• 18 octobre 2012
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Témoignage de Benoît : un an au Point-Cœur de Lima, Pérou.

Benoît, du Point-Cœur de Barrios Altos au Pérou

Mes très chers par­rains,

Au len­de­main de célé­brer un an de mis­sion, un an de grâces et d’école de vie, je prends ce temps si impor­tant pour vous faire vivre ces der­niers mois écoulés, au tra­vers de visa­ges qui mar­quent mon quo­ti­dien. [...]

Notre Point-Cœur com­porte désor­mais deux nou­veaux habi­tants en la per­sonne de Tristan, arrivé début sep­tem­bre, et Sixtine, arri­vée il y a tout juste deux jours. La gente mas­cu­line se voit ainsi ren­for­cée, cela met un peu plus de diver­sité ! Si pour eux il s’agit d’un temps de décou­verte, c’est pour notre part l’occa­sion de renou­ve­ler notre regard par le biais des ami­tiés que l’on trans­met, de reve­nir à l’émerveillement qui nous invite à regar­der tou­jours plus loin des limi­tes que l’on fixe bien sou­vent. Jéjé, dont je vous avais parlé dans ma lettre pré­cé­dente, est décédé il y a deux mois, d’un cancer qui était déjà bien avancé, bien qu’il igno­rait en être atteint. Son état de santé a peu à peu décliné depuis son arri­vée au foyer. Il aura pu finir ses jours dans un autre lieu que la rue, cela aurait été encore plus dur je pense… Il y eut un nombre consi­dé­ra­ble de per­son­nes venues veiller son corps, dans la maison d’un de ses frères. Le vide se fait encore plus sentir que lorsqu’il était parti du quar­tier, par­fois j’ai du mal à réa­li­ser qu’il nous a quit­tés…

Un jour aupa­ra­vant, une autre de nos amies s’était éteinte, Señora Ubelina. Après une opé­ra­tion d’une tumeur au cer­veau, étant déjà très âgée, elle est entrée en soins inten­sifs pour ne plus en sortir. C’est à peine si je l’ai reconnue quand je suis allé la visi­ter, tel­le­ment elle était mar­quée par la mala­die. Avant qu’elle ne soit inter­née, nous allions la voir toutes les semai­nes chez elle, dans une cham­bre très pauvre et obs­cure. Elle pas­sait la majeure partie de son temps dans son lit, ne mar­chant plus très bien, et souf­frait beau­coup de sa soli­tude. Sa famille lui pré­pa­rait de quoi manger mais n’était pas aussi pré­sente qu’elle aurait dû l’être. À la fin de chaque visite, elle nous deman­dait si nous allions bien­tôt reve­nir la voir. Señora Ubelina m’aura fait tou­cher du doigt le sens de notre mis­sion : offrir une pré­sence qui semble par­fois rimer avec impuis­sance mais qui, par l’union avec le Christ, prend tout son sens. Transmettre l’amour que Dieu nous livre gra­tui­te­ment, faire naître en eux une étincelle d’espé­rance. Bienheureux Marcel Van par­lait de trans­for­mer la souf­france en joie, je ne pré­tends pas en être capa­ble mais sais que si je laisse l’Esprit-Saint agir en moi, un simple geste, un sou­rire peut opérer de grands mira­cles.

J’aime­rais vous parler d’une petite fille dont le cou­rage m’édifie : Milagritos (mila­gros signi­fie mira­cles) Étant atteinte de tri­so­mie 21, sa santé était déjà fra­gile, aussi quand elle est tombée malade, tout s’est très vite com­pli­qué, à tel point que tout comme Jeje et Señora Ubelina, on ne lui don­nait plus que quel­ques jours à vivre, les méde­cins soup­çon­nant une leu­cé­mie. Il y avait de grands besoins de dons de sang, et sa maman, Carmen, a tout mis en œuvre pour trou­ver des per­son­nes prêtes à faire ce geste. Grande fut la prière pour que Milagritos, fille unique et tant aimée de ses parents, puisse conser­ver la vie. Et le Seigneur exauça notre prière, son état de santé s’amé­liora petit à petit, et un jour j’eus la sur­prise de la voir dans sa maison, alors que nous étions venus rendre visite à ses parents. Elle était amai­grie par son séjour à l’hôpi­tal mais tou­jours aussi mignonne… Nous venons d’appren­dre mal­heu­reu­se­ment que Milagritos est de nou­veau inter­née et qu’elle est réel­le­ment atteinte de leu­cé­mie, ses parents n’ont plus de mot pour expri­mer leur dou­leur. Leur confiance en Dieu est mise à rude épreuve, la joie de la voir reve­nir chez eux fut de courte durée. Cependant, je suis per­suadé que cette souf­france n’est pas vaine : cet enfant a déjà sus­cité tant d’amour et de com­pas­sion autour d’elle ! Je la confie très for­te­ment à vos priè­res, un mira­cle peut encore s’accom­plir…

