• 29 octobre 2012
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Témoignage de Naples : première lettre de Hugues

Le Point-Cœur de Naples

Chers par­rains, chère famille, chers amis

J’espère que vous allez tous très bien. Qu’il est dif­fi­cile de tout vous raconter : en pre­mier lieu je tiens à vous remer­cier de ce que vous avez fait pour moi. Si je suis en mis­sion aujourd’hui, c’est grâce à vous, c’est parce que vous avez prié pour moi et c’est parce que vous m’avez aidé finan­ciè­re­ment. Vraiment un grand merci. Je tiens aussi à m’excu­ser pour le retard de ma lettre.
Je suis arrivé le 22 sep­tem­bre au soir à Naples. Mon Dieu, que je fus sur­pris de voir la mer, les mon­ta­gnes et bien sûr le Vésuve que l’on aper­çoit de la maison. Quelle belle ville ! Les mai­sons sont de toutes les cou­leurs et sont regrou­pées par cor­tile. Cependant, l’endroit où nous habi­tons manque de ver­dure. Les seules plan­tes que nous voyons sont des cactus posés sur les bal­cons de chaque maison.

Durant toute la mati­née, nous pou­vons enten­dre les musi­ques ita­lien­nes ou napo­li­tai­nes que les mamas met­tent à fond dans leur maison. Chaque jour, je me demande si cette musi­que a pour but de réveiller les enfants pour qu’ils aillent à l’école ou si c’est seu­le­ment pour se moti­ver à faire le ménage. Car les enfants pour beau­coup ne vont pas à l’école, et les mamans font le ménage tous les matins sauf excep­tion. Le soir, il y a aussi de la vie ; chaque soir il y a au moins trois ou quatre feux d’arti­fice et il y en a tou­jours au moins un à minuit. Au début je trou­vais ça amu­sant et j’allais tou­jours sur le toit de la maison pour pou­voir les regar­der, mais main­te­nant c’est dif­fé­rent. Se faire réveiller en pleine nuit par les feux d’arti­fice n’est pas très drôle. Il n’y a pas seu­le­ment les feux d’arti­fi­ces qui me réveillent. Dans notre quar­tier comme par­tout à Naples, il y a beau­coup d’églises et cha­cune fait sonner ses clo­ches pour indi­quer l’heure. En l’espace d’une minute, on peut se faire réveiller trois fois seu­le­ment parce que les églises ne son­nent pas en même temps. Finalement, cela peut paraî­tre lourd mais c’est amu­sant pour moi et même beau car je vois que les gens vivent avec ça, cela fait partie de leur vie.

Pour vous intro­duire dans ma mis­sion, j’aime­rais, pour com­men­cer, vous donner l’emploi du temps. Il est très simple : nous nous ren­dons pré­sents auprès de ceux qui en ont besoin à chaque ins­tant et nous confions chacun de ces moments de notre jour­née au Seigneur. Depuis que je suis arrivé, je me rends compte que chaque ins­tant de ma jour­née a une grande impor­tance. Lorsque je prends le temps de reve­nir à un moment de la jour­née et d’en dis­cu­ter avec ma com­mu­nauté, je vois que cet ins­tant était impor­tant pour moi.

Dans ma com­mu­nauté, nous sommes six : quatre filles et deux gar­çons. Depuis que je suis arrivé, mes frères et sœurs de com­mu­nauté me font ren­contrer beau­coup de famil­les et sur­tout beau­coup d’enfants. Nous allons chez eux, nous pre­nons un café, nous dis­cu­tons avec les parents. Pour ma part, je ne com­prends pas grand-chose, alors je joue beau­coup avec les enfants. Lorsque l’on sort de ces mai­sons, une de mes sœurs de com­mu­nauté me raconte l’his­toire de ces per­son­nes que nous avons visi­tées. Alors il y a beau­coup de femmes dont le mari est en prison pour avoir fait des vols de voi­tu­res, des tra­fics de drogue ou autres. Il y a des enfants dont les parents boi­vent beau­coup. D’autres enfants sont pau­vres humai­ne­ment : ils ont un com­por­te­ment vio­lent et ne com­pren­nent pas pour­quoi nous les aimons. Des enfants font des tra­vaux illé­gaux pour nour­rir leur famille. Durant ma pre­mière semaine, chaque visite a été comme un choc pour moi. À chaque fois, j’ai pris comme une claque. J’arrive, on me donne des gâteaux, de l’eau ou même un bon repas, et lors­que je sors de la maison, j’apprends que la per­sonne doit tra­vailler 14 heures par jour pour gagner sa vie. Ici, beau­coup de mamans tra­vaillent à domi­cile. C’est du tra­vail illé­gal et très mal payé. Elles fabri­quent des chaus­su­res ou des gants chez elles et sont payées quinze cen­ti­mes par paires. Ces dames-là nous invi­tent chez elles et nous don­nent tout.

