• 6 février 2013
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Témoignage de Pia au Point-Cœur de Brooklyn

Marian et Pia

Mes chers amis,

[...] L’enthou­siasme amé­ri­cain com­mence à me gagner : par­tons ensem­ble pour un tour du monde de la mis­sion !

USA - Marian : « All my love and gra­ti­tude »
(« Tout mon amour et ma reconnais­sance »).

Le 19 décem­bre, nous étions réunis à la cathé­drale Saint-James pour une fête de Noël un peu spé­ciale. C’était l’occa­sion de célé­brer la des­pe­dida de Marian. Despedida signi­fie Adieu en espa­gnol. C’est le moment où un volon­taire arrivé en fin de mis­sion, fait ses « au revoir » aux amis du quar­tier. Ils étaient nom­breux au rendez-vous. Inutile pour­tant de faire des cal­culs, d’évaluer le taux de par­ti­ci­pa­tion, le temps passé à déco­rer la salle ou à cui­si­ner. Il suf­fi­sait de regar­der les visa­ges, de répon­dre aux sou­ri­res, de sécher les larmes et de par­ta­ger les rires, pour se rendre compte que Marian a sim­ple­ment TOUT donné. Et lorsqu’elle se met fina­le­ment à danser (car elle est dan­seuse de for­ma­tion) se sont les petits, Paul et Anna, puis les plus grands, Patience, Amanda, Janice, Madison et Erica qui la rejoi­gnent et entrent dans une grande danse qui semble une fois de plus dire : « Merci ! ». Mes amis, je la confie par­ti­cu­liè­re­ment à votre prière. Pour qu’elle conti­nue à « être » tout sim­ple­ment cette amie qui tend la main et invite à la danse.

République Dominicaine - Ana : « Todo para la gloria de Papa Dios ! »
(« Tout pour la gloire de Papa Dieu ! »).

Beaucoup d’amis du quar­tier vien­nent d’Amérique latine et des Caraïbes. Leur vie est tou­chante de joie et de sim­pli­cité. Poco a poco (petit à petit), je me mets à leur école et mendie cette même joie et sim­pli­cité. « Todo para la gloria de Papa Dios ! » nous annonce Ana en nous accueillant, Natalia et moi, dans sa petite maison. Une ving­taine de femmes sont déjà là : Carmen, Édith, Sol, Maria, Nieve... Elles par­lent fort. Elles chan­tent fort : « Es Maria la blanca paloma que ha venido a America. » (« C’est Marie la blan­che colombe qui est arri­vée en Amérique. »). Elles pré­pa­rent à manger comme si elles atten­daient 200 per­son­nes ! D’où vient ce débor­de­ment d’amour ? Mystère. Comment Ana fait-elle ? Mystère. Elle qui élève seule ses enfants et cumule plu­sieurs petits jobs de nanny (nounou) et de home atten­dant (aide à domi­cile) ? Mystère. Tant d’amour ? Mystère. Tant de foi ? Mystère ! Pourtant lors­que l’une d’elle me tend un cha­pe­let je com­prends. On est venu pour prier avec Marie. Pour chan­ter avec Marie. Pour manger avec Marie. Et tout devient si beau : « Todo para la gloria de Papa Dios ! ».

USA - Margorie : « You are a good friend »
(« Tu es une bonne amie »).

