• 23 octobre 2012
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Témoignage d’Alexandra du Point-Cœur de Villejuif (94).

Alexandra et Chritine, fidèle amie du Point-Cœur

[...] Dans la grande famille de Points-Cœur, qui s’étend de l’Inde à l’Amérique du Sud, du Sénégal au Japon, notre Point-Cœur de Villejuif est un peu par­ti­cu­lier, c’est un Point-Cœur « étudiant-jeune pro’ ». À ceux qui ne peu­vent tout quit­ter pour un an, il permet de vivre le cha­risme de Points-Cœur tout en conti­nuant métier, ou études dans mon cas. Chacun exerce son tra­vail pro­fes­sion­nel ou uni­ver­si­taire dans la semaine, et le week-end nous sommes davan­tage pré­sents dans le quar­tier. Le diman­che en par­ti­cu­lier, après la messe dans notre paroisse Sainte-Colombe, nous allons visi­ter nos amis voi­sins et jouer avec les enfants. Et la jour­née se finit en confiant tout cela au Seigneur, dans la prière et l’ado­ra­tion. Certains diman­ches, des amis pari­siens – ou non-pari­siens ! – se joi­gnent à nous (si cela vous dit, n’hési­tez pas, le Point-Cœur aime accueillir… À bon enten­deur salut !). Un ami étudiant, venu par­ta­ger notre jour­née, m’a dit sur le chemin du retour : « Merci, j’ai l’impres­sion d’avoir vécu un vrai diman­che ». Cette phrase m’a beau­coup tou­chée. J’étais bien sûr heu­reuse pour lui, mais en plus ces paro­les m’éclairaient sur ce que je vivais sans m’en rendre compte. Mais oui, c’est cela « un vrai diman­che », une jour­née toute simple, sans grande sortie ni grand événement, mais où l’on prend le temps d’être avec Dieu, et avec ceux qu’Il nous a donnés comme pro­chains.

Ainsi, en résumé, je suis à la fac la semaine, à Villejuif le diman­che. Pour autant, je n’ai pas l’impres­sion de mener une double vie : il n’y a pas ma vie Point-Cœur d’un côté, et ma vie d’étudiante pari­sienne avec parents et amis de l’autre. Au contraire, je dirais que c’est ma pré­sence au Point-Cœur qui me permet de vivre de manière plus juste et plus intense mes études et mes dif­fé­ren­tes rela­tions. Et cela, parce que nous avons le pri­vi­lège, au Point Cœur, d’avoir la Présence par excel­lence : dans la pièce-cha­pelle de notre appar­te­ment, le Christ est pré­sent dans le taber­na­cle. Dans ce petit coffre de bois se trouve le Saint-Sacrement, l’hostie consa­crée, signe visi­ble de la Présence de Dieu. Autrement dit, nous avons Jésus a casa ! Une pré­sence qui change tout. Un ami nous disait : « Quand on entre chez vous, on sent que c’est une maison par­ti­cu­lière », beau com­pli­ment, et signe pour moi de cette Présence qui trans­fi­gure. Certes le Seigneur est par­tout, et on peut le prier par­tout, j’ai d’ailleurs décou­vert avec mes sœurs de com­mu­nauté la « cha­pelle-métro », lieu de prière des laudes lors­que le temps presse le matin. Mais il est vrai aussi que cer­tains lieux sont plus pro­pi­ces à la ren­contre du Seigneur, j’en fais l’expé­rience avec l’ado­ra­tion quo­ti­dienne : quelle paix devant le Saint-Sacrement ! Quel manque lors­que je n’arrive pas à y être fidèle ! C’est la force et le mys­tère de la simple pré­sence, de la Présence réelle. [...]

