• 31 août 2012
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Témoignage de Cécile, Deva - Roumanie

Agnès, Cécile, Marie et Emilie du Point-Cœur de Deva.

Cécile est en mis­sion en Roumanie, depuis peu et elle nous livre ses pre­miè­res lignes dans ces extraits de lettre pleine de vie et de décou­ver­tes.

Voilà trois semai­nes que j’ai rejoint ma nou­velle maison, mon pays adop­tif et je prends enfin le temps de vous écrire. Avant toute chose, je tiens à lais­ser jaillir de mon cœur cet immense merci à votre égard. Merci pour votre sou­tien lors de la pré­pa­ra­tion du départ, merci pour votre enthou­siasme concer­nant mon projet et sur­tout merci d’avoir bien voulu partir avec moi en me sou­te­nant finan­ciè­re­ment et/ou spi­ri­tuel­le­ment. Vous voulez sûre­ment que je passe aux choses “sérieu­ses” et que je vous raconte la mis­sion mais je sou­haite reve­nir sur un élément pré­cé­dant mon départ : votre inces­sante ques­tion qui m’a fait sou­rire : “Mais, concrè­te­ment, tu vas faire quoi ?”. Difficile alors pour moi de vous expli­quer qu’avant tout nous ne sommes pas là pour une aide maté­rielle. J’avais envie de répon­dre par une douce pro­vo­ca­tion : “Rien”, au sens ou le “faire” n’est pas l’essen­tiel. Aujourd’hui, je veux rajou­ter que ce “rien” me prend drô­le­ment du temps ! Et sur­tout, il s’avère que l’on “fait” beau­coup. Ne vous en faites pas, je passe du théo­ri­que à la pra­ti­que juste après. Mais pour que vous vous repré­sen­tiez mieux les choses, lais­sez-moi vous pré­sen­ter notre Point-Cœur. J’aurais voulu vous dire “fermez les yeux” pour mieux ima­gi­ner mais cela risque de ne pas être très pra­ti­que. Notre maison Point-Cœur se situe dans le quar­tier hon­grois Ceanghai. Elle est toute simple : pas de lave-vais­selle, lave-linge, télé ou autres mais plutôt des photos sur les murs, des jeux d’enfants et les enfants qui vont avec pres­que tous les matins, le sou­rire aux lèvres évidemment. Nos amis ici sont de trois ori­gi­nes : rou­maine, hon­groise et tzi­gane. C’est beau de les voir se ren­contrer chez nous, jouer ensem­ble alors qu’il y a de gran­des ten­sions entre les trois popu­la­tions. Au-delà de leur ori­gine, leur his­toire, leur pré­sence ici témoi­gne du fait qu’ils sont avant tout des hommes, des enfants et que l’unité est pos­si­ble. Dans cette pré­sen­ta­tion, il manque l’essen­tiel : les autres “agents” man­da­tés en mis­sion avec moi pour déni­cher la beauté en chaque lieu, en chaque per­sonne au lieu de s’arrê­ter sur le néga­tif, autre­ment dit : mes sœurs de com­mu­nauté. À mon arri­vée, il y avait Maria, une Suisse ici depuis vingt mois, qui vient de ter­mi­ner sa mis­sion. J’ai beau­coup appris avec elle en l’espace de quel­ques semai­nes. J’ai aussi la chance d’être avec Martha, une Argentine qui a joué les pro­lon­ga­tions et même signe un C.D.I à la mode catho chez Points-Cœur. Elle est ici depuis cinq ans et connaît bien les cultu­res de nos amis. Mariuca, fran­çaise, est ici depuis onze mois, repart en sep­tem­bre. Elle est géniale et est déjà mon aco­lyte de rigo­lade. Emilia, elle aussi fran­çaise, est au Point-Cœur depuis novem­bre der­nier. Elle déborde d’atten­tions envers Agnès et moi, les nou­vel­les venues. Agnès, fran­çaise pour chan­ger et même van­ne­taise, vient d’arri­ver et fera pres­que toute la mis­sion avec moi. On par­tage un goût incondi­tion­nel pour la musi­que. D’autres habi­tants vien­nent nous rejoin­dre tous les soirs : nos amis les cafards, et pas de la même taille que leurs com­pa­trio­tes fran­çais, oh non… Sur ce coup, je contre­dis les Inconnus “Les insec­tes sont nos amis…” Maintenant, du concret rien que du concret !

J’aime­rais tel­le­ment noir­cir des pages et des pages pour vous faire par­ta­ger ces beaux moments de visite et vous pré­sen­ter nos amis mais je dois me limi­ter et choi­sir quel­ques témoi­gna­ges. Pour ce qui est de Tanti Corona, la ques­tion ne se pose même pas, je vous en parle (les grands-mères s’appel­lent les tanti) Cette tanti tzi­gane de soixante et onze ans est une de nos voi­si­nes. Le visage basané et ridé, la voix roque et la clope au bec, c’est un sacré per­son­nage ! Son carac­tère est bien trempé ! En ce qui concerne sa santé, elle est très mau­vaise puisqu’elle est en dia­lyse depuis qua­torze ans. Peut-être n’est-elle pas pauvre maté­riel­le­ment mais elle l’est par bien d’autres aspects. Elle vit sous le même toit que cer­tains mem­bres de sa famille mais est vrai­ment seule. Notre pré­sence auprès d’elle n’est pas option­nelle et encore moins super­fi­cielle. Depuis mon arri­vée, nous la visi­tons pres­que tous les jours, voire plu­sieurs fois par jour. À notre arri­vée, jaillit de son être et de l’atmo­sphère de sa cham­bre un cri de souf­france à la fois ténu et dense. Je res­sens tou­jours ce même choc lors­que je vois l’état dans lequel est sa cham­bre alors que nous l’avons lavée la veille. Nous enton­nons alors le même refrain : lui appli­quer une sorte de boue noi­râ­tre et pes­ti­len­tielle qui la sou­lage en ten­tant de le faire avec le plus d’amour pos­si­ble puis ranger sa cham­bre, la laver, jeter ses mégots pour témoi­gner de la dignité de sa per­sonne. Je ne vous dirai pas que c’est simple car il faut dépas­ser l’odeur, sortir de sa cara­pace ultra-sté­ri­li­sée que nous avons l’habi­tude d’enfi­ler chaque matin, casser cette bar­rière super­fi­cielle qui pour­rait m’empê­cher de l’aimer plei­ne­ment. J’espère que vous com­pre­nez alors ce que nous enten­dons en disant que l’ÊTRE prime sur le FAIRE. C’est par amour pour Tanti Corona que nous fai­sons cela et non pas en tant qu’aide à la per­sonne. C’est en ce sens que la phrase citée au début me par­lait : l’amour passe avant tout et est ce dont les gens ont le plus besoin. Entre le moment où j’ai com­mencé à écrire ma lettre et main­te­nant, je l’ai accom­pa­gnée à l’hôpi­tal plu­sieurs heures. Au début, dif­fi­cile de dire oui et d’y aller car je savais que cela serait long, éprouvant et qu’une mul­ti­tude d’occu­pa­tions m’atten­dait. Au final, la seule pré­sence avec elle lui a fait beau­coup de bien et les méde­cins ont été très bien avec elle. Il parait qu’en temps normal, la qua­lité des soins pour les Tziganes est rare­ment aussi bonne mais je ne peux pas juger avec cette seule expé­rience. Disons que les échos sont sou­vent bien dif­fé­rents…

à suivre...

Cécile.

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