le chemin, elle me par­lait de sa famille, de ses frères et sœurs, de la mort de son papa, puis celle de sa maman, avant de me parler de ses enfants. Señora Aliria est mariée avec Don Gaby que nous aimons aussi beau­coup. Ils ont quatre enfants, une fille qui a un fils, Francisco, hyper­ac­tif. Señora Aliria doit régu­liè­re­ment s’occu­per de lui malgré son âge. Et puis, ils ont trois fils. L’un deux, Juan, boit beau­coup. C’est une grande souf­france car tout l’argent qu’il gagne la jour­née, est dépensé direc­te­ment pour s’ache­ter quel­ques bou­teilles. Un autre, s’appelle Saolo. Et Saolo est schi­zo­phrène. C’est très dur pour toute la famille. Lorsque nous sommes ren­trées des cour­ses, Saolo s’est appro­ché de moi et après nous être dit bon­jour, il me dit : “Maman dit tou­jours que Points-Cœur, c’est notre famille. Donc, comme tu es de Points-Cœur, tu es ma sœur. Et comme tu es ma sœur, tu dois venir fêter Noël avec nous.”. C’était la pre­mière fois que je pou­vais com­pren­dre vrai­ment ce qu’il me disait, et c’était si beau de voir tous les efforts qu’il a faits pour parler tran­quille­ment pour que je puisse com­pren­dre. C’était si beau de voir ce jeune, tout malade, me dire ces quel­ques paro­les qui m’ont tant tou­chée. “O Père, je te bénis parce que, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits” (Mt 11,25). Lui, sa maman et toute sa famille, ont très peu d’argent mais pour­tant ils don­nent tout l’amour que Dieu a mis en eux. Sachant que nous sommes tous loin de nos famil­les pour Noël, ils vou­laient nous accueillir comme leurs enfants, comme leur propre famille. Quand je lui ai répondu que j’aime­rais beau­coup venir et que je l’ai appelé “her­ma­nito” (petit frère), un grand sou­rire a rem­placé toute la souf­france qui marque son visage.

Donc, pour Noël, nous sommes allés déjeu­ner chez señora Aliria et toute sa famille. Ce n’est pas pour rien si la pre­mière fois que je suis allée les visi­ter, Ludivine m’a dit : “señora Aliria, c’est la maman du Point-Cœur”. Comme vous pouvez le voir, Noël et le jour de l’an se sont bien passés ! Vous devez vous dire que nous man­geons beau­coup ici… Eh bien, vous n’avez pas tort ! Oublions la fête, les gâteaux, les cadeaux, la musi­que et les éclats de rire. Nous voici dans une rue du quar­tier, non loin de notre maison. La maison était facile à repé­rer, c’était la plus pauvre de la rue, quel­ques pla­ques de taule ser­vaient à déli­mi­ter le jardin. Depuis une petite dizaine de jours, ce sont des bam­bous qui ont rem­placé la taule, et le sol de l’unique pièce a été cimenté. Ici vit notre abue­lita Margarita. Cette arrière-grand-mère depuis une semaine, vit avec sa fille et son mari, son petit-fils et sa petite-fille. Tous vivent dans une seule pièce plus ou moins déli­mi­tée par une armoire. Tous n’ont pas vrai­ment de lit, le coin toi­lette est dans le jardin et la télé est tou­jours allu­mée. C’est donc dans cette ambiance que notre abue­lita vit, atten­dant je ne sais quoi à la porte, assise très régu­liè­re­ment sur quel­ques bri­ques de béton. Attend-elle que nous venions la voir ? Désire-t-elle sim­ple­ment être aimée ou exis­ter aux yeux de quelqu’un ? Malgré toutes les per­son­nes qui vivent chez elle, elle se retrouve très sou­vent seule. Notre abue­lita est malade, avec des pro­blè­mes de cœur et d’hyper­ten­sion, celle-ci empê­chant une opé­ra­tion du cœur. (N’ayant pas fait méde­cine, je n’ai pas tout com­pris…) Normalement, nous devons l’emme­ner tous les mois chez le méde­cin pour renou­ve­ler son trai­te­ment. Mais, en ce moment, nous devons faire des démar­ches et aller à des rendez-vous toutes les semai­nes.

Un méde­cin demande à faire une échocardiographie, mais il faut l’avis d’un second, faire un autre examen avant pour savoir si une échocardiographie est néces­saire… Enfin, je vous passe les détails parce que ça donne un peu le tour­nis.---- Avant de partir la pre­mière fois, rien ne m’ennuyait plus que de devoir pren­dre trois heures de mon temps pour aller chez le méde­cin, atten­dre long­temps dans une salle avec la cli­ma­ti­sa­tion à fond, me fai­sant mourir de froid, et regar­der les six publi­ci­tés iden­ti­ques qui tour­nent en rond sur une télé qui déforme les images. En bref, rien ne m’ennuyait plus que cela. Jusqu’au moment où nous l’avons rac­com­pa­gnée chez elle. J’ai essayé de parler avec sa fille, Lola, et j’ai essayé de lui deman­der de se sentir un peu concer­née par les pro­blè­mes de santé de sa maman. Bon… Je ne lui ai pas dit comme ça. Je lui ai pro­posé de nous accom­pa­gner la pro­chaine fois. La seule réponse que j’ai eue fut “non” à la fois ferme, afin de clô­tu­rer la conver­sa­tion, et à la fois indif­fé­rente à la situa­tion et à la santé de sa propre mère. À ce moment-là, j’ai eu très mal pour notre abue­lita, j’ai vrai­ment été bles­sée que sa fille, ne m’accor­dant pas même un regard, ne se préoc­cupe de l’état de santé de sa mère. Alors, je me suis dit que je ne devais plus râler pour m’occu­per de notre abue­lita. Que si per­sonne dans sa famille ne pou­vait lui donner de l’amour, je le ferai. Que si per­sonne ne pou­vait lui donner de l’atten­tion, je le ferai. Avec Julia, ma soeur de com­mu­nauté, nous nous aidons beau­coup pour nous rendre dis­po­ni­bles le plus pos­si­ble. Nous prions beau­coup pour notre abue­lita Margarita et sa famille.

Je les confie aussi à vos priè­res et pen­sées, ils en ont tant besoin.

Parrainez Philippine et sou­te­nez sa mis­sion


Revenir au début