• « Villejuif ? ! » J’entends sou­vent cette excla­ma­tion étonnée, mêlée d’appré­hen­sion et de méfiance, quand je dis mon lieu de rési­dence. Eh oui, Villejuif n’a pas for­cé­ment bonne répu­ta­tion. Du point de vue de Paris, cela semble une ban­lieue loin­taine, étrangère, plutôt mal famée… Impression que je retrouve sou­vent chez mes inter­lo­cu­teurs. À vrai dire, c’était la mienne aussi avant. Avant d’habi­ter Villejuif. Comme pour Naples, je me rends compte com­bien habi­ter cette ville a changé mon regard, et je vais essayer de vous faire passer un peu de ce qu’est devenu Villejuif pour moi, main­te­nant que c’est « casa mia », chez moi. Villejuif, c’est mon Point-Cœur, le lieu où il m’est donné de vivre et gran­dir en ce moment, le cœur qui m’ouvre les yeux sur de nou­vel­les réa­li­tés et ren­contres.

• Villejuif, c’est aussi mon bout de cam­pa­gne ! La cita­dine des tours de la Défense que je suis, ne se lasse pas d’admi­rer les mer­veilles de la nature, qui par­sè­ment mon chemin jusqu’au métro : l’allée de ceri­siers, avec son tapis de neige blan­che et rosée au prin­temps, les mas­sifs de fleurs qui sor­tent des petits jar­dins privés, le ciel où l’on peut voir les étoiles briller la nuit… Du Point-Cœur au métro, il y a un bon quart d’heure de marche, même avec le pas pari­sien. Ce trajet, que je ne pou­vais m’empê­cher de voir comme une perte de temps, a été l’occa­sion d’une petite trans­fi­gu­ra­tion. Il est devenu ce moment de contem­pla­tion, moment pri­vi­lé­gié de pause, avant ou après une jour­née bien rem­plie, moment par­fait aussi pour la prière du cha­pe­let. Ce bout de trajet fina­le­ment, c’est un peu ma res­pi­ra­tion quo­ti­dienne.

• Villejuif, ce sont sur­tout des visa­ges, des ren­contres, des ami­tiés. Je me suis rendu compte qu’au bout de quel­ques mois je connais­sais plus de voi­sins que dans le quar­tier pari­sien où je venais de passer trois années ! Impossible de tous vous les pré­sen­ter en une lettre, j’en évoquerai seu­le­ment quel­ques-uns.

Cela com­mence dès la sortie du métro. Quand je monte les esca­liers, je sais que je vais trou­ver le visage sou­riant de mon ven­deur de fruits. Ils sont sou­vent plu­sieurs der­rière le petit étal « à la sau­vette », mais il y en a un en par­ti­cu­lier qui me salue à chaque fois qu’il me voit. Nous échangeons un sou­rire, deux mots, guère plus car il ne parle pres­que pas fran­çais. Une salu­ta­tion gra­tuite, toute simple, mais qui fait chaud au cœur. Elle me rap­pelle l’impor­tance du sou­rire : que c’est beau de voir un visage connu, ouvert, après la foule du métro où rares sont les per­son­nes qui se regar­dent !

Puis quand j’arrive chez nous, c’est-à-dire devant notre petite barre d’immeu­bles de quatre étages, je me pré­pare, on est jamais à l’abri d’un enfant qui nous déboule lit­té­ra­le­ment dessus ! C’est le fruit de l’amitié gran­dis­sante avec nos petits voi­sins, de famil­les du Mali musul­ma­nes. Ils vien­nent sou­vent nous voir, que ce soit pour cinq minu­tes, un dessin, une sortie au parc… Quand ils nous aper­çoi­vent dans la rue, ils accou­rent pour nous embras­ser. Un des plus beaux cadeaux de cette année. Le chan­ge­ment de Demba, en par­ti­cu­lier, ne cesse de m’émerveiller. Ce petit gars de sept ans, aussi vif que mince, est un cham­pion de foot et de hip-hop. En plus de son agi­lité, Demba se remar­que aussi par sa fierté et son indé­pen­dance. Quand je suis arri­vée, il venait moins que les autres au Point-Cœur, et ne m’adres­sait pas la parole. À pré­sent, il me saute dans les bras quand il me voit, les yeux brillants de joie. Pour moi, tou­jours la même émotion et la même sur­prise, je n’en reviens pas de cette amitié tissée au fil des mois !

