• 6 mai 2014
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Sonia, amie du Point-Cœur de Barrios Altos à Lima

Sonia au Point-Cœur de Barrios Altos

Mathilde vit au Point-Cœur de Lima. Elle nous confie Sonia, une grande amie du quar­tier :

Sonia est une amie chère à notre Point-Cœur et même plus, à toutes les géné­ra­tions qui sont pas­sées car elle a grandi avec le Point-Cœur. Petite avec ses frères et sœurs, elle venait jouer au Point-Cœur et par­ta­ger son quo­ti­dien. Bref, c’est une famille très amie et très proche de nous, et puis, nous habi­tons face à face. Même dans les démé­na­ge­ments, les mai­sons ont tou­jours été pro­ches. Comme s’ils nous étaient confiés, comme si nous leur étions confiés. À peine arrive un nou­veau dans notre com­mu­nauté, chacun vient à sa ren­contre, l’accueille et raconte toute l’his­toire de notre amitié. Pour autant, la rela­tion d’amitié n’est pas des plus douces et des plus ten­dres, le carac­tère de chacun est bien trempé et leur vie aux épisodes si durs les a tant bles­sés, alors il nous faut faire preuve de tou­jours plus de déli­ca­tesse, misé­ri­corde et dis­po­ni­bi­lité. Sonia souf­fre de tuber­cu­lose depuis déjà plu­sieurs années, à cer­tains moments elle suit son trai­te­ment, puis l’arrête de nou­veau. Aux der­niè­res nou­vel­les, elle semble avoir déve­loppé une résis­tance aux médi­ca­ments. Toujours nous essayons de la re-moti­ver et l’accom­pa­gnons quand elle accepte. Mais la peur qu’elle ne peut domi­ner l’empê­che sou­vent de se pren­dre en main. Entre la crainte face à son com­por­te­ment et puis le désir de res­pec­ter la dis­tance qu’elle ins­tau­rait, je ne m’appro­chai pas trop. Et puis au mois d’août, Sonia a eu l’appen­di­cite. Sa famille a toqué à notre porte en pleine nuit pour nous aver­tir.

Elle est sortie de l’hôpi­tal en meilleure santé mais avec une grande cica­trice qui a com­mencé à s’ouvrir un peu. Sa maman est venue me deman­der de l’aide. J’ai com­mencé à venir chaque jour pour lui refaire le pan­se­ment. Puis vint le moment d’enle­ver les fils. Sonia recu­lait chaque jour son rendez-vous à l’hôpi­tal, elle avait tou­jours une nou­velle excuse. En vérité, elle était morte de peur. Finalement, je suis allé ache­ter ce qu’il fal­lait et suis allée direc­te­ment à elle pour lui dire que j’allais le faire. Elle a accepté. Cette Sonia, au carac­tère si fort et si trempé, pleu­rait comme une enfant pen­dant que je net­toyais sa cica­trice ou que j’enle­vais les fils. Elle met­tait sa musi­que pour dis­traire son esprit, me fai­sait patien­ter de lon­gues minu­tes pour repren­dre des forces. Et puis en ce mois de jan­vier, Sonia nous a sur­pris. Un soir, je la vois sortir de chez elle, pleu­rant. Elle entre chez nous avec une amie et fina­le­ment reste seule entre Flore et moi et com­mence à nous parler. Ce soir-là, Sonia avait beau­coup bu, comme à chaque fois qu’elle n’en peut plus et qu’elle veut oublier. Elle pleu­rait à grands san­glots en nous disant que sa famille n’avait aucune préoc­cu­pa­tion pour elle. Et pen­dant plus de deux heures, Sonia nous a par­tagé toute l’his­toire de sa vie, une vie ter­ri­ble­ment mar­quée par la vio­lence, la mala­die, l’indif­fé­rence, le manque d’amour et puis, pour le mal qu’elle a vu et laissé faire. Mais aussi, tous les efforts, si grands, qu’elle fait pour élever ses enfants et depuis main­te­nant un an, pour ses neveux, aban­don­nés par leur maman, et puis pour ses amis à qui elle redonne cou­rage, qu’elle accom­pa­gne dans la mala­die quand tous les autres au contraire s’en vont… Chaque fois qu’une dis­pute et des cris éclatent dans la rue, Sonia ou quelqu’un de sa famille inter­vient. Des vies dures, des per­son­nes au cœur blessé et endurci mais qui res­tent malgré tout si com­pa­tis­san­tes et préoc­cu­pées par l’autre. Quand j’ai été bien malade en pleine nuit, Sonia s’est intro­duite dans notre maison jusqu’à la cham­bre, s’est arrê­tée à l’entrée, si res­pec­tueuse malgré son carac­tère intré­pide, puis elle a tout fait pour m’aider. Alors que Sonia conti­nuait à san­glo­ter son immense dou­leur, sa maman est venue nous lais­ser Gérald, le petit der­nier de Sonia qui a un an. Et là, très vite, tout a changé, face à cette petite créa­ture si tendre, en plein éveil, nos cœurs se sont réchauf­fés et Sonia, si fière, nous a montré les pre­miers pas encore tout fra­gi­les de son fils. Son visage face à celui de son fils s’est illu­miné, elle a com­mencé à rire. Pourtant, rien n’avait changé ni n’avait été oublié mais au contact de son enfant, Sonia avait récu­péré la force et l’espé­rance et son visage irra­diait de joie !

Cette très grande confi­dence de Sonia a pour moi été une grande marque de confiance et une grande preuve de l’amitié entre elle et chacun de nous depuis toutes ces années. Cela m’a aussi montré com­bien mon atten­tion devait être grande. Cela est dur par­fois de rece­voir les paro­les de Sonia, mais en réa­lité, même si elle ne le montre que peu, elle attend beau­coup de nous et chacun de nos gestes envers elle reste gravé dans sa mémoire. Pour moi Sonia est une sacrée pro­vo­ca­tion, elle m’ensei­gne la fidé­lité dans l’amitié, l’amour et la misé­ri­corde, plus grands et impor­tants que ce que je peux atten­dre d’elle, que ce que je pense bon pour elle. Je vous la confie, qu’elle garde tou­jours cette même force de vie qui lui permet de lutter et de pren­dre soin de ses pro­ches.

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