Il arrive très fré­quem­ment que la mis­sion pro­vo­que, invite à chan­ger sa manière d’agir, ses atti­tu­des. Et c’est une bonne chose car j’ai encore beau­coup à évoluer, notam­ment dans ce qui est le sens de l’accueil. Je vais vous parler de Claudia et Berta qui m’appren­nent à être tou­jours plus dis­po­ni­ble. Presque tous les jours, elles vien­nent au Point-Cœur, le plus sou­vent dans la mati­née ou pen­dant la per­ma­nence avec les enfants. Claudia a un fils de quatre ans, José-Antonio, qu’elle emmène tou­jours avec elle. Berta est la tante de Claudia mais paraît être sa grand-mère, l’épreuve de la vie l’ayant déjà bien mar­quée. Cela me coû­tait beau­coup de les accueillir, je le fai­sais certes, mais en leur fai­sant sentir malgré moi que je n’étais pas très dis­po­ni­ble… Et je crois qu’elles le sen­taient bien… Jusqu’à ce que je prenne un temps de recul pour me dire : si je ne suis pas capa­ble de rece­voir ces per­son­nes que Dieu m’envoie, pour­quoi suis-je parti en mis­sion ? N’est-ce pas pour eux pré­ci­sé­ment que je suis ici ? Tout récem­ment, Berta me confiait en pleu­rant que dans sa maison où vivent ses deux frères, elle est bien sou­vent reje­tée et c’est pour cela qu’elles vien­nent ici au Point-Cœur, où au moins elles sont sûres d’être bien accueillies. Elle le dit avec beau­coup de sim­pli­cité mais ce fut une grande leçon pour moi. Je ne dis pas que main­te­nant je fais preuve d’une dis­po­ni­bi­lité par­faite mais pour le moins, j’ai com­pris un peu mieux le sens et l’impor­tance de l’accueil. [...]

Je vou­drais conclure ma lettre par une nou­velle qui ne vous sur­pren­dra peut-être pas : après un temps de dis­cer­ne­ment, j’ai décidé de pro­lon­ger mon temps de mis­sion de neuf mois. Il est en effet pos­si­ble de vivre la mis­sion jusqu’à deux ans, mon pre­mier enga­ge­ment étant de qua­torze mois. Cela signi­fie que je ren­tre­rai en sep­tem­bre de l’année pro­chaine… Je désire donner davan­tage de ma per­sonne à nos amis du quar­tier, ayant déjà beau­coup reçu, et suis très heu­reux de pou­voir pro­lon­ger un peu plus cette expé­rience unique, qui me fait tant gran­dir. Aussi je viens vous deman­der une nou­velle fois si vous accep­tez de me par­rai­ner pour ce temps sup­plé­men­taire, si cela est pos­si­ble pour vous. Merci de m’avoir sou­tenu jusqu’ici, vous ne pouvez savoir jusqu’à quel point je vous en suis reconnais­sant !

À très bien­tôt pour une pro­chaine lettre.

Que Dieu vous garde,

En unión de ora­ción,

Benoît


Agathe devant le Point-Cœur, Pérou Procession dans les rues de Lima, Pérou. Enfants devant le Point-Cœur, Pérou. Nos amis au Point-Cœur ! Sortie avec les enfants, Pérou. La communauté de Barrios Altos en fevrier 2012, Pérou.
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