• 19 août 2008
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Texte choisis de Damien de Molokaï

Texte choisis de Damien de Molokaï

Damien a écrit essen­tiel­le­ment des let­tres qui l’aidaient un peu à rompre son iso­le­ment. Souvent, il évoque des préoc­cu­pa­tions très maté­riel­les, mais de temps en temps, on peut voir poin­dre la dimen­sion véri­ta­ble de son œuvre sur l’île de Molokaï. Sa situa­tion n’est pas angé­li­que, il connaît le tour­ment et l’angoisse comme en témoi­gne la lettre qui suit.

Cette fois-ci vous me faites bien long­temps atten­dre pour me donner des nou­vel­les. N’ayant jamais été plus isolé et exclu de toute com­mu­ni­ca­tion avec mes confrè­res que je ne le suis depuis le mois de mars que le Père Albert m’a quitté, je pense sou­vent à vous et m’étonne à chaque arri­vée de la malle-poste de ne pas y trou­ver une lettre de votre part. Je com­mence à me dire : « Quoi donc le Père Pamphile serait-il mort ? Est-ce que cette indis­po­si­tion de l’année der­nière l’aurait repris ou quoi ? » Quant à moi, je suis tou­jours à peu près le même : ma santé, quoi­que près de treize ans avec mes pau­vres lépreux, me permet de conti­nuer mon minis­tère parmi eux et même je fais pres­que le double de beso­gne que je ne fis aupa­ra­vant ici. J’ai été très peiné par l’auto­ri­sa­tion que N.T.R.P. 1 a envoyé à mon confrère, Père Albert, de s’en retour­ner à Tahiti. Depuis ce temps, contrai­re­ment à un arti­cle de nos sain­tes règles, je suis tou­jours seul. Le bon Père Columban vient tous les deux à trois mois pour me confes­ser et s’en retourne de suite. Je viens même d’être empê­ché par notre supé­rieur, le Père Léonor, de me rendre à Honolulu quand dans l’inter­valle je vou­drais voir un confrère. Je ne sais trop où cela va abou­tir. Je me rési­gne cepen­dant à la divine Providence et trouve ma conso­la­tion dans mon unique com­pa­gnon qui ne me quitte pas, c’est-à-dire notre divin Sauveur dans la sainte Eucharistie. C’est au pied de l’autel que je me confesse sou­vent et que je cher­che le sou­la­ge­ment aux peines inté­rieu­res. C’est devant Lui, ainsi que devant la statue de notre sainte Mère, que je mur­mure quel­que­fois, en deman­dant la conser­va­tion de la santé. Extrait de la lettre à son frère Pamphile, le 26 novem­bre 1885 Tenté qu’il serait de se croire l’unique auteur de ce qu’il fait, voici com­ment il se pré­serve de l’orgueil.

Le bon Dieu me garde de me lais­ser aller à une espèce de vanité pour un cer­tain bien, qu’Il daigne faire par mon minis­tère. Si on parle beau­coup de moi, tant dans les jour­naux que dans les églises, je désire qu’à l’Auteur et Consommateur de tout bien, en revienne toute la gloire. Quant à moi, je vou­drais rester inconnu dans la lépro­se­rie de Kalawao, où je me sens heu­reux et content au milieu de mes nom­breux enfants mala­des. J’ai réussi à sur­mon­ter les déli­ca­tes­ses de la nature, qui abhorre tout ce qui sent seu­le­ment la lèpre. L’aumône reçue de M. Arthur de la Villadière m’a permis de sou­la­ger bien des peti­tes misè­res des infir­mes. J’espère que la cha­rité catho­li­que conti­nuera à me four­nir, de temps en temps, quel­que bonne aumône sem­bla­ble par votre entre­mise... Extrait de la lettre au R.P. Gabriel Germain, économe, le 8 décem­bre 1874 « Après plu­sieurs nuits sans som­meil, vous avez décidé de vous cou­cher de bonne heure. Sous la fenê­tre de votre cham­bre, des enfants vous appel­lent : ils ont besoin de vous. Allez ! Il faut se rha­biller et partir dans la rue. C’est tout de suite  ! Vous dor­mi­rez après... » (Homélie de Père Thierry). Voici main­te­nant le propre témoi­gnage de Damien quant à sa façon de pra­ti­quer la cons­tante dis­po­ni­bi­lité à l’Esprit-Saint.

Petit épisode. Ce soir à 8 heures on vient me cher­cher pour une mou­rante. Très obscur chemin bour­beux, grande pluie. Je prends mon cheval. Arrivé sur le lieu je l’y atta­che bien. Dans la maison il y a dix-huit femmes lépreu­ses, la mou­rante, ancienne apo­state, pen­dant que tout le monde prie à haute voix, fait une bonne confes­sion et reçoit l’Extrême-Onction. Je sors de la maison et voici que mon cheval a brisé la corde et est parti, ayant la selle cou­verte de mon nou­veau man­teau de pluie. Inutile de cher­cher, on ne voit pas à dis­tance. à tra­vers les pier­res, la boue et la pluie j’arrive sain et sauf à la maison regret­tant mon man­teau, etc. mais plein de joie d’avoir attrapé un gros pois­son. Une âme sera sauvée. Mon Jésus misé­ri­corde ! Extrait de la lettre à son frère Pamphile, le 8 décem­bre 1874

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