[...]

Tout dou­ce­ment, j’apprends à les aimer réel­le­ment, à les aimer gra­tui­te­ment, sans qu’ils m’aiment eux aussi. C’est une belle école de patience mais les résul­tats vien­nent plus que je ne le pen­sais et me moti­vent à conti­nuer les petits efforts. Dimanche der­nier, nous avons reçu une famille fran­çaise pour le déjeu­ner, et Colombe, la plus petite de la famille qui a cinq ans, m’a demandé qui étaient les petits enfants qui atten­daient au bas de la maison. Je lui ai alors répondu que c’était les enfants du quar­tier, qu’ils étaient pau­vres et que c’était nos amis. Lorsque les Français nous ont quit­tés, les enfants du quar­tier sont venus me deman­der : « Pourquoi tu as dit à la petite qu’on était des enfants méchants ? » Pendant une demi-heure, j’ai dû leur faire com­pren­dre que ce n’était vrai, je n’avais pas dit ça. Mais ils le savaient et étaient seu­le­ment jaloux que je m’occupe d’une autre enfant qui avait déjà tout. Ce moment m’a marqué car beau­coup de ces enfants qui fai­saient sem­blant d’être durs et de ne pas m’aimer, se sont démas­qués par leur jalou­sie. Après cela, ils m’ont pris par le bras et m’ont emmené dans leur cachette secrète, une petite cabane amé­na­gée dans laquelle j’ai pu jouer avec eux. Ce fut un très beau moment qui m’a permis de les décou­vrir tels qu’ils étaient vrai­ment et non tels qu’ils étaient dans la rue.

Chaque moment vaut vrai­ment la peine d’être vécu plei­ne­ment. Chaque ins­tant passé avec eux me fait décou­vrir quel­que chose. Chaque visite est impor­tante. Il m’arrive par­fois d’être fati­gué le soir et de ne penser qu’à une chose, c’est d’aller me cou­cher. Cependant, je sais qu’avant je dois encore aller visi­ter un ami. Alors j’y vais sans aucune moti­va­tion et fina­le­ment cette der­nière visite sera la plus belle de la jour­née, celle qui me tou­chera le plus. Par exem­ple, la semaine der­nière j’avais beau­coup de visi­tes pen­dant la jour­née, il était 20 h 00 et je com­men­çais à être vrai­ment fati­gué. Je fai­sais ce jour-là les visi­tes avec Marianna, une de mes sœurs de com­mu­nauté, qui m’a demandé si je vou­lais bien que l’on fasse une der­nière visite, je lui répon­dis « oui », tout en me disant « non » inté­rieu­re­ment. Nous sommes allés chez une amie qui doit avoir soixante-dix ans et qui a un cancer. Elle fait de la chimio et doit pren­dre des médi­ca­ments très forts pour ne pas souf­frir. En la voyant toute pleine de vie, je lui ai demandé com­ment elle fai­sait pour avoir la forme de quelqu’un en bonne santé. Elle m’a répondu : « C’est Dieu qui le veut » et m’a parlé de Dieu pen­dant une heure envi­ron, c’était très beau, et moi qui me plai­gnais et qui vou­lais me cou­cher, je me suis pris une bonne claque.

Chers par­rains, je tiens encore à vous remer­cier car sans votre sou­tien, tout cela n’aurait pas été. Chaque jour, je pense à vous et je prie pour vous. J’espère que cette lettre vous montre bien la mis­sion que je vais faire durant ces qua­torze mois. N’hési­tez pas à la faire tour­ner autour de vous dans votre famille, chez vos amis, en plus de faire décou­vrir l’œuvre de l’asso­cia­tion Points-Cœur, ça me per­met­tra peut-être d’avoir des nou­veaux sou­tiens pour finan­cer ma mis­sion.

Hugues


Hugues lors de la Procession à la Madonne Vicky (argentine) et Giuseppe
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