• 30 septembre 2011
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Témoignage d’Inde : Les sens en éveil !

Marché aux épices en Inde ©JérômeHellier-PointsCœur

Aurore a quitté la Syrie à cause des dou­lou­reux évènements, pour pour­sui­vre sa mis­sion en Inde… chan­ge­ments et décou­ver­tes qu’elles nous racontent avec grande sim­pli­cité. Lisez et res­pi­rez, le voyage com­mence :

Il est 16h00, ce jeudi 9 juin, et après avoir quitté Vieux Moulin, près d’une jour­née plus tôt, j’atter­ris à Chennai. Après avoir failli rater ma cor­res­pon­dance à Delhi et cher­ché quel­que temps mes sœurs de com­mu­nauté, à l’aéro­port, je retrouve Joséphine venue me cher­cher. Nous pre­nons un taxi, pour rejoin­dre dans un pre­mier temps le Point-Cœur, dépo­ser mes affai­res occi­den­ta­les, pren­dre quel­ques chou­di­das (ensem­ble indien se com­po­sant d’un pan­ta­lon en coton fin, d’une tuni­que longue et d’un châle), puis partir pour le Jardin de la Miséricorde, vil­lage de Points-Cœur, où nous pas­se­rons la jour­née de demain. Je regarde le pay­sage défilé, tout en écoutant Joséphine me parler de la vie du Point-Cœur, de nos amis, de la culture… Bizarrement, je suis émerveillée mais pas vrai­ment dépay­sée. Je me sens bien, fati­guée mais bien ! Je ne suis pas seul, Jésus est avec moi, en moi, Il m’apaise et me guide. Arrivées au Jardin, Mathilde (que je connais puis­que nous avons fait notre for­ma­tion ensem­ble) rompt, pour quel­ques minu­tes, le silence de son désert pour m’accueillir. Après avoir été rebap­ti­sée du nom d’Oudaya ; qui veut dire Aurore en tamoul, qui est plus facile à pro­non­cer et qui ne prête pas à confu­sion avec l’anglais (horror), j’ai droit à un très bel accueil des mem­bres du Jardin et des enfants, avec col­lier de fleurs et fleurs pour les che­veux… Ici tous nos sens sont en éveil.

Tout est très coloré, les mai­sons pein­tes de mul­ti­ples cou­leurs, les vête­ments, les fleurs… Prenez une toile vierge et faites-y éclater des bal­lons de bau­dru­che rem­plis de pein­ture, n’oubliez aucune des cou­leurs vives et vous aurez un bon aperçu de ce que nous pou­vons voir en regar­dant dans la rue. Notre odorat est également très sol­li­cité. Imaginez les alen­tours d’une ferme. Sentez-vous l’odeur de vache ? Mais il y a aussi des fleurs qui vous entou­rent… Respirez ce déli­cieux parfum de jasmin. Ah ! Quelqu’un cui­sine ! Hum, des légu­mes, des oignons reve­nus à la poêle, du curry, du cumin et toutes sortes d’épices… Toutes ces odeurs, c’est notre quo­ti­dien ; quelle chance ! Pour le goût nous sommes servis et c’est le cas de le dire ! Outre l’incontour­na­ble riz, nous avons nombre de légu­mes, de fruits et bien sûr les épices ; curry, sambar, corian­dre… Préparés avec amour et beau­coup d’épices et autre piments, cela réveille les papil­les. Après l’appel à la prière en Syrie, c’est la musi­que des tem­ples hin­dous qui nous réveille au petit matin et nous suit toute la jour­née. Entendez-vous également le meu­gle­ment des vaches, l’aboie­ment des chiens, les tam­bours des pro­ces­sions funé­rai­res, les mar­chands ambu­lants ou nos petits voi­sins qui nous appel­lent. Nos mains sont également mises à contri­bu­tion. Notre main droite nous est indis­pen­sa­ble pour manger, donner ou rece­voir… Elles nous per­met­tent de tou­cher tous ces beaux tissus, que l’on trouve en Inde, de mettre nos saris, d’en faire les plis dans les règles de l’art (enfin pres­que !), de pincer les joues des enfants (signe d’affec­tion et de ten­dresse)…

Avez-vous res­senti toutes ses mer­veilles ?

Outre ces pre­miè­res décou­ver­tes, les pre­miers jours ont été riches. En effet, cinq jours après mon arri­vée, nous disions au revoir à Mathilde, qui après vingt mois de mis­sion en Inde, est ren­trée en France. Les quel­ques jours passés ensem­ble ont été l’occa­sion de visi­tes chez nos amis pour le départ de Mathilde et mon arri­vée ; pas­sage de flam­beau.

