• 11 juillet 2012
fr

Témoignage d’Alejandra, de Dakar

Alejandra ©PaulWalter

Alejandra est chi­leno-argen­tine, elle a rejoint le Points-Cœur de Dakar fin mai 2012. Voici ses pre­miè­res ren­contres, ses pre­miè­res impres­sions, son pre­mier regard sur une vie toute nou­velle qu’elle nous par­tage avec inten­sité.

  • Mes premières impressions

Un monde fou : ça fait long­temps que je n’avais pas vu autant de monde dans la rue, assis à l’exté­rieur de leur maison en train de vendre, les enfants en train de jouer, les femmes en train de tres­ser leurs che­veux. Beaucoup d’enfants ! D’où vien­nent-ils ? Aussi nom­breux que les grains de sable sur lequel nous mar­chons… Un diman­che, j’allais à la messe des enfants à la paroisse, il y en avait envi­ron cinq cents, dès l’âge de deux ans à treize ans, le plus grand pre­nant en charge le plus petit de la famille. Le pre­mier jour où je suis sortie dans la rue, j’ai eu l’impres­sion d’être dans un film. On n’échappe pas au regard des gens, ceux qui nous connais­sent nous saluent comme d’habi­tude : « Salaamalecum, Nang def, Mungui nonces, » etc… Ici la salu­ta­tion est très impor­tante, nous nous arrê­tons et fai­sons cette longue liste de ques­tions et répon­ses : « Bonjour. Comment vas-tu ? Et la famille ? Comme tu t’appel­les ? Ton nom de famille ? Et la santé, Es-tu en paix ? »

Les enfants vien­nent à notre ren­contre et nous ten­dent la main, d’autres disent : "Toubab, Toubab" (Blanc, Blanc). Ici ils m’appel­lent « Blanc ». Imaginez ! J’ai tou­jours été la petite noire dans ma famille et dans mon pays. Un petit enfant nu âgé de deux ans, avec de grands yeux, ses "gri­gris" (sorte de féti­che autour de la taille, le cou, les bras, etc. .. pour les pro­té­ger des mau­vais esprits) prend mon doigt for­te­ment et com­mence à mar­cher… J’ai été tel­le­ment touche que les secondes ont été aussi lon­gues qu’une vie. Quand je vais au marché pour ache­ter des légu­mes, je sens les enfants tou­cher mon bras et les che­veux dis­crè­te­ment – il faut savoir que toutes les femmes ici ont les che­veux bou­clés, de sorte que le seul moyen de cor­ri­ger cela est avec des tres­ses, sinon uti­li­ser de faux che­veux. Mes che­veux longs, noirs et lisses les atti­rent.
Les femmes sont très belles, si dignes, elles tra­vaillent dur. Je suis impres­sion­née et admi­ra­tive de les voir porter à la fois l’eau sur la tête et des enfants sur leur dos, vêtues de leurs "bou­bous" (la robe tra­di­tion­nelle), pleine de cou­leurs vives.
Ils tra­vaillent comme des fous à la maison, au marché ou dans la rue. L’autre jour, quand nous sommes allés à la décharge dans ces vieux bus, comme vous pouvez l’ima­gi­ner, petits, cassés, très colo­rés, les ven­deurs s’appro­chaient de la fenê­tre. C’est amu­sant de regar­der les hommes crier à n’en plus pou­voir pen­dant un long moment, c’est drôle et fati­guant. Les femmes vien­nent avec de grands paniers sur leur tête, elles nous regar­dent dans les yeux et on com­prend tout. J’exa­gère peut-être un peu, mais ces femmes font preuve de dis­cré­tion et cer­tai­nes sont silen­cieu­ses.

  • Deux réalités surprenantes

Les musul­mans : c’est une nou­veauté dans mon petit esprit et dans mon expé­rience de vie. Je ne vais pas déve­lop­per le thème, mais il suffit de savoir que le Sénégal est un pays pri­vi­lé­gié où chré­tiens et musul­mans peu­vent vivre en se res­pec­tant les uns les autres. Il y a des mos­quées par­tout, comme les églises évangéliques en Amérique du Sud et ils font cinq priè­res obli­ga­toi­res par jour. Le pre­mier jour, je me suis réveillée avec un haut-par­leur, c’était l’heure de la pre­mière prière à 5 h 30 du matin. Le pre­mier ven­dredi après mon arri­vée, nous sommes allés à Dakar avec père Thibault à 14 h 00, nous avons vu la chose la plus étonnante, tout le monde à genoux, mais quand je dis tout le monde, je n’exa­gère pas, dans les rues de long en large, avec ces hommes et cer­tai­nes femmes tous age­nouillés sur leur tapis, face à l’Ouest, en priant. Seuls quel­ques "Toubab" mar­chaient. C’était la pre­mière fois que j’avais l’impres­sion d’être indis­crète, comme un manque de res­pect par rap­port à quel­que chose. Au bout de quel­ques minu­tes de silence sublime, Dakar com­mence une vie nor­male.
Les catho­li­ques sont en mino­rité, mais une mino­rité mas­sive. La pre­mière fois que je suis allée à la messe dans la paroisse, il y avait tant d’hommes et de femmes, une belle cho­rale avec des chants en latin et en wolof, trois cents per­son­nes à la messe en semaine à la paroisse du quar­tier. Pour la pré­pa­ra­tion de la fête du « Corps et du Sang du Christ », tout au long de la semaine dans la paroisse avait lieu la messe, matin et soir (pour ceux qui tra­vaillent), avec des jours d’Adoration, et le diman­che, une pro­ces­sion dans le quar­tier.

Mbeubeus : un apos­to­lat à la décharge. Nous y allons tous les mer­cre­dis. Je ne peux pas vous décrire ma pre­mière impres­sion. Nous avons marché sur une mon­ta­gne de déchets, toutes les ordu­res de Dakar, la pou­belle de mon quar­tier, mes pro­pres déchets, tout ce qui me rend malade, j’étais sur cela. Et je n’y vais qu’une fois par semaine pour par­ta­ger avec les amis, je prie en semant des « Je vous salue Marie » par­tout. Quand je marche, je vois tant d’hommes, de femmes et d’enfants qui gagnent leur vie à la recher­che du plas­ti­que, du verre, des canet­tes et de tant de choses que nous ne pou­vons même pas ima­gi­ner être recy­clées, à la pou­belle puis retour à l’emploi. L’odeur est ter­ri­ble : la fumée, la terre, les choses pour­ries. Nous avons ren­contré une femme âgée, avec son beau boubou sale, elle por­tait sur sa tête ce qu’elle avait recueilli, der­rière elle un pay­sage maca­bre, la mon­ta­gne d’ordu­res, la fumée. Elle nous regarde et nous salue, nous répon­dons en wolof, elle fait un très grand sou­rire et nous répond. Comme je ne com­pre­nais pas, j’ai demandé à Élisabeth : "Que dit-elle ? En fait, elle nous a dit :" Béni soit Dieu ". Un grand sou­rire, les yeux brillants, un visage noir de pous­sière, mais un visage qui a illu­miné Mbeubeus. Quel est votre secret ma belle dame ? Pourquoi sou­riez-vous ? Pourquoi bénis­sez-vous Dieu ?

Avec ce pre­mier coup d’œil séné­ga­lais et tout le chemin qu’il me reste à suivre, « IN YALLA » (si Dieu le veut), je vous remer­cie pour votre aide qui est infi­ni­ment pré­cieuse pour moi.

Alejandra

Parrainez Alejandra et sou­te­nez sa mis­sion

La communauté Points-Cœur de Grand Yoff, Dakar


Revenir au début