À partir des enfants, des liens com­men­cent aussi à naître avec les parents. Une maman, Khadidja, nous a tout de suite accordé son amitié d’une façon très tou­chante. Elle parle peu le fran­çais, mais cela ne l’empê­che pas de nous accueillir tou­jours avec son grand sou­rire et son embras­sade de « mamma afri­caine ». C’est une famille avec très peu de moyens, mais leur appar­te­ment, maté­riel­le­ment très modeste, rayonne de l’amour cha­leu­reux de Khadidja, et de la beauté de ses bou­bous. Il est étonnant de voir com­bien elle nous fait entiè­re­ment confiance pour ses 5 enfants. Elle a même convaincu sa voi­sine de lais­ser sa fille jouer avec nous. Pendant le Ramadan, elle nous a invi­tés à par­ta­ger un déli­cieux repas afri­cain chez elle, et son époux, plus réservé, s’est aussi ouvert, nous mon­trant tous ses tro­phées rem­por­tés à la course à pied ! Je rends grâce au Seigneur pour ces ami­tiés qui se cons­trui­sent et sont appe­lées à gran­dir encore cette année !

Ainsi, à Villejuif, nous avons la chance d’avoir des enfants, des mamans, mais aussi des grands-mères. Et pour finir, je vou­drais vous pré­sen­ter Thérèse, que l’on appelle notre « grand-mère du Point-Cœur ». Thérèse est un de ces vieilles dames impres­sion­nan­tes, tou­jours acti­ves et fidè­les à la paroisse, malgré leur âge véné­ra­ble et leurs soucis de santé. Notre Thérèse habite depuis des années sa maison de Villejuif. Plusieurs fois grand-mère et arrière-grand-mère, ses petits-enfants sont nom­breux, car il faut y ajou­ter tous les Points-Cœur ! Cela fait plus de dix ans qu’elle les voit passer et se sou­vient de chacun d’eux. Elle garde pré­cieu­se­ment chez elle cartes et photos, et sur­tout, comme elle me disait quand je lui ai annoncé le départ d’Anaïs et Eléonore : « elles res­tent avec les autres, dans mon cœur ». Thérèse me touche par cet amour incondi­tionné qu’elle nous donne, et qu’elle sait trans­met­tre par mille et une atten­tions : sa joie à nous rece­voir chez elle à déjeu­ner, les crêpes qu’elle nous pré­pare à empor­ter, une carte envoyée pen­dant les vacan­ces… Elle est aussi pour moi un beau modèle de cou­rage et de foi. Elle sait garder confiance malgré les épreuves qu’elle tra­verse, récem­ment sa fille, opérée d’une tumeur au cer­veau, qu’elle accom­pa­gne autant qu’elle peut. Une der­nière anec­dote révé­la­trice : diman­che der­nier, après la messe, elle me dit, avant d’aller comp­ter la quête, que la voi­ture qui l’a accom­pa­gnée est partie. Je m’inquiète, déso­lée de ne pou­voir la rac­com­pa­gner (j’ai le permis – grande vic­toire de l’été, allé­luia ! – mais pas encore de voi­ture). Même si elle se dit prête à ren­trer à pied, avec sa jambe qui boite, « cela pren­dra le temps qu’il faudra », je ne suis pas tran­quille. Mais au moment où j’allais fina­le­ment partir, le prêtre arrive et lui dit « Merci pour la quête Thérèse, quand vous aurez fini les comp­tes, je pour­rai vous reconduire en voi­ture ». Bonne leçon de confiance, Dieu n’aban­donne pas ses enfants… Merci Thérèse !

Alexandra F.

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