• 18 octobre 2012
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Témoignage de Sylvie, Lviv en Ukraine

Sylvie et Marie-Catherine à Lviv, Ukraine.

Sylvie est arri­vée au Point-Cœur Fra Angelico à Lviv le 22 août 2012, pour une mis­sion d’un an. Voici ces pre­miè­res lignes, pre­miè­res ren­contres, pre­miers mots !! De quoi se mettre à l’école, ouvrir ses yeux et ses oreilles... son cœur !

Chers par­rains, chers amis,

J’ai bien regardé la date, et je me suis rendu compte avec sur­prise que cela fai­sait plus d’un mois que j’étais en Ukraine et qu’il me fal­lait donc vous raconter un peu tout ce que j’avais vécu ici depuis mon arri­vée.

Pour reve­nir au point de départ, j’ai débar­qué le 22 août, un peu groggy après sept heures pas­sées dans l’aéro­port de Kiev, avant de pou­voir embar­quer vers Lviv. J’ai été accueillie à l’aéro­port par Mariechka qui est per­ma­nente et vit ici depuis deux ans, et Oxanna, une Ukrainienne qui se pré­pare à partir en mis­sion en Inde, en avril. [...]

J’ai pu ensuite, dans les jours qui ont suivi, mieux décou­vrir l’Ukraine et son peuple puis­que, avec Aude et Madison, nous sommes par­ties en pèle­ri­nage, de Lviv au monas­tère d’Ounif, 60 km en trois jours sous le très chaud soleil ukrai­nien (eh oui, je rap­pelle à ceux qui ont oublié leurs cours de géo­gra­phie que l’Ukraine a un climat conti­nen­tal, c’est-à-dire très chaud l’été et très, mais alors très froid l’hiver), c’est donc dans le groupe 17 que nous sommes par­ties, après la messe d’envoi. Alors, je vous ras­sure pas pour très long­temps, après deux heures de marche, c’est le pre­mier arrêt. En fait, chaque arri­vée dans un vil­lage don­nait lieu aux mêmes scènes. D’abord l’inva­sion des pèle­rins : nous étions plus de 1700 vers les puits et les toi­let­tes et sur­tout un pre­mier ravi­taille­ment : pommes, tar­ti­nes, compot (une sorte de jus de fruits) bref c’est l’esto­mac bien plein que nous repre­nions la route, avec deux heures plus tard un nouvel arrêt. C’est ainsi que petit à petit, entre ampou­les, orages, chants, priè­res, coups de soleil et accueil chaque fois plus enthou­siaste et sym­pa­thi­que des vil­la­ges d’Ukraine, que nous sommes arri­vées au monas­tère d’Ounif.

Et là, deux bonnes sur­pri­ses m’atten­daient : d’abord la beauté de ce lieu et de la litur­gie, et aussi une famille, celle de Pani Louba et de Pan Volodimir et leurs deux filles. Ils vivent à quel­ques minu­tes du monas­tère et ils nous ont accueillies pour la nuit dans leur maison. Comme le dit Aude, c’est la maison du bon­heur : pas d’eau cou­rante mais des chiens, des chats, des cha­tons, des cochons, des poules, des lapins… Bref, une véri­ta­ble ména­ge­rie. Dans cette maison, tout res­pire la sim­pli­cité et le sens de l’accueil. Je crois avoir rare­ment vu une telle géné­ro­sité. Quand nous avons été à nou­veau invi­tées chez eux quel­ques semai­nes après notre pre­mière visite, alors que nous venions à Ounif pour un pèle­ri­nage marial, j’ai été frap­pée par une phrase de Pan Volodimir : « merci de ne pas avoir eu l’orgueil de refu­ser notre invi­ta­tion ». Que répon­dre à cela, sinon pro­fi­ter de ce beau moment d’amitié et repar­tir avec des kilos de ravi­taille­ment. C’est donc après tout cela que nous sommes ren­trées sur Lviv.

Alors pour répon­dre à vos nom­breu­ses ques­tions sur ce que je fais ? Comment est-ce ? Permettez-moi de vous décrire une jour­née-type. Celle-ci com­mence par une douche froide, enfin quand on n’a pas eu le temps de faire chauf­fer de l’eau car nous avons un petit pro­blème avec le gaz et donc ni eau chaude, ni chauf­fage, ni four !!! Puis, ce sont les laudes à 8 h 00, sui­vies du petit-déjeu­ner et de la messe dans l’église gréco-catho­li­que. Ensuite, c’est le retour à la maison, l’ado­ra­tion, puis cha­cune d’entre nous vaque à des taches plus ou moins dif­fé­ren­tes. En ce qui me concerne, ce sont les cours d’ukrai­nien à l’uni­ver­sité catho­li­que.

