• 27 février 2014
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Ukraine : les évènements à Maïdan...

Constantin Sigov avec Lisa à Maïdan

Les jours et semai­nes dou­lou­reu­ses qu’a tra­versé l’Ukraine res­tent une actua­lité vive, avec cette menace d’une scis­sion Est et Ouest...
Reprise de cette actua­lité par Sr Albane :

Depuis fin novem­bre, des mil­liers d’ukrai­niens, des étudiants, des intel­lec­tuels, des pères de famille, ont laissé leur tra­vail, leur famille pour rejoin­dre Kiev, sou­te­nir la révo­lu­tion et faire enten­dre leur voix. Ce cri pour la liberté, long­temps étouffé par une his­toire du XXème siècle par­ti­cu­liè­re­ment dou­lou­reuse pour le peuple ukrai­nien (deux tota­li­ta­ris­mes, trois fami­nes, un géno­cide, etc.) s’est enfin réveillé et à trouvé échos dans le cœur de mil­liers d’ukrai­niens. Ce combat n’est pas un simple combat poli­ti­que entre pro-Russie et pro-­Eu­rope mais un combat spi­ri­tuel pour l’âme ukrai­nienne comme le sou­li­gnait le Père Michel Dymyd, pre­mier prêtre à avoir célé­bré la messe sur la Place Maïdan. Bien d’autres prê­tres gré­co‐­ca­tho­li­ques et ortho­doxes l’ont suivi et assu­rent un ser­vice litur­gi­que quo­ti­dien dans l’une des tentes du vil­lage « Maïdan »… Il faut avoir entendu nos amis étudiants ren­trés de Maïdan en nous par­ta­geant l’enthou­siasme, la joie et l’espé­rance qui ras­sem­blent ces mani­fes­tants : leurs armes n’étaient que poèmes, hymnes et priè­res. La foi et l’espé­rance que le régime sovié­ti­que de l’URSS leur avait inter­di­tes sont deve­nues l’expres­sion de leur liberté. Cet élan a ras­sem­blé à deux repri­ses plus d’un mil­lion d’ukrai­niens sur la place Maïdan, puis ils se sont relayés venant de tout le pays pour assu­rer cette mani­fes­ta­tion conti­nue depuis trois mois... A Kiev, les uns don­nent quel­ques heures à la sortie du tra­vail, ou assu­rent les per­ma­nen­ces de nuit. De Lviv, ils vien­nent passer quel­ques semai­nes avant de ren­trer chez eux… pour repar­tir quinze jours plus tard… Combien de nos amis ai-­je vu ren­trer de Kiev en nous disant : « Je ne peux pas rester là, il faut que j’y retourne… ». Je pense à notre amie Natalka, ico­no­gra­phe, qui fait ces allers et retours depuis le début des événements. A Kiev, elle a trouvé son poste, non pas sur la place Maïdan elle-­même, mais dans une église où elle par­ti­cipe à l’inten­dance, pré­pa­rant des sand­wichs et du thé pour ceux qui res­tent dehors par des tem­pé­ra­tu­res des­cen­dant jusqu’à ‐20°C.

Clementsia, une autre amie de vingt ans, s’est impro­vi­sée « repor­ter », se fai­sant l’écho des bar­ri­ca­des sur inter­net… On peut lire ainsi sur Facebook les listes de den­rées néces­sai­res (nour­ri­ture, vête­ments, médi­ca­ments, etc.) pour que les nou­veaux venus les appor­tent… Alexis, lui, fait des rondes le soir, pour repé­rer les mer­ce­nai­res payés par le gou­ver­ne­ment pour arrê­ter et tabas­ser les mani­fes­tants qui quit­tent seul la place Maïdan… D’autres étudiants se trans­for­ment en secou­ris­tes et les bles­sés sont conduits dans les églises ou au QG de peur des arres­ta­tions dans les hôpi­taux. Des artis­tes vien­nent mettre leur art au ser­vice de la mani­fes­ta­tion en sculp­tant, en pei­gnant, en fil­mant les événements ou les sen­ti­ments du peuple… Les mani­fes­tants s’orga­ni­sent de façon paci­fi­que, chacun au ser­vice les autres, fai­sant l’expé­rience d’une réelle unité… A Lviv, je me sou­viens de cette messe dont les fidè­les ne vou­laient pas partir, res­tant prier à genoux pour leur pays, pour les pre­miè­res vic­ti­mes… Certains pleu­raient… Volodia, tout juste de retour de Maïdan, nous don­nait les der­niè­res nou­vel­les autour d’un café, l’air grave et à la fois plein d’espé­rance… A cette espé­rance et à ce cou­rage, le gou­ver­ne­ment répond par la répres­sion, l’humi­lia­tion, la tor­ture et main­te­nant les chars et les armes…

Je ne sais pas com­ment l’Ukraine sor­tira de cette révo­lu­tion, mais l’âme ukrai­nienne se fait enten­dre dans sa beauté, dans sa pro­fon­deur, dans sa noblesse… Sachons l’écouter.

« Notre âme ne peut pas mourir, La liberté ne meurt jamais. » (Taras Chevtchenko)

Lire également les arti­cles parus sur le blog terre de com­pas­sion :
-Lettre à un ami ukrai­nien - 22/02/2014
- Surmonter le défi de la peur - 07/02/2014
- Citoyen, le visage de Maïdan - 01/02/2014


Père Michel Dymyd et d'autres prêtres priants auprès des barricades Konstantin Sigov, Roman S. Maria S. Père Michel Dymyd et Alexis (...)
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