Ce jour-là, Fufu (une amie chi­noise), nous accom­pa­gne en visite à la maison de retraite Atlantis. L’infir­mière nous annonce que Man, la dame chi­noise que nous visi­tons depuis peu n’est plus là. Sans plus d’expli­ca­tions, elle nous parle de Margorie qui vient d’arri­ver et a besoin de com­pa­gnie. Où est Man ? Qui est Margorie ? Un peu dému­nie par cette double annonce je me dirige avec Fufu vers la salle com­mune de l’étage. Confiance. « Quoi qu’il vous dise, faites-le », semble nous redire Marie. Margorie est là. Dans un fau­teuil rou­lant. Bien fati­guée. Une dame à côté d’elle se moque de ses che­veux courts : « She’s a man » (« C’est un homme »). La blague qui fait rire sa voi­sine, fait pleu­rer Margorie. Si elle a les che­veux si courts, c’est parce qu’elle se bat contre un cancer depuis neuf ans. Je sèche ses larmes et nous dis­cu­tons. Une autre dame remar­que le cha­pe­let autour de mon poi­gnet. Voulez-vous prier ? Elles accep­tent avec joie et nous voilà réu­nies comme de vieilles amies.
La semaine sui­vante Margorie est à l’hôpi­tal. Elle res­pire dif­fi­ci­le­ment, parle de moins en moins et son regard se fait vague. Au fil des jours, nous conti­nuons les visi­tes. La veille de Noël elle demande : « Tell me the truth. Am I going to die ? » (« Dis-moi la vérité. Vais-je mourir ? »). Devant son cri d’angoisse, toute parole semble déri­soire. Je for­mule une pauvre réponse pour lui assu­rer qu’on s’occupe bien d’elle à l’hôpi­tal mais c’est de la pré­sence d’un Autre dont elle a besoin. Je baisse le volume de la télé, ajuste son masque à oxy­gène, lui donne de l’eau, laisse Père Gonzague lui parler. « I believe ! » (« Je crois ! »), nous dit-elle. De son corps et de son cœur meur­tris, elle a encore tant à donner. Après un petit moment de silence, elle tourne vers moi des yeux rem­plis de paix et d’amour et me dit : « You are a good friend  »…
Noël passe. Chloé et moi lui ren­dons une der­nière visite. Elle a été trans­fé­rée à l’Hospice, la partie de l’hôpi­tal qui accueille les per­son­nes mou­ran­tes. Un petit mira­cle a eu lieu : il y a du monde à ses côtés. Son fils, sa fille et sa soeur sont là ! Elle me raconte com­bien Margorie a été une mère pour elle. Elle l’a qua­si­ment élevée. Je suis heu­reuse de savoir Margorie si bien entou­rée.

[...] Pour ter­mi­ner je vou­drais vous donner quel­ques nou­vel­les d’Aramenta, une amie qui vient de l’île de Santa Lucia. Elle est chère à mon cœur car c’est la pre­mière que j’ai ren­contrée ici. Sa situa­tion aux États-Unis est bien dif­fi­cile. Elle a voyagé seule ici sans famille ni amis pro­ches. Depuis 2008, elle est notre amie fidèle et com­bien fidèle ! Elle vient déjeu­ner chez nous pres­que toutes les semai­nes. Lorsqu’elle vient à la messe du diman­che, nous fai­sons géné­ra­le­ment le chemin du retour ensem­ble. Un jour je lui parle de mes études de bio­lo­gie et tout son visage s’illu­mine. Elle rigole et me taquine, toute fière d’avoir une amie « doc­teur ». Plusieurs fois pour­tant, elle nous parle de sa soli­tude, et de son désir de ne plus vivre seule. Ses priè­res ont été exau­cées depuis quel­ques jours ! Sa social worker (assis­tante sociale) lui a trouvé un nou­veau loge­ment, un très joli appar­te­ment qu’elle par­tage avec une co-loca­trice nommée Minerva. Quelle joie pour elle de nous rece­voir chez elle ! Après avoir fait un peu de ménage, elle qui cui­sine peu, nous pré­pare un grand repas. Je la confie, ainsi que Minerva, à votre petite prière ! Chers amis, merci encore une fois pour toute votre géné­ro­sité. Le tour du monde n’est pas ter­miné…en atten­dant je vous embrasse bien fort. À très vite !

Pia Chedid


Marian et Paul Amanda, Janice, Madison, Erica, Anna, Becky et Marian Aramenta et Pia Ana et Natalia
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