Dès les pre­miers jours passés ici, nous avons eu plu­sieurs invi­ta­tions pour des maria­ges, des anni­ver­sai­res et des valey fonc­tion (fêtes des bra­ce­lets).

Le pre­mier mariage où je suis allée était le mariage de la fille de notre voi­sine, c’était un mariage hindou, près de chez nous. Ici les maria­ges se dérou­lent en deux par­ties, le soir la récep­tion et le len­de­main matin, aux auro­res, la céré­mo­nie. 000­Pre­mier contact avec les fes­ti­vi­tés tamou­les. Mariage haut en cou­leur, où nous, peti­tes Blanches en saris avons été bien remar­quées.

Notre deuxième mariage était celui d’Abdullah, le fils de notre maman Hussein amma. C’était un mariage musul­man (oui… Il a fallu que je vienne en Inde pour avoir de vrais contacts avec des musul­mans, beau­coup plus modeste que le pré­cé­dent, à trois heures de voi­ture de Chengalpet. Nous sommes donc allées chez le marié et sommes par­ties avec la famille pour un trajet plein de rires et de danses. Arrivés à 22 h 00 sur le lieu du mariage, nous ren­controns la mariée enfer­mée dans une petite pièce avec deux amies, il ne faut pas que le marié la voie. Puis com­mence l’attente. Ici comme en Syrie, il faut être patient. Vers minuit, le dîner est servi, ensuite nous atten­dons la céré­mo­nie où l’on appli­que des pou­dres pour bénir les mariés. Mais nous atten­dons le marié qui n’est pas prêt. Fatiguées du voyage et de l’heure tar­dive, voyant que beau­coup d’invi­tés étaient cou­chés, nous fai­sons de même (à la façon tamoule, c’est-à-dire en sari, sur un bout de châle au milieu de la pièce), sans pour autant dormir. Vers 3 h 00, alors que nous com­men­cions à dormir, nous sommes réveillées par des cla­ques (c’est affec­tueux), pour manger un mélange de poudre de riz et de noix de coco, et voir une partie de la céré­mo­nie. Vers 4 h 00, tout le monde se couche pour deux heures, eh oui ! À 6 h 00, nous sommes de nou­veau réveillées par des cla­ques pour boire notre thé au lait, la céré­mo­nie du mariage ne com­mence qu’à 11 h 00, mais on nous expli­que qu’il faut nous pré­pa­rer ; se toi­let­ter, chan­ger de sari, très impor­tant, et manger. Dans la culture tamoule, manger est très impor­tant, d’ailleurs lors­que l’on ren­contre une per­sonne, la pre­mière chose qu’on lui demande c’est si elle a mangé, c’est un peu notre “com­ment vas-tu ?”. Mais le repas n’est pas un moment convi­vial comme chez nous, nous man­geons sans nos hôtes. Le prin­ci­pal est de manger. Après avoir bien mangé (ici la quan­tité est très impor­tante, atten­tion aux esto­macs fra­gi­les), c’est enfin l’heure du mariage, il nous réserve quel­ques sur­pri­ses : en effet, juste avant la céré­mo­nie, nos amis vien­nent nous trou­ver et nous deman­dent de pren­dre des photos. Pas de pro­blème, avec plai­sir ! Mais en fait, nous nous aper­ce­vons que nous sommes pro­mul­guées pho­to­gra­phes offi­ciels, avec com­man­des pré­ci­ses… Quel beau week-end, plein de sur­pri­ses et d’inat­ten­dus. Nous ren­trons le sou­rire aux lèvres et prêtes à aller nous cou­cher.

Deux semai­nes plus tard, c’est à une valey fonc­tion que nous sommes invi­tées. Étant invi­tées pour 6 h 00, nous allons chez notre amie pour cette heure mais comme pour toutes les invi­ta­tions, les horai­res sont tamouls ; lors­que nous arri­vons, les pré­pa­ra­tifs ne sont pas finis, Amalla n’est pas habillée et bien entendu nous sommes les seules pré­sen­tes. Ce n’est que plus d’une heure après que les autres invi­tées arri­vent. Nous pou­vons com­men­cer ! Nous regar­dons les autres femmes faire : mettre de la poudre sur le visage d’Amalla, des fleurs dans ses che­veux, valey au poi­gnet… Puis c’est notre tour, nous fai­sons comme nous l’avons vu faire, sous le regard bien­veillant de toutes les femmes pré­sen­tes. Puis fête oblige, nous allons manger !

Que de choses et de per­son­nes ren­contrées depuis que je suis arri­vée, j’aime­rais dès à pré­sent vous pré­sen­ter tous nos amis et vous faire décou­vrir toutes les riches­ses de l’Inde que j’ai pu aper­ce­voir mais il me fau­drait un roman pour cela et pro­ba­ble­ment même plu­sieurs.

Aurore, Inde - août 2011


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