J’en pro­fite pour faire une petite paren­thèse sur la langue !!! Comment dire, je ne suis, mais alors pas douée. J’ai quand même une excuse, c’est la faute de Cyrille et Méthode. Alors pour ceux qui ont oublié leurs cours d’his­toire petite révi­sion. Cyrille et son frère Méthode ont été envoyés de Byzance à la demande du prince Ratislave pour évangéliser les Slaves. C’était dans les années 850. Dans la foulée (enfin on ne sait pas exac­te­ment quand), les deux grands hommes ont mis en place un alpha­bet qui porte leur nom, c’est-à-dire l’alpha­bet cyril­li­que ou gla­go­li­ti­que, ça y est, vous voyez le rap­port. Bref, c’est le drame, en plus d’appren­dre une langue, il faut aussi appren­dre à lire. J’ânonne comme un enfant de quatre ans et je décou­vre les mys­tè­res de let­tres inconnues comme les Ш : sh , Щ : tchtch, Ч : tche, Ц : tse et les dif­fé­ren­ces entre le Ю : you О : o et le Y : ou. Sans oublier que le H est le N, le P est le R. Bref j’en perds mon latin !!!!

Après, c’est le retour à la maison, le déjeu­ner, un peu de temps libre avant le cha­pe­let, puis le temps de partir vers les dif­fé­rents apos­to­lats. Par exem­ple, le mardi nous allons visi­ter un orphe­li­nat où nous orga­ni­sons des cours de dessin pour les enfants. Le jeudi soir, c’est la dis­tri­bu­tion de nour­ri­ture pour les SDF de la ville, ce qui nous permet de ren­contrer et de dis­cu­ter avec de nom­breu­ses per­son­nes. Enfin le diman­che, mais nous essayons d’y aller au moins deux fois dans la semaine, c’est la visite de la maison de retraite.

La pre­mière fois que je suis ren­trée dans cette maison, ce qui m’a frap­pée, c’est l’odeur, mais aussi le fait que ce lieu res­sem­blait un peu à une cour des mira­cles où se côtoient des per­son­nes de tous âges, cer­tai­nes souf­frant de dif­fé­rents han­di­caps. C’est un lieu dur, c’est ce que disent d’ailleurs les per­son­nes qui y vivent mais c’est ici que j’ai pu me rendre compte concrè­te­ment du sens de ma mis­sion. C’est une maison où règnent la soli­tude et une cer­taine forme de déses­poir. Nos visi­tes sont pour beau­coup les seules qu’ils reçoi­vent et c’est beau de voir un sou­rire appa­raî­tre sur les visa­ges quand nous ren­trons dans les cham­bres. Ces quel­ques minu­tes que je passe assisse sur un lit, à sou­rire, regar­der, embras­ser qui ne sem­blent rien, por­tent réel­le­ment du fruit, et au fil des visi­tes, des liens se nouent et une réelle amitié se cons­truit.

Les apos­to­lats sont aussi des visi­tes à des famil­les, des babou­ch­kas iso­lées, des étudiants de l’uni­ver­sité des beaux-arts et aux artis­tes. Lviv est en effet une ville où l’art domine et où les artis­tes sont très pré­sents. Nous avons la chance au Point-Cœur d’en connaî­tre de nom­breux.[...]

Il y a tel­le­ment de visa­ges, de per­son­nes qu’il est dif­fi­cile de tous vous les pré­sen­ter. Nous pas­sons des enfants de l’orphe­li­nat aux artis­tes, puis des pen­sion­nai­res de la maison de retraite aux étudiants. Ce qui vous montre tout l’éclectisme de ma mis­sion ici, qu’il est dif­fi­cile de faire ren­trer dans un moule.

Une autre ren­contre qui m’a tou­chée, c’est la visite d’un orphe­li­nat. Il se trouve à plus de deux heures de Lviv dans un vil­lage. C’est Katia, une amie du Point-Cœur, qui nous l’a fait décou­vrir. La pre­mière dif­fi­culté est de l’attein­dre car les mash­rutka (mini­bus ukrai­nien) ne sont ni très confor­ta­bles ni très rapi­des. Mais quand nous attei­gnons l’orphe­li­nat, quel accueil ! Les enfants nous sau­tent dans les bras, nous embras­sent, jouent avec nous. Ils souf­frent, pour la plu­part, de han­di­caps soit men­taux soit phy­si­ques mais quelle joie, quel cou­rage ! Je revois cette petite fille d’envi­ron dix ans, dont les deux jambes défor­mées ne lui per­met­tent pas de se dépla­cer, sauf avec des béquilles, en train de des­cen­dre un immense esca­lier tenant ses béquilles sous un bras et se sou­te­nant de l’autre. Ou cette autre d’envi­ron treize ans, que nous aidions à mar­cher jusque dans les bâti­ments et qui bas­cu­lait en arrière d’épuisement mais qui ne vou­lait pas s’arrê­ter. Ils sont beaux ces enfants, ils ne deman­dent pas qu’on s’api­toie sur leur sort mais plutôt qu’on témoi­gne de leur cou­rage et de leur soif de vivre.

Encore merci pour toute l’aide et le sou­tien que vous m’appor­tez. Vous restez tous dans mes priè­res. Avec toute mon amitié,

Sylvie


Lviv, paysage Sur les routes d'Ukraine ! toute la communauté et des amis. Marie-Catherine en viste Monastère d'Ouniv, Ukraine. Ouniv Dessin avec les enfants... Tous de grands artisites ! Avec des amis au Point-Cœur Fra Angelico, Lviv. Sylvie et Marie-Catherine dans les rues de Lviv.
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