• 18 septembre 2012
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Témoignage d’Elie à Manille, Philippines

Kuya Gérald, au Point-Cœur de Manille.

Elie est depuis un an au Point-Cœur de Manille, Philippines. Voici deux extraits de sa der­nière lettre aux par­rains pour faire connais­sance avec un ami, Gérald et se lais­ser sur­pren­dre par des enfants de la rue et jouer eux :

Kuya Gérald est un très bon et fidèle ami de notre Point-Cœur. Nous ne le visi­tons pas, c’est lui qui nous visite, et cela à n’importe quel moment de la jour­née ! Kuya Gérald est un jeune Philippin de vingt-six ans, boi­teux depuis un acci­dent de jeu­nesse qui para­lysa une de ses jambes et lui fit perdre une partie de ces capa­ci­tés men­ta­les. C’est pour­quoi Kuya Gérald se déplace tou­jours en béquilles, en sau­tillant joyeu­se­ment de manière très adroite et rapide ! Son hobby favori est de “courir” comme il dit. Il passe ainsi ses jour­nées à se dépla­cer dans Manille, à rendre visite à ses dif­fé­rents amis, s’arrê­ter dans dif­fé­rents lieux de culte comme l’Église du Santo Nino de Tondo où il est par­ti­cu­liè­re­ment fidèle, ou bien passer la nuit à prier auprès du Black Nazareno, statue du Christ por­tant la croix pour laquelle les Philippins ont une grande dévo­tion. Parfois il s’arrête chez une de ses sœurs pour se repo­ser, pren­dre une douche et il repart en cavale ! Ainsi, assez sou­vent notre ami rend visite au Point-Cœur, et nous appelle à la porte au son d’un “pa gamot” joyeux. Celui-ci peut arri­ver à n’importe quelle heure, même s’il a une petite pré­fé­rence pour l’heure du déjeu­ner, “Makulit shya” : c’est un coquin ! Il sait que notre porte est tou­jours ouverte pour lui, même si par­fois cela nous coûte d’aller lui ouvrir. Néanmoins c’est tou­jours une joie de l’accueillir chez nous, car avec sa sim­pli­cité enfan­tine il nous par­tage sa joie ! Je suis tou­jours touché par sa foi, simple et pro­fonde, il est tou­jours prêt à par­ti­ci­per aux offi­ces, et aime par­des­sus tout prier le cha­pe­let ! Un jour, j’ai voulu lui consa­crer une après-midi pour être avec et le suivre dans sa che­vau­chée quo­ti­dienne, afin de savoir un peu plus de sa vie et de sa famille, qui, pour moi, demeu­rait un peu mys­té­rieuse. Il accepta ma demande avec joie, heu­reux de savoir que je serais avec lui tout l’après midi et qu’il pour­rait me pré­sen­ter sa sœur chez qui il “habite”, quand il n’est pas dehors. Je pris alors mes bas­kets et je le suivis en cou­rant dans les rues étroites de Navotas. Les Philippins que nous croi­sions furent tous très sur­pris à la vue de ce duo de cou­reurs assez aty­pi­que, un blanc et un boi­teux à béquille ! Ce fut un très beau moment pour nous deux, je pus alors ren­contrer sa sœur qui le loge et prend soin de lui ! Elle fut heu­reuse de savoir que nous étions amis avec Gérald, ce der­nier sans doute peu bavard sur ces acti­vi­tés ne lui avait jamais parlé de nous ! Nous sommes restés juste quel­ques minu­tes, le temps pour Kuya de se dou­cher et pour moi d’en savoir un peu plus sur son acci­dent, puis nous repar­tî­mes ensem­ble sur les routes de Navotas. Kuya Gérald est un ami d’une grande sim­pli­cité, mais qui sait tou­jours nous rame­ner à l’essen­tiel de notre mis­sion : l’accueil des plus petits dans notre maison.

Le diman­che 29 juillet, nous avons accom­pa­gné Denny à l’aéro­port, puis nous sommes rendus au centre de Manille ou nous étions invi­tés pour un concert quel­ques heures plus tard. Nous avons stoppé quel­ques minu­tes dans un 7/7 pour pren­dre un petit goûter en atten­dant l’heure du concert. C’est alors qu’appa­raît de l’autre coté de la vitre du maga­sin où allions com­men­cer à savou­rer nos quel­ques bis­cuits, un petit garçon que nous devi­nons tout de suite, à son appa­rence, être un des très nom­breux enfants des rues de Manille. Son regard envieux et implo­rant nous inter­pella immé­dia­te­ment et ne pou­vant résis­ter plus long­temps nous l’invi­tâ­mes à se join­dre à nous. Il fut vrai­ment ravi, et s’assit cal­me­ment à nos côtés, pas du tout inti­midé de se retrou­ver au milieu de quatre étrangers ! Répondant à nos ques­tions, il se pré­senta : son nom est Justin, il s’est retrouvé tout seul ici aban­donné de ses parents et vit désor­mais dans la rue où il a trouvé une seconde famille. Désormais, avec d’autres enfants il passe sa jour­née à faire la manche dans la rue. C’est alors qu’appa­raît à la fenê­tre une toute petite fille, très mignonne : “C’est mon amie” dit alors le petit garçon ! Et nous avons alors accueilli cette petite fille à notre table. Puis arriva un second garçon, et puis un troi­sième ! Nous accueillî­mes donc tout ce petit monde et par­ta­geâ­mes notre goûter. Nous sor­tî­mes alors dehors et ceux-ci nous condui­si­rent alors à l’endroit où leurs famil­les et amis se trou­vaient, un peu plus loin. C’est alors que nous fûmes rejoints par une dizaine d’enfants, tous très sur­pris de voir leurs amis en notre com­pa­gnie. Nous avions alors décidé d’emme­ner tous ce petit monde, après avoir deman­der l’auto­ri­sa­tion à leurs parents, un peu plus loin, à l’entrée d’une uni­ver­sité assez proche pour jouer avec tous ces enfants. Les enfants furent très enthou­sias­tes lorsqu’ils appri­rent la nou­velle. Ce fut un très beau moment que nous avons passé avec eux : nous avons prié une dizaine du cha­pe­let ensem­ble, puis avons enchaîné divers petits jeux avec ces enfants assoif­fés de pré­sence, d’atten­tion et de ten­dresse ! Ce fut aussi tou­chant de voir que lorsqu’ils com­pri­rent que nous étions là pour eux, pour jouer avec eux, aucun d’entre eux ne nous demanda plus de leur donner de l’argent, car ce que nous leur pro­po­sions étaient beau­coup plus que ça pour eux. Si au début ils nous voyaient comme les “riches étrangers” “Sir, give me one Pesos”, après nous étions deve­nus leurs amis, leurs grands frères et gran­des sœurs, leurs “Kuya, Ate” ! La seule chose qu’ils vou­laient alors, c’était de savoir quand nous allions reve­nir ! Nous sommes reve­nus à la fin du mois d’août, et avons été très heu­reux de retrou­ver nos mêmes petits amis. Ceux-ci furent trop heu­reux de nous revoir et nous nous ren­dî­mes à la même place, afin de jouer avec eux. Or un jeune étudiant pas­sant par là, touché de nous voir jouer avec les enfants, acheta un paquet de bis­cuits et nous le donna comme goûter pour les enfants. Ce fut très pro­vi­den­tiel, car nous n’avions pas prévu de goûter, notre amitié avec les enfants étant trop récente, nous cher­chons d’abord à avoir une amitié gra­tuite et non pas qu’ils vien­nent uni­que­ment pour le goûter. Ce que nous fai­sons avec ces enfants est très simple mais il y a une telle soif de leur côté, eux qui ont une vie si dure, de pou­voir être vrai­ment enfants pen­dant quel­ques heures !